HISTOIRE DES GUERRES D'INDOCHINE

1940-1954

 

 En juin 1940, l'effondrement de la France bouleverse l'équilibre des forces stationnées en Extrême-Orient. C'est ainsi que 1'Indochine se retrouve seule alors que le danger japonais se révèle dans toute son ampleur.

 

Enhardis par les revers français, les Japonais augmentent progressivement leurs exigences. Le gouvernement de Vichy qui n'a pas les moyens militaires de résister à leurs pressions, doit, en 1941, leur accorder des facilités pour l'utilisation d'aérodromes, le stationnement de troupes et l'obtention de riz et de matières premières. En échange, le Japon reconnaît la souveraineté française sur l'Indochine et s'engage à respecter son intégrité territoriale. C'est une promesse qui lui coûte peu et même lui économise des moyens.

En dépit de cet accord, les années 1940-1941 sont marquées par des affrontements franco - japonais et franco - siamois.

De 1941 à 1945, l'occupation japonaise s'intensifie. Après la reprise de Manille, le 5 février 1945, on perçoit les indices d'un coup de force japonais qui se produit dans la nuit du 9 au 10 mars 1945. Les Japonais exécutent, après la reddition, 460 prisonniers dont le Général Lemonnier et le résident Auphelle.

La période qui s'écoule de septembre 1945 à décembre 1946. est marquée par le retrait des Japonais, le retour progressif des forces françaises, et surtout, par l'ascension du Viêt-Minh, qui neutralise progressivement les autres mouvements nationalistes et l'administration fidèle à la France.

La liquidation de l'administration française par les Japonais le 9 mars 1945 a laissé en Indochine un vide politique. C'est pourquoi le Général de Gaulle veut rétablir la souveraineté française en Indochine. Il se heurte à un pouvoir autochtone, le Front populaire de Libération du Viêt-minh, certes encore précaire, mais soutenu par les trois quarts de la population et une armée de près de 50 000 hommes.

Tout en se montrant plutôt partisan d'une solution libérale, le Général Leclerc, arrivé sur place, reprend peu à peu le contrôle des deltas, la Cochinchine d'abord, puis le Tonkin. De mars à décembre 1945, il y a cohabitation à Hanoi, du gouvernement Viêt-minh, de représentants de la France, et des forces mili-taires françaises et Viêt-minh.

L'histoire aurait pu prendre les chemins d'une évolution pacifique, mais les négociations échouent. La rupture est définitive lors de l'attaque des garnisons françaises, particulièrement celle de Hanoi, dans la nuit du 19 au 20 décembre 1946. Les combats furent sévères.

Au total, sur toute cette année, les pertes françaises s'élèvent à 3 500 tués et au moins autant de blessés. A Paris, pourtant. on pense qu'il ne s'agit là que d'opérations de police. En réalité la France se trouve engagée, sans en avoir encore conscience, dans une véritable guerre.

A l'automne 1947, les forces françaises prennent l'offensive.

Après trois mois d'opérations, les résultats sont incertains. Parallèlement, dans le souci de restreindre l'effort militaire, le gouvernement français choisit de soutenir l'empereur Bao Dai. Peu après le Général Salan n'obtient pas les renforts qu'il exige, et est rappelé en métropole.

En septembre 1948, les Viêt-minh prennent les devants. Ils déclenchent dans tout le Tonkin une série d'actions de guérilla qui se transforme bientôt en une véritable offensive.

Durant les premiers mois de l'année 1949 l'effort militaire français est porté vers la Cochinchine et plus particulièrement la Plaine des Joncs.

Simultanément un accord est enfin trouvé entre le gouvernement français et Bao Dai qui rentre au Viêt-Nam en avril 1949. On peut désormais dire que le Viêt-nam est indépendant.

Suite, fin 1949, à un raid chinois sur Mon Cay, le gouvernement décide l'envoi de 13 bataillons et de 2 groupes de chasse. Il confie en même temps au chef d'état-major de la Défense nationale une mission d'inspection en Indochine. Le Général Revers, dans son rapport, estime qu'il est impossible d'arriver à une solution par les armes. On ne peut plus qu'espérer un redressement de la situation permettant de négocier dans des conditions plus favorables.

En septembre 1950, le désastre de la Route Coloniale n0 4 avec l'opération d'évacuation de Cao Bang est la première défaite grave de la campagne d'Indochine. Fort de son succès sur la R.C. 4, le Viêt-minh estime pouvoir frapper un grand coup. A la mi-janvier 1951 il décide d'engager tout son corps de bataille en vue de conquérir Hanoi pour la fête du Têt, le nouvel an vietnamien.

Le Général de Lattre de Tassigny, bien renseigné, prend personnellement le commandement des opérations. Le 17 janvier 1951. les Français restent maîtres du champ de bataille. Le Viêt-minh déplore 6 000 tués et 500 prisonniers.

En juin 1951, le Général de Lattre de Tassigny a rétabli la situation, mais il meurt en janvier 1952.

En octobre de la même année, le Général Viêt-minh, Giap, lance une offensive contre le pays Thaï. Pour couper les communications du Viêt-minh entre ses zones refuge et le pays Thaï, le Général Salan, de retour, ordonne l'opération "Lorraine" la dernière offensive en profondeur. hors du delta. Elle est marquée par la sanglante embuscade de Chan-Muong. En mai 1953 le Général Salan cède la place au Général Navarre. Au moment où celui-ci prend son commandement, les moyens du corps expéditionnaire ne lui permettent pas d'assurer simultanément, pendant l'hiver 1953-1954, la défense du delta et celle du Nord Laos.

Le 27 juillet 1953 l'armistice est signé en Corée, et la Chine peut apporter tout son soutien au Viêt - Minh. L'obligation de défendre le Laos conduit le Général Navarre à s'installer à Diên Biên Phu.

Le Général Giap décide d'y concentrer tout son corps de bataille malgré les immenses difficultés de l'entreprise.

Tandis que l'on attend l'attaque du Viêt-minh à Diên Biên Phu, un événement d'une extrême importance va changer les perspectives de la situation on apprend le 18 février 1954 que les Quatre Grands ont décidé de réunir, à Genève, fin avril, une conférence Est - Ouest où serait étudié le problème de la paix en Indochine. Au début mars les adversaires sont prêts pour le combat. Cinquante mille Viêts - Minh encerclent onze mille franco - vietnamiens.

L'histoire de la bataille de Diên Biên Phu est connue.

Commencée le 13 mars, elle se termine le 7 mai par la chute du corps retranché. Celle-ci a un tel retentissement que Diên Biên Phu devient, qu'on le veuille ou non, la bataille décisive, non seulement de la campagne mais de la guerre.

Le Il août 1954, le cessez-le-feu est effectif sur tous les territoires du Viêt-nam, du Laos et du Cambodge.

 

Pendant les huit années de guerre après le 19 décembre 1946. les forces de l'Union française ont déploré 76 000 morts au combat parmi lesquels 2 000 officiers. Elles ont perdu 37 000 prisonniers dont 16 000 Vietnamiens. Sur ces 37 000 prisonniers, 10 750 ont été libérés.

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