Guy LABEDAN, Correspondant de l'Institut d'Histoire du Temps Présent

  Marcel-Pierre CARRERE, Directeur du Service départemental de l'Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre  

 

  

 Un soldat français offre un morceau de pain à un G.I.

 

L'ARMEE FRANCAISE

AU COURS DE

LA DEUXIEME GUERRE

MONDIALE

1939 - 1945

 

 

Publié en 1995 - Service départemental du GERS de l'Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre

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INTRODUCTION

Chacun connaît l'ampleur de la catastrophe militaire et politique qui a marqué l'année 1940 en France. En effet, en à peine plus de six semaines, l'Armée française va s'effondrer et connaître la plus ample défaite de son histoire. Les soldats allemands vont alors déferler sur notre pays, tandis que la débâcle lancera sur les routes des civils affolés.

Les Français, abasourdis par l'anéantissement d'une armée qui en 1918, avait triomphé de l'Empire allemand et était considérée par tous comme la meilleure du monde, croient, pour la plupart, à une victoire définitive de l'Allemagne; ils ne forment plus qu'un seul voeu: que l'on arrête, le plus vite possible, le spectacle dramatique de la chute de leur pays.

Rejetant la IIIème République, à qui elle fait porter la responsabilité de la défaite, la majorité des Français voit, dans le Maréchal PETAIN, la seule personnalité susceptible de pouvoir mettre fin au désastre. D'autre part, en raison du choc traumatisant causé par ces évènements tragiques, les Français, profondément désorientés, adopteront une attitude résignée, confortée par la collaboration d'Etat prônée par le gouvernement de Vichy, et que l'on a appelée "l'attentisme". Comme le dit Henri MICHEL "...immense était le nombre des indécis...". A l'évidence, pour pouvoir simplement survivre, bien des Français doivent à contrecoeur accepter les compromis qu'engendrent toute occupation.

Face à une telle situation, le refus de l'armistice et la manifestation d'une volonté de résistance semblent bien relever de la gageure. Pourtant, un Général presque inconnu, Charles de GAULLE, lance depuis Londres, le 18 juin 1940, un appel resté célèbre mais que peu de personnes ont, à l'époque, entendu. Par cet appel, le futur chef de la France libre invite tous les Français à continuer le combat jusqu'à la victoire finale.

Passant des paroles aux actes, Charles de GAULLE va s'efforcer de constituer une armée nouvelle. Ainsi, naissent les Forces françaises libres, les F.F.L. Malgré des effectifs limités, cette troupe ardente va, notamment, se distinguer sur les champs de bataille africains, dans les premières années du conflit. Sa notoriété sera internationale, lorsque l'armée gaulliste livrera la célèbre bataille de Bir-Hakeim, qui retardera, notablement, l'armée allemande dans sa progression. Cette bataille vaudra aux F.F.L, ces propos inattendus de HITLER lui-même: "Les Français sont les meilleurs soldats d'Europe ... après nous. Bir-Hakeim en est la preuve."(1)

Mais une armée française existe également, dans la zone sud du territoire national.

En effet, les conditions de l'armistice de juin 1940 autorisent la conservation par la France d'une petite armée de 100 000 hommes, destinée en principe au maintien de l'ordre.

A l'insu des Allemands, voire même du gouvernement de Vichy, sa seule existence, sous la conduite de chefs patriotes, va permettre, alors que le service militaire obligatoire est supprimé, de préparer l'encadrement d'une future armée libératrice et d'entretenir une flamme qu'il ne faut à aucun prix laisser s'éteindre.

Au travers d'une vie normale en caserne et d'une instruction commune à toutes les armées du monde, l'armée d'armistice va mener une action clandestine comportant notamment le camouflage des armes, la constitution d'un fichier secret recensant les ressources humaines en vue d'une remobilisation.

Hélas! tous les plans échaffaudés par les chefs de cette armée se trouveront annihilés par la brutale invasion de la zone sud par les Allemands en novembre 1942, invasion à laquelle les autorités de Vichy ont donné l'ordre de ne pas s'opposer. L'ennemi mettra la main sur une grande partie des dépôts de matériel, patiemment constitués. Seuls, les fichiers de la "mobilisation secrète" ont, semble-t-il, été préservés.

 (1) Armées d'aujourd'hui - n°170 du mois de mai 1992.


Toutefois, un Général combatif, Jean de LATTRE de TASSIGNY, commandant la 16ème division militaire, fidèle à son engagement de ne pas se laisser désarmer, décidera de passer outre aux ordres reçus et fera exécuter, à certains des éléments placés sous son autorité, divers mouvements visant à résister à l'invasion. En effet, il quittera Montpellier pour tenter de combattre plus au sud, le dos aux Pyrénées. Il sera arrêté à Saint-Pons, le 13 novembre, par les autorités de Vichy et incarcéré à Toulouse, le 16 novembre 1942. Détenu à Lyon puis à Riom, il s'évadera dans la nuit du 2 au 3 septembre 1943 pour rejoindre ensuite Londres et Alger. Plus tard, il prendra le commandement de la 1ère Armée française.

Cette volonté de résistance manifestée par bien des cadres de l'armée d'armistice, ne manquera pas, par la suite, de porter ses fruits. De nombreux militaires vont entrer dans la résistance métropolitaine ou rejoindre l'Armée d'Afrique, au moment où celle-ci reprend le combat en 1942, au côté des Alliés et s'apprête à jouer un rôle appréciable en Tunisie, en Italie, puis en France et en Allemagne.

En effet, avec l'arrivée du Général WEYGAND, en septembre 1940, dans les colonies françaises d'Afrique, l'Armée implantée dans ces territoires, a été réorganisée. Ses effectifs ont augmenté, jusqu'à atteindre 197 000 hommes (1). D'autre part, le Général WEYGAND a su redonner confiance à cette armée qui, depuis la débâcle, doute d'elle-même.

Au début du mois de novembre 1942, le débarquement anglo-américain, au Maroc et en Algérie, va être l'élément majeur qui permettra à l'Armée française d'Afrique de reprendre le combat contre l'Allemagne, tout en ayant, préalablement, déclenché des évolutions politiques essentielles. Ainsi, l'Amiral DARLAN, qui se trouve à cette date à Alger, va rompre avec le gouvernement du Maréchal PETAIN, prendre la tête de l'Afrique du Nord, de l'Afrique occidentale française ainsi que de leurs forces militaires et opter en faveur des Alliés. Il ne pourra cependant rallier la flotte française qui se sabordera à Toulon. Toutefois, sa trop grande implication dans la politique de Vichy lui sera fatale. A la suite de son assassinat, le Général GIRAUD lui succède. Cet officier patriote, évadé d'Allemagne, jouera un rôle essentiel dans la conduite des négociations avec les Américains qui, par les accords d'Anfa, acceptent de doter en armes modernes, l'Armée d'Afrique. La création, à Alger, en juin 1943, du Comité français de libération nationale (C.F.L.N.), co-présidé par les Généraux de GAULLE et GIRAUD, puis plus tard, présidé par le seul Général de GAULLE, va poser la question délicate de la fusion de l'Armée d'Afrique et des Forces françaises libres. L'origine politique et le caractère différents des cadres des deux armées, font naître, à l'évidence, des problèmes difficiles à résoudre qui sont cependant surmontés. Le 4 août 1943, il n'existe plus qu'une seule Armée française. Recrutant, indigènes, Français de l'empire colonial ou Français venus de Métropole par l'Espagne, puis, après les débarquements, résistants, engagés volontaires, appelés de certains contingents, cette force militaire voit ses effectifs augmenter dans d'importantes proportions.

Grâce à elle, la France sera présente à la victoire et les Alliés seront obligés d'accepter le retour de notre pays, à la "table" des grandes puissances. Mais l'action de cette armée libératrice va avoir aussi un autre effet, puisque ses résultats remarquables obtenus sur le terrain, feront partie d'un ensemble de faits, qui, tout au long de cette période noire, vont ouvrir les yeux des Français.

(1) "L'Armée de la Victoire" de Paul GAUJAC - Le réarmement.


Quels sont donc ces évènements qui, depuis l'origine, ont provoqué avec le temps, le changement de l'état d'esprit de la population? 

La faim, la misère dont souffrent les Français,

l'obligation de travailler en pays ennemi (S.T.O.),

les revers militaires que subit le "Reich" à partir de 1943, qui remettent en cause la croyance en son invincibilité,

le pillage organisé du pays par les Allemands, les exactions, les déportations, les exécutions,

l'effondrement d'un "Etat Français", qui n'ayant plus d'armée, de marine, de territoires où s'exercerait librement son autorité, s'enfonce inexorablement dans une collaboration honteuse,

le puissant développement de la résistance et la multiplication de ses actions militaires et de propagande,et comme nous l'avons vu, la renaissance d'un gouvernement français à Alger (C.F.L.N.), qui regroupe autour de lui tout l'empire colonial et dispose d'une force armée importante, lui permettant de reprendre sa place parmi les Alliés.

Peu à peu, le temps ne sera plus à la période des mois de juin et juillet 1940, où, après les pleins pouvoirs donnés à Philippe PETAIN par une majorité de parlementaires (1), la quasi totalité des Français faisait confiance au très populaire "vainqueur de Verdun". Le régime autoritaire instauré par le Maréchal, "l'Etat Français", subira, en effet, une désaffection que rien désormais ne pourra arrêter.

C'est ainsi qu'au moment de la libération du territoire, les objectifs définis par le Général de GAULLE et la résistance, emporteront l'adhésion de près de 80% des Français (2). Ce n'est donc pas une attitude opportuniste qui, du jour au lendemain, aura permis ce revirement spectaculaire de l'opinion publique mais bien une évolution progressive, qui provoquera, chaque année davantage, et surtout à partir de 1943, ce que Robert ARON a appelé une nouvelle mobilisation contre l'occupant et le régime de Vichy. Toutefois, le mythe "maréchaliste", qui veut faire de Philippe PETAIN, le sauveur et le protecteur des Français, épargnera longtemps sa personne du rejet pourtant définitif de sa politique et de son gouvernement.

(1) Sur le plan juridique, la légalité du régime de Vichy est en réalité hautement contestable pour au moins deux raisons principales. La première tient au fait que si la loi du 25 février 1875 relative à l'organisation des pouvoirs publics donne la possibilité à l'Assemblée Nationale de réviser les lois constitutionnelles, elle ne peut déléguer ce pouvoir. C'est pourtant ce qu'elle fit le 10 juillet 1940 en faveur du gouvernement du Maréchal PETAIN. Les Parlementaires violèrent donc la constitution de 1875. La seconde s'appuie sur la loi du 14 août 1884 portant révision partielle des lois constitutionnelles et qui indique que la forme républicaine du gouvernement ne peut faire l'objet d'une proposition de révision. On le sait, "l'Etat Français" n'était pas la République.

(2) Monsieur Jean LACOUTURE estime à 20%, le nombre de Français qui au moment de la libération sont restés proches des idées de la " Révolution Nationale ".


 

DU DESASTRE A LA FRANCE LIBRE

 L'effondrement militaire et politique de la France en 1940 constitue, nous l'avons vu, un fait historique majeur. Il est à l'origine de fractures importantes au sein de la société française, qui ont laissé des traces encore sensibles aujourd'hui. Toutefois l'importance de cette défaite ne saurait masquer ce que M. André MARTEL (1) a décrit comme "un gain de temps procuré à la coalition anti-nazie, par le rôle joué, toujours occulté, par l'Armée française de 1939 à 1940".

En effet, au début du conflit, les Britanniques ne font intervenir que quelques divisions, leur apport étant essentiellement maritime, les Américains sont absents, les Soviétiques ont signé un pacte de non-agression avec l'Allemagne nazie.

La France est donc seule. Comme a pu le dire M. Pierre MIQUEL (2), "l'Occident compte sur les Français pour tenir la ligne Maginot". Dès lors, le destin de notre pays est arrêté; il sera "la sentinelle sacrifiée du monde atlantique".

Après la défaite, la mission que se fixera le Général de GAULLE, sera de rassembler autour de lui tout ce qui peut rester de la puissance française. A terme, son action opiniâtre conduira notre pays à être présent au combat avec des forces en qualité et en nombre suffisants pour lui permettre de retrouver son rang international.

LES PREMIERS COMBATS 1939 -1940

Le 1er septembre 1939, les troupes allemandes envahissent la Pologne. Le 3 septembre, la France, la Grande-Bretagne, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, déclarent la guerre à l'Allemagne. Ainsi commence, en Europe, la deuxième guerre mondiale.

Après une première offensive en Sarre, qui lui permet d'occuper une quarantaine de localités, l'Armée française se replie sur la ligne Maginot, à la suite de l'effondrement de la Pologne.

Dès lors, du mois d'octobre 1939 au 10 mai 1940, aucune action notable ne vient troubler, à l'ouest, les sept mois de ce que l'on appellera, la "drôle de guerre".

Toutefois, en Scandinavie, des combats vont avoir lieu.

Désireux d'empêcher les Allemands de s'approvisionner en minerai de fer en provenance de Suède, Anglais et Français décident, en avril 1940, de lancer une offensive en Norvège. Les Allemands occupent alors, en quelques jours, une grande partie de ce pays, ainsi que le Danemark. Mais les Alliés répondent promptement à cette attaque, en débarquant des troupes, en majorité françaises, qui, le 28 mai 1940, s'emparent du port norvégien de Narvik.

Malheureusement, la gravité de la situation en France, contraint les Alliés à abandonner cette région.

En effet, dès le 10 mai 1940, les Allemands lancent une offensive en Belgique et en Hollande; les troupes franco-anglaises portées vers ces pays, combattent violemment l'ennemi. Cette action aboutira à une victoire française, à Gembloux, le 15 mai. Mais cette victoire ne sera pas exploitée, en raison de l'offensive allemande dans les Ardennes. Les Alliés quittent alors le territoire belge pour tenter de briser cette attaque. Malgré l'offensive du Colonel de GAULLE à Montcornet à la tête de la 4ème division motorisée, les blindés allemands atteignent l'estuaire de la Somme et enserrant la région de Dunkerque, prennent au piège Belges, Britanniques et Français. Le dispositif allié est, dès lors, coupé en deux. Le Général WEYGAND, commandant en chef, qui succède au Général GAMELIN, ordonne alors une attaque sur un axe nord-sud. Le nouveau succès du Colonel de GAULLE contre la tête de pont allemande d'Abbeville, du 26 au 27 mai, ne modifiera pas la situation générale; l'attaque d'ensemble n'est pas mise en oeuvre. Le 28 mai, les armées belges et hollandaises capitulent, alors que les Britanniques envisagent le rembarquement de leurs troupes. Cette opération de rembarquement, qui concernera des unités anglaises et françaises, doit en partie sa réussite, malgré les coups incessants de l'aviation ennemie, à la qualité de la défense de Dunkerque et de ses abords, ainsi qu'à une harmonisation des efforts français et britanniques. Quoiqu'il en soit, cette opération n'est certes pas une victoire; le 5 juin 1940, alors que les effectifs des troupes françaises ne sont plus que de 60 divisions, face à 130 divisions ennemies, les Allemands lancent une offensive sur la Somme, prennent Forges-les-Eaux, puis, le 9 juin, déclenchent une violente attaque sur l'Aisne. Le Général de LATTRE de TASSIGNY ralentit l'avance allemande à Rethel, tandis que le Général BUISSON fait de même, sur la Retourne; cependant, la situation se dégrade de plus en plus; la capitale est menacée; les Allemands entrent dans Paris le 14 juin. Le dernier combat est livré par les Cadets de Saumur qui, du 17 au 21 juin 1940, s'opposent héroïquement à l'ennemi, pour l'honneur des armes de la France.

(1) Communication de M. André MARTEL au cours du colloque international consacré au rôle des armées françaises pendant la deuxième guerre mondiale (fondation pour les études de la défense nationale et institut d'histoire des conflits contemporains).

(2) "La seconde guerre mondiale" de M. Pierre MIQUEL.


 

Sur un autre front, celui des Alpes, la situation est très différente. Le 10 juin 1940, l'Italie déclare la guerre à la France. Malgré des effectifs très supérieurs en nombre aux effectifs français, l'offensive italienne est un échec général. Les armées du Duce sont arrêtées partout en Maurienne, en Briançonnais, en Ubaye, dans le Queyras et dans les Alpes-maritimes. Par contre, l'armée allemande, qui le 17 juin, est à Langres, constitue une très sérieuse menace. Les troupes du Reich ont traversé le Rhône à Lyon mais se heurtent au dispositif français à Voreppe. Elles sont arrêtées, par les unités françaises, les 23 et 24 juin.

Seule, la nouvelle de la signature de l'armistice, mettra fin aux hostilités dans cette région. L'armée des Alpes est restée invaincue.

La signature d'un armistice, le 22 juin, avec l'Allemagne et le 24 juin, avec l'Italie, consacre donc, pour les Alliés, l'échec total de la première campagne de France. Pourtant, contrairement à une idée largement répandue, les combats de 1940 ont été très meurtriers. Pendant les quelque six semaines que durent ces combats, on dénombre 92 000 morts parmi les soldats français, soit des pertes largement supérieures à la moyenne des pertes mensuelles de la première guerre mondiale (1).

On peut donc affirmer que, lorsque les conditions le leur permettent, les soldats de 1940 combattent avec courage et détermination.

Toutefois, la France n'est pas prête à faire face à une nouvelle guerre.

D'abord sur le plan psychologique, tant la saignée de 1914-1918 (un million cinq cent mille morts) a profondément marqué les esprits. Le maintien de la paix à tout prix, devient alors un objectif auquel adhèrent de nombreux Français.

Ensuite, sur le plan politique. La IIIème République est un régime faible; les gouvernements se succèdent sans pouvoir réellement imprimer leur marque aux évènements intérieurs et extérieurs. Par ailleurs, la France est politiquement déchirée. Le clivage gauche-droite correspond à une véritable fracture que mettent en évidence aussi bien les manifestations du mois de février 1934 que l'arrivée au pouvoir du front populaire en 1936. En outre, une partie de la droite comme de la gauche, éprouve une vive sympathie pour divers régimes mis en place depuis la fin du premier conflit mondial dans certains pays d'Europe.

(1) En effet, en 1940, 92 000 soldats moururent en un peu moins d'un mois et demi de combats, tandis que durant la première guerre mondiale, l'armée française subissait des pertes mensuelles presque trois fois inférieures (34 000 soldats en moyenne). Cet écart se retrouve et même s'accroît, si l'on ne retient que le nombre des tués des périodes les plus meurtrières du premier conflit mondial.


Egalement, sur le plan économique et démographique. Dans ces domaines, la position de la France s'est depuis longtemps affaiblie.

Enfin et surtout, sur le plan militaire. Les insuffisances des conceptions militaires de l'état-major français sont, en effet telles, qu'elles conduisent inéluctablement notre pays à la défaite. Outre l'existence d'un armement souvent vétuste ou trop rare, les choix stratégiques dont dépendent la nature et l'utilisation des équipements sont inadaptés. Ceux-ci privilégient une guerre de position du type de celle de 1914-1918, alors que le second conflit mondial sera une guerre de mouvement fondée sur l'utilisation massive de chars et d'avions. Malgré les mises en garde inspirées de Charles de GAULLE qui préconise la constitution de régiments blindés, l'état-major français n'aura que peu d'avions et de chars, tous disséminés dans divers corps d'infanterie, à opposer à l'armée allemande.

Dès lors, après l'effondrement du front dans les Ardennes et face à l'impossibilité de redresser une situation devenue désastreuse, les éléments disloqués de l'armée française n'ont pas d'autres possibilités que de renoncer à la lutte sur le territoire métropolitain. C'est ainsi que partira vers les camps allemands, le tragique cortège de plus d'un million cinq cent mille prisonniers de guerre, qui, pour 940 000 d'entre eux, attendront cinq ans avant de retrouver la liberté.

LA FLAMME DE LA RESISTANCE

Au lendemain de l'appel historique du 18 juin 1940, ceux qui se présentent au Général de GAULLE ne voient dans son action que son aspect militaire. Or, pour le chef de la France libre, la force armée n'a d'intérêt que si elle peut permettre à la France, en se maintenant dans la guerre, de se rétablir et devenir ainsi l'un des principaux artisans de la victoire.

La France libre doit donc se donner une assise territoriale, une structure, une diplomatie, une armée. Les premiers territoires à se rallier sont les Nouvelles-Hébrides, le 20 juillet 1940, mais le véritable décollage s'effectue avec le ralliement de l'Afrique équatoriale française. En effet, en août 1940, le Tchad, le Cameroun, le Congo-Brazzaville, l'Oubangui-Chari se placent sous l'autorité du Général de GAULLE, donnant ainsi à la France libre, un territoire suffisamment vaste pour servir de base à son effort de guerre et affirmer sa légitimité aux yeux du monde. Il faudra attendre novembre 1940 pour que le Gabon suive le mouvement.

Malgré l'échec du ralliement de l'Afrique occidentale française qui ne reprendra le combat qu'en novembre 1942, après le débarquement allié en Afrique du Nord, la Polynésie accueille les Français libres en septembre 1940; les cinq comptoirs des Indes et la Nouvelle-Calédonie feront de même le 24 octobre 1940. Puis viendra le tour de la Syrie et du Liban, après des combats fratricides en été 1941, de Saint-Pierre et Miquelon en décembre 1941, de la Réunion et des Somalies puis de Madagascar après une intervention militaire britannique sur la grande île, en 1942, de la Guyane et des Antilles au cours des premiers mois de 1943. L'Indochine occupera longtemps une situation particulière en raison de la présence des Japonais sur son territoire.

Sur le plan des structures, un Comité National Français constitué le 24 septembre 1941, est reconnu par les Britanniques et les gouvernements alliés "comme représentant de tous les Français libres, où qu'ils soient, ralliés pour servir la cause alliée".

Auparavant, l'Angleterre avait reconnu le Général de GAULLE, le 28 juin 1940, comme le "Chef des Français libres", tandis que le 27 octobre 1940, celui-ci instituait le Conseil de Défense de l'Empire. A noter que le drame de Mers-el-Kébir, qui fit 1300 morts en juillet 1940 et au cours duquel la flotte britannique coula une escadre française fidèle à Vichy, alors qu'elle était à l'ancre, compliquèrent momentanément les rapports de la France Libre et du Gouvernement britannique.

En ce qui concerne le recrutement d'une nouvelle armée française, l'opération s'avère à l'origine extrêmement difficile. Néanmoins, les Forces françaises libres (F.F.L.) naissent avec le ralliement de 1300 hommes appartenant au corps expéditionnaire français de Norvège que l'armistice a surpris en Grande-Bretagne. Au fur et à mesure des ralliements des divers territoires de l'empire colonial, les F.F.L. deviendront plus importantes, jusqu'à compter 56 000 hommes au 31 juillet 1943.

Les débuts des Forces françaises libres furent donc modestes mais de 1940 à 1942, elles seront présentes sur tous les lieux d'affrontement, au cours des batailles d'Angleterre ou de Crète, de celles d'Afrique ou d'Asie Mineure, remportant souvent de réels succès.

LES COMBATS FRATRICIDES

Le Gabon

Ce territoire se serait rapidement rallié si son gouverneur n'avait pas brutalement changé d'attitude, cédant ainsi aux pressions du gouvernement de Vichy.

L'affrontement entre Français devient alors inévitable. Après quelques accrochages, les gaullistes lancent une offensive contre les forces de Vichy. Le poste de Mitzic est pris le 27 octobre 1940 et Lambaréné tombe le 5 novembre. A la suite de ces succès, les troupes gaullistes décident d'attaquer Libreville. De vifs combats ont lieu à partir du 8 novembre. Finalement, le Général TETU, commandant les troupes vichystes, mettra bas les armes et le Général KOENIG occupera Libreville. Le 12 novembre, Port-Gentil, se rendra sans résistance. Certains soldats vichystes accepteront de s'intégrer aux forces gaullistes, les autres seront internés jusqu'à l'entrée en guerre de l'Afrique du Nord.

La Syrie et le Liban

En mai 1941, le gouvernement de Vichy autorise les avions de la luftwaffe à atterrir en Syrie.

Les Britanniques, menacés par la révolte des Irakiens et ébranlés par leur défaite en Crète, envisagent alors une intervention militaire en Syrie et au Liban, placés sous mandat français.

Les Français libres, quant à eux, espèrent que l'attitude de Vichy, trop favorable aux forces de l'axe, entraînera les territoires en cause à se rallier sans qu'il soit nécessaire de combattre.

En fait l'esprit de discipline des troupes françaises du Levant les conduira à engager de sévères batailles contre les Britanniques, les Australiens et les Français libres, du 8 juin au 8 juillet 1941. Cet affrontement débute tout d'abord, par des combats sur la frontière, suivis par les contre-attaques des troupes vichystes qui reprendront la plupart des places investies par les assaillants. Mais à la suite du renforcement des forces britanniques, la défense des troupes du Levant cèdera. Le Général DENTZ, haut commissaire de Vichy, demandera alors, la cessation des hostilités. L'armistice est signé à Saint-Jean-d'Acre.

Peu de combattants appartenant aux troupes françaises du Levant se rallieront aux forces gaullistes; en effet, la majorité d'entre eux regagneront, en France, la zone non occupée. Le départ d'un grand nombre de fonctionnaires civils permettra également aux Britanniques de renforcer leur position en Syrie et au Liban et d'intervenir dans les affaires intérieures de ces territoires. Cette attitude constituera une source de conflits souvent graves avec les autorités françaises libres chargées de l'administration des états du Levant. Après de nombreux incidents, ces états obtiendront leur indépendance. Par la suite, la France remettra à l'O.N.U., les mandats qu'elle avait reçus de la S.D.N., pour gérer ces territoires. En janvier 1947, il n'y aura plus de soldats français sur le sol de la Syrie et du Liban.

L'ENNEMI EN AFRIQUE

La Libye

Le Duce lance, en septembre 1940, une offensive contre l'Egypte. Mais dès le mois de décembre, les Britanniques l'en chassent et pénètrent à leur tour en Libye. Le 21 janvier 1941, après être entrées en Cyrénaïque, les troupes britanniques commandées par le Général WAVELL s'emparent, avec l'aide de quelques éléments français libres, du port de Tobrouk.

L'écrasement des Italiens laisse espérer la conquête totale de la Cyrénaïque par les Anglais. Cependant, la préparation d'une prochaine opération militaire en Grèce, nécessite le retrait d'une partie des troupes britanniques. L'exploitation de la situation en Libye ne peut donc être envisagée.

Profitant de ce répit, les Italiens se regroupent et reçoivent des renforts parmi lesquels une force allemande, commandée par le Général ROMMEL, surnommé le "Renard du désert".

Durant toute l'année 1941, offensives et contre-offensives se succèdent des deux côtés, sans résultat décisif, de l'Egypte à la Tripolitaine.

En février 1942, le front s'est stabilisé en Cyrénaïque, suivant une ligne nord-sud s'étendant sur une soixantaine de kilomètres entre le petit port de Gazala et le poste de "Bir-Hakeim". Les forces en présence se préparent à de nouvelles attaques. Le 26 mai 1942, ROMMEL déclenche l'offensive.

Malgré la supériorité numérique des Britanniques et la supériorité de leurs chars, l'offensive allemande est un succès; la ligne de défense de Gazala est démantelée. Mais alors que le plan de ROMMEL prévoyait le dépassement de Gazala en deux jours, les affrontements entre l'Afrika-Korps et les Alliés durèrent une quinzaine de jours (du 26 mai au 11 juin 1942). En effet, ROMMEL va se heurter à des unités blindées britanniques et être retardé par l'héroïque résistance de la 1ère Brigade française libre (1ère B.F.L.) à Bir-Hakeim.

Alors que la 8ème Armée britannique bat en retraite, la 1ère B.F.L., commandée par le Général KOENIG, va s'opposer à l'avance des forces de l'axe pendant plus de quinze jours. Lorsque les Français recevront l'ordre de quitter la place, ils réussiront à percer le dispositif ennemi et à rejoindre les Britanniques. Le Général ROMMEL qui est venu en personne diriger les opérations contre la 1ère B.F.L., déclarera plus tard: "Nulle part en Afrique, je ne rencontrai une opposition aussi vive". Sur les 3600 hommes de la garnison française, 2700 dont 200 blessés ont pu se retirer mais les combats lui ont coûté 130 tués, 325 blessés et 814 disparus. Si la bataille de Bir-Hakeim ne freine pas durablement l'avance de l'Afrika-Korps, elle permet cependant aux Britanniques de se rétablir. Bir-Hakeim suscitera l'admiration des Alliés et ainsi que l'affirme M. WINDROW (1) " demeurera comme le symbole du renouveau de la gloire militaire française".

Après Bir-Hakeim, ROMMEL ne laisse pas plus souffler ses troupes qu'il ne consent de répit aux Britanniques. Il passe immédiatement à son second objectif: prendre Tobrouk. Il y parvient le 21 juin 1942, les défenseurs étant moralement affaiblis et les fortifications en partie démantelées. Ayant stoppé l'avance de l'Afrika-Korps en livrant une bataille de mouvement (premier El Alamein, juillet 1942), la 8ème Armée passe à l'offensive le 23 octobre 1942, sous le commandement du Général MONTGOMERY. Quelques dizaines de jours auparavant les 1ère et 2ème brigades françaises libres se sont mises en place au sein du dispositif de la 8ème Armée.

(1) "Bir-Hakeim" Connaissance de l'Histoire n°41 - décembre 1981.


Après deux tentatives sans résultat décisif, le 1er novembre 1942, les Britanniques remportent sur l'Afrika-Korps la victoire d'El-Alamein: 40 000 hommes tombent entre leurs mains.

Dès lors les forces germano-italiennes se replient vers la Cyrénaïque, première étape d'une très longue retraite qui va mener jusqu'en Tunisie les forces de ROMMEL, poursuivies par les troupes britanniques, bientôt rejointes par de nouvelles troupes françaises venues du Tchad et commandées par le Colonel LECLERC de HAUTECLOQUE.

Le Tchad

Aux confins du Tchad et de la Lybie, colonie italienne, les forces de la France Libre vont ouvrir un front proprement français.

Dans une vaste région et avec de faibles moyens, le Colonel LECLERC de HAUTECLOQUE s'élance, à la fin du mois de janvier 1941, vers les oasis de Koufra, à 1000 kilomètres de ses bases. Le 1er mars, Koufra se rend. Encouragés par cette victoire, LECLERC et ses hommes prononcent alors le serment de ne pas déposer les armes avant que le drapeau français ne flotte sur Metz et Strasbourg: c'est le "serment de Koufra". Plus tard, traversant la Libye, les hommes de LECLERC rejoindront, comme il est dit plus haut, la 8ème Armée Britannique.

L'Erythrée

Au début de 1941, les Britanniques décident de prendre l'offensive en Erythrée et en Ethiopie, territoires tenus par les Italiens. Le Général anglais WAVELL accueille avec empressement, au côté de ses troupes, une brigade française libre, tant l'étendue et le relief tourmenté de ces contrées rendent nécessaires l'engagement d'un maximum de forces.

Depuis le mois de février, les éléments britanniques venus du Soudan sont arrêtées devant Keren par les Italiens. Le 27 mars, Keren tombe à la suite d'opérations auxquelles la brigade française, commandée par le Colonel MONCLAR, participe brillament. Avec la chute de Keren, tout le dispositif italien s'effondre. Asmara, la capitale, tombe le 1er avril, Massaoua, le port de la Mer Rouge, le 7 avril. Les Français qui contribuent au succès de ces opérations, prennent Montecullo et le Fort Umberto, puis entrant en force à Massaoua, reçoivent la reddition du commandant de la marine ennemie en Mer Rouge; au cours de cette campagne, la brigade du Colonel MONCLAR aura fait 14 000 prisonniers.

UNE ESCADRILLE FRANCAISE EN U.R.S.S.

Parmi les Alliés occidentaux, les Français libres seront les seuls à constituer une unité qui combattra en U.R.S.S. avec les Soviétiques. Il s'agit de l'escadrille d'avions de chasse "Normandie-Niémen". Equipés de "Yak" soviétiques, cette formation participera à 5000 missions et abattra 268 avions allemands; cinq de ses pilotes recevront la plus haute distinction de l'U.R.S.S., en étant fait "héros de l'Union Soviétique".

Comme nous venons de le voir, les Français libres ont participé sans discontinuer, à tous les combats sur terre mais aussi sur mer et dans les airs.

Toutefois, le poids des forces françaises dans le conflit n'augmentera sensiblement qu'au moment où les unités de l'Armée d'Afrique entreront, après bien des péripéties, dans la bataille, à la fin de l'année 1942.

 

 LA RENAISSANCE 

 

Le 8 novembre 1942, les troupes anglo-américaines débarquent au Maroc et en Algérie. Sur ordre de Vichy, l'armée française d'Afrique ouvre le feu sur les assaillants. Les combats ne dureront que trois jours et cesseront à la demande de l'Amiral DARLAN.

Malgré cette paradoxale ouverture des hostilités contre ceux qui redeviendront ses alliés, l'armée française d'Afrique jointe aux forces françaises libres va constituer, avec la résistance métropolitaine, l'un des instruments essentiels qui permettront la réapparition de la France à son rang d'avant la défaite. Mais en 1942, nous sommes loin d'une telle situation. En effet, les Américains ne manifestent qu'un médiocre intérêt pour l'armée d'Afrique. Selon leur point de vue, le désastre de 1940 a définitivement annihilé les capacités militaires de la France. S'ils acceptent de doter en matériel moderne, cette armée à l'équipement vieilli, c'est uniquement pour obtenir l'appui des autorités françaises d'Afrique du Nord, sans lequel cette région ne saurait devenir la base de départ indispensable à la conquête de l'Italie.

Toutefois, le rôle remarquable que jouera l'Armée française sur les divers champs de bataille, conduiront nombre de responsables anglo-américains à réviser leur jugement.

L'hommage souvent rendu aux troupes françaises par des généraux alliés prestigieux en est la preuve évidente.

Ainsi, le Général britannique ANDERSON qui, à propos de la campagne de Tunisie, déclarera qu'il ne "pourra jamais chanter assez les louanges des Français pour avoir tenu ferme la grande dorsale au début de la campagne... les Français brulaient de se battre, leur courage et leur enthousiasme étaient magnifiques. Si on leur avait confié des armes et des équipements convenables, ils auraient rendu des services bien plus appréciables encore..."

Ou bien encore, ces propos du Général américain MARSCHALL qui, après la bataille du Garigliano en Italie, où se sont illustrés les Français, dira "dîtes-leur qu'ils ont fait revivre l'armée française que je connaissais, celle de la Marne et de Verdun".

Et même, cette réflexion d'un Maréchal allemand, KESSELRING qui, au sujet de la campagne d'Italie avouera:"Mon plus grand souci était de connaître la position du Corps expéditionnaire français, sa composition et son implantation. Je donnais donc ordre à la 10ème Armée et à tous les états-majors qui en dépendaient, d'avoir à communiquer d'urgence tout renseignement à ce sujet... la décision finale devrait en découler".

Il est vrai qu'à partir de la campagne de Tunisie et pendant celles qui suivront, la France va disposer pour la première fois, depuis 1940, de troupes en nombre suffisant, pour occuper une place appréciable au sein du dispositif anglo-américain. De plus, en démontrant leur valeur au combat, en offrant des prestations militaires de qualité qui parfois, comme en Italie, changeront le cours de la bataille, les forces françaises vont se révéler utiles à l'alliance et faire la preuve que désormais, la France est à nouveau susceptible de jouer son rôle dans le concert des grandes nations. Le 24 mai 1944, Winston CHURCHILL prendra acte de cette évolution, en déclarant à la Chambre des Communes, au cours d'un débat consacré à la politique étrangère: "Il n'est pas douteux que les efforts et les réalisations du Comité Français de Libération Nationale font de lui une entité politique contribuant de toutes ses forces à la lutte contre l'ennemi commun, et plaçant la France au rang de la quatrième puissance alliée ..."

C'est donc bien le "poids des armes" qui, selon l'expression de M. Jean LACOUTURE (1), permettra à notre pays de "parler plus haut" et d'atténuer l'effet désastreux causé, en France et à l'étranger, par la défaite de 1940.

(1) "De GAULLE" de M. Jean LACOUTURE.


 

Quelle est la composition de l'armée française au moment où elle s'apprête à participer à la libération du territoire? 300 000 indigènes (1) (Algériens, Marocains, Tunisiens, Sénégalais...) et plus de 200 000 européens constituent ses effectifs. Après le débarquement en France, cette armée, devenue 1ère Armée, absorbera de très nombreux éléments issus de la résistance, ce qui permettra notamment, la démobilisation d'une partie des troupes africaines, peu accoutumées au climat rigoureux de l'est de la France.

Cette intégration de quelque 137 000 (2) résistants, outre qu'elle consolidera l'unité nationale, va permettre d'accroître, notablement, les effectifs de nos forces. Au total, grâce aux divers engagements individuels et à l'appel de certains contingents, ces forces compteront, au 1er mai 1945, avec l'armée de l'Air et la Marine, 1 million 300 000 hommes (3) dont plus de 700 000 dans des formations concernées par les combats.

La volonté de constituer d'importantes unités, alors que de très nombreux Français sont encore détenus en Allemagne, montre bien l'ampleur de l'effort consenti par la France et son empire, au cours de la deuxième phase du conflit.

LA CAMPAGNE DE TUNISIE

Faisant suite au débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 au Maroc et en Algérie (opération TORCH), la campagne de Tunisie s'inscrit dans le cadre des premiers grands succès alliés qui marquent un tournant décisif dans le déroulement de la seconde guerre mondiale, avec Stalingrad, El Alamein, Guadalcanal. Les Alliés en prenant pied en Afrique du Nord, visent à chasser Allemands et Italiens du sud de la Méditerranée.

Pour les Français, elle donne le signal, malgré quelques hésitations au début, de la reprise des combats contre leurs ennemis de 1940. Tandis qu'en métropole, en novembre 1942, la zone non occupée est envahie, que l'essentiel de la flotte française se saborde à Toulon, que l'armée d'armistice est dissoute, se réduisant à un seul régiment, le 1er régiment de France, l'armée française d'Afrique entre dans la bataille le 19 novembre 1942, après le refus du Général BARRE, commandant supérieur des troupes françaises en Tunisie, de laisser franchir aux Allemands les cols qui leur auraient permis de s'infiltrer dans l'intérieur montagneux et ainsi de mieux défendre l'étroite plaine côtière où ils ont eu le temps de s'installer. Le Général JUIN a pris le commandement du Détachement d'Armée français, comprenant initialement 10 000 hommes auxquels viennent se joindre des renforts venus du Maroc et d'Algérie jusqu'à atteindre 75 000 hommes. Ce sont des troupes très motivées, bien instruites, entraînées au terrain mais notoirement mal équipées. L'infanterie française sera tout au long de la campagne très demandée par les Alliés dont, par son allant, elle a reconquis l'estime.

Durant la première période de la campagne, il apparaît que presque partout les Germano-Italiens, bénéficiant d'une logistique plus facile, ont l'avantage. Le mauvais temps s'ajoutant, le Général JUIN, à l'instar des Alliés, adopte fin décembre une position défensive.

Les mois de janvier et de février 1943 voient de nouveaux succès remportés par les troupes de l'Axe, cherchant toujours à s'assurer la maîtrise des cols qui commandent la plaine tunisiennne. Les offensives qu'elles mènent à Ousseltia avec les nouveaux chars "Tigre" et à Kasserine, celle-ci dirigée par ROMMEL en personne, obligent les Alliés à se replier sur la Grande Dorsale, la deuxième ligne montagneuse. Les Français perdent 2500 hommes mais la progression ennemie qui aurait pu être dangereuse est stoppée.

(1) (2) "La seconde guerre mondiale" de M. Pierre MIQUEL.

(3) Communication de M. André MARTEL au cours du colloque international consacré au rôle des armées françaises pendant la deuxième guerre mondiale (fondation pour les études de la défense nationale et institut d'histoire de conflits contemporains).


De part et d'autre de nouveaux renforts sont arrivées, singulièrement en provenance de Lybie : L'Afrikakorps et la 8ème Armée britannique de MONTGOMERY qui la talonne. Les forces alliées, formant le 18ème Groupe d'Armées, sont commandées par le Général anglais ALEXANDER. Côté de l'Axe, il y a la 5ème Armée italo-allemande de von ARNIM et la 1ère Armée, d'abord commandée par ROMMEL puis par le Général italien MESSE, à partir du 7 mars, qui sont engagées.

C'est sur la ligne fortifiée Mareth, naguère construite par la France que se joue la décision. Les combats dureront du 6 mars au 6 avril, livrés principalement, côté allié, par la 8ème Armée britannique dans laquelle il faut inclure la Division française libre venant d'Egypte. La colonne LECLERC, qui arrive du Fezzan, et des forces néo-zélandaises ont été lancées en débordement à l'ouest de la ligne de défense ennemie menaçant gravement le repli des Italo-Allemands vers le nord. La bataille est acharnée mais finalement MESSE doit abandonner la position Mareth le 27 mars et manoeuvrer en retraite. Ses troupes vont d'une position défensive à l'autre, poussant toujours plus loin vers le nord. Le 15 avril, elles sont enfermées dans le réduit de Bizerte, Tunis, Zaghouan.

En vue de l'assaut final, ALEXANDER, charge le 19ème Corps d'Armée français du Général KOELTZ d'attaquer en premier dans la région forte du Zaghouan afin d'y attirer les blindés ennemis. Le 5 mai, les Français débouchent de la montagne, surprennent des éléments ennemis en cours de retraite. Le surlendemain, les Britanniques sont à Tunis, les Américains à Bizerte. Les combats cessent le 13 mai, après une vive résistance des Italiens, notamment à Zaghouan. Les deux armées germano-italiennes ou ce qu'il en reste, 260 000 hommes environ, sont faites prisonnières, délaissant un matériel considérable. Les pertes alliées sont évaluées ainsi : Américains, 2700 tués ; Britanniques, 4500 tués ; Français, 4500 tués. La campagne de Tunisie consacre la valeur des troupes françaises formant l'armée d'Afrique, leur ardeur au combat malgré un grand dénuement matériel. En effet, en affrontant au début, avec ses seuls moyens, les forces de l'Axe, en soutenant efficacement des renforts américains inexpérimentés et au départ, bousculés par l'ennemi, l'armée française a fait la démonstration de son utilité. Le Général GIRAUD obtiendra des Américains le rééquipement de cette armée pleine de foi qui va s'illustrer à nouveau en Italie.

LA LIBERATION DE LA CORSE

En exécution du plan général des Alliés, consistant à détruire les forces de l'Axe qui tiennent le sud de l'Italie, la 8ème Armée britannique et la 5ème Armée américaine sous les ordres du Général ALEXANDER, ont pris possession de la Sicile (opération HUSKY), en juillet-août 1943, opération suivie d'autres débarquements à l'extrémité de la péninsule. Ces évènements ont entraîné la chute de Mussolini et la conclusion d'un armistice avec l'Italie.

A la nouvelle de la capitulation italienne, la Corse, occupée depuis le mois de novembre 1942 par de forts contingents italiens et allemands, se soulève le 9 septembre à l'instigation du Front National. Le Général GIRAUD, qui en a pris l'initiative seul, a approvisionné les partisans de l'île en armes et appareils de transmission, transportés ou parachutés en pleine occupation ennemie. Dans la nuit du 12 au 13 septembre, une centaine d'hommes du bataillon de choc (Commandant GAMBIEZ) sont débarqués du sous-marin "Casabianca" (Commandant LHERMINIER). Ils sont renforcés les jours qui suivent, par le reste du bataillon, le 1er R.T.M. et un groupement de Tabors marocains sous les ordres du Général Henri MARTIN. Les Allemands s'acharnent à se maintenir à Bonifaccio et Porto-Vecchio, avant le repli sur la côte orientale et leur réembarquement à Bastia. De sérieux combats sont livrés dans la montagne par les Français au cours de cette opération qui fait de la Corse, le 4 octobre, le premier département français libéré par l'Armée française reconstituée en Afrique du Nord, par les soins des Généraux WEYGAND, JUIN et GIRAUD.

 LA CAMPAGNE D'ITALIE

 Les Alliés ont réussi sans trop de perte à s'implanter au fond de la botte italienne et à dépasser Naples. Mais ils sont arrêtés par une solide ligne de défense allemande (la ligne Gustav) préparée par le Maréchal KESSELRING, qui barre la péninsule entre les embouchures du Sangro et du Garigliano. Les blindés américains sont sans effets sur ces terrains montagneux que coupent des rivières profondes.

C'est alors, à la fin novembre 1943, que va intervenir le Corps Expéditionnaire Français (C.E.F.), sous les ordres du Général Alphonse JUIN. Il comprend pour commencer un corps d'Armée formé par la 2ème division d'infanterie marocaine (Général DODY), la 3ème division d'infanterie algérienne (Général de MONSABERT). En avril, il sera renforcé par la 4ème division marocaine de montagne (Général SEVEZ), la 1ère division française libre (Général BROSSET) dont les éléments ont déjà combattu en Abyssinie, en Egypte, en Lybie. Le C.E.F. comprend, en outre, trois groupes de Tabors marocains (Général GUILLAUME).

Ces troupes, pour l'essentiel, sont habillées, équipées, armées à l'américaine. Pour la première fois, depuis 1940, elles vont se mesurer à égalité avec les Allemands. Elles sont d'un moral très élevé, ayant la volonté de vaincre l'ennemi, auquel elles sauront montrer, ainsi qu'aux Alliés, leur détermination à restaurer le renom de l'Armée française. Le Colonel allemand Rudolf BÖMHLER dira plus tard " la grande surprise, ce fut l'attitude au combat du C.E.F. La campagne de 1940 avait jeté un voile sombre sur l'Armée française. On ne la croyait plus capable de se remettre de cette écrasante défaite. Et voici que les divisions du Général JUIN se révélaient extraordinairement dangereuses..." (1) Ces propos rejoignent ceux de cet officier allemand qui étonné de la valeur des troupes françaises, déclara "on nous avait dit que l'Armée française était morte en 1940; on nous a menti; elle est vivante et se bat en Italie."

Dans la neige, malgré le froid, dans une région particulièrement difficile, la 2ème division d'infanterie marocaine se lance à l'attaque des fortes positions allemandes de la ligne Gustav. Débarquée au début de l'année 1944, la 3ème division d'infanterie algérienne forme avec les Marocains le "créneau français". Ces troupes s'emparent au cours de combats acharnés de plusieurs points avancés du front allemand, préludant à la bataille pour le Monte Cassino qui doit ouvrir la porte de Rome.

Le 25 janvier 1944, suivant les instructions du Général américain CLARK, le 4ème R.T.T. (Colonel ROUX) monte à l'assaut du Belvédère dont il s'empare de haute lutte et s'y maintient en dépit du feu violent de l'ennemi. Mais il a perdu 40 officiers dont son Colonel, 162 sous-officiers et 1300 hommes. Malgré l'écrasement sous les bombes de Monte Cassino, les Allemands tiennent toujours, ce qui oblige le commandement américain à réviser son plan d'offensive. C'est l'opération Diadème, déclenchée le 12 mai 1944, qui a pour objectif de rompre la ligne Gustav et à la suite de prendre Rome. Le C.E.F. est inclus dans la 5ème Armée américaine mais c'est lui qui est chargé de l'effort principal. JUIN a, en effet, persuadé CLARK d'adopter une manoeuvre en montagne destinée à contourner au plus loin les défenses allemandes, au lieu de forcer le passage par les voies existantes trop exposées au feu de l'ennemi. Les Français, avec leur corps de montagne, sont en mesure de l'entreprendre à travers les inhospitaliers monts Aurunci. Du 12 au 13, d'abord sans préparation d'artillerie pour préserver la surprise, les tirailleurs s'emparent successivement du Mont Faito, de Castelforte, du Funci et en fin du Mont Majo, au sommet duquel un drapeau français de 30 mètres de haut est planté. Ces deux dernières conquêtes déclenchent la retraite allemande. La boucle du Garigliano est nettoyée et Cassino, devenu sans importance, est abandonné par l'ennemi.

(1) "Monte Cassino" Editions Mittler und Sohn.


Le C.E.F. a permis la rupture de la ligne Gustav qui immobilisait les Alliés et ouvert la porte de Rome. L'action déterminante de l'Armée française et de son commandement vaudra à JUIN d'être décoré de l'ordre du Bain par le roi d'Angleterre. CLARK et JUIN entreront dans la Ville Eternelle le 5 juin, alors que va avoir lieu le débarquement en Normandie.

LA CONQUÊTE DE L'ÎLE D'ELBE

A la campagne d'Italie qui n'est pourtant pas terminée, doit être rattachée la conquête de l'île d'Elbe; projetée depuis longtemps, le Général de GAULLE voulait en faire une affaire française. Elle constitue en même temps un bon entraînement en vue du débarquement en Provence. En raison du relief tourmenté de l'île, l'opération était difficile d'autant que les Allemands avaient pu tout à loisir se retrancher solidement sur des positions quasiment inaccessibles et sur lesquelles l'aviation était inefficace.

L'opération est confiée à la 9ème division d'infanterie coloniale (Général MAGNAN) que renforcent les commandos d'Afrique et surtout le bataillon de choc. Dans la nuit du 16 au 17 juin 1944, une avant-garde des "Chocs" débarque et surprend l'ennemi. Escaladant les montagnes, les hommes de GAMBIEZ neutralisent la plupart des batteries allemandes, coupent les communications. Au matin du 17 juin, le gros de la troupe prend pied sur l'île, avec l'appui de l'artillerie de marine britannique. Malgré la résistance ennemie, les hauteurs dominant la baie de Marina sont aux mains des Français dès l'après-midi. Le soir, la côte nord est atteinte. Des combats ont lieu toute la nuit. Au matin, la villa Napoléon, siège du P.C. allemand est occupée. Les derniers îlots de résistance tombent le lendemain. Certes, les Allemands étaient en infériorité numérique mais elle était compensée par une forte organisation défensive. Les Français ont su l'emporter grâce à leur ardeur et à leurs capacités manoeuvrières.

En Italie, le C.E.F. n'est pas resté inactif. Il a continué de poursuivre les Allemands jusqu'à Sienne où il entre le 2 juillet. Puis, il se regroupe à Naples avant de prendre part à la libération de la France. 

LE DEBARQUEMENT EN NORMANDIE

Lors de la tenue de la conférence de Téhéran, STALINE demande à ROOSEVELT et à CHURCHILL de créer en Europe un second front susceptible de soulager efficacement l'U.R.S.S. Mais envahir le continent nécessite la construction d'une armada, la formation de troupes d'élite et une puissance industrielle que les Etats-Unis sont seuls à posséder.

Après l'échec d'une opération amphibie contre Dieppe en 1942, le plan "Cossac", élaboré en avril 1943, prévoit que le débarquement aura lieu en France, sur la côte normande, entre l'Orne et la Vire. Ce plan approuvé en juillet 1943 devient l'opération "Overlord".

Le 24 décembre 1943, le Général américain EISENHOWER est nommé commandant en chef des forces expéditionnaires alliées, le Général britannique MONTGOMERY étant chargé de la coordination des armées de terre.

Dans la nuit du 5 au 6 juin, 23 000 parachutistes sont lâchés sur la région de Sainte-Mère-L'Eglise et à l'est de Caen. Leur but est de désorganiser les communications de l'ennemi, de jalonner les aires d'atterrissage en liaison avec la résistance, de joindre les plages de débarquement et de protéger les deux flancs du secteur. Parmi ces forces aéroportées, mais agissant dans une autre zone, figure en bonne place, une unité française, le 4ème bataillon d'infanterie de l'air (4ème B.I.A.), commandé par le Chef de Bataillon Pierre BOURGOUIN. Le 5 juin, le bataillon est envoyé en Bretagne.

Sa mission est d'isoler, par des actions de sabotage effectuées en liaison avec la résistance, les troupes ennemies stationnées en Bretagne, pour les empêcher de se porter en Normandie. Les parachutistes du 4ème B.I.A. et les 3000 maquisards qu'ils ont instruits, poursuivront étroitement unis, leur combat. Plus tard, le 18 juin 1944, à Saint-Marcel, les unités F.F.I. et le 4ème B.I.A., sauront organiser un décrochage méthodique qui leur permettra d'éviter l'encerclement du secteur.

 Mais revenons au jour J. Le 6 juin, en effet, peu après minuit, commence un bombardement aérien systématique, tandis qu'à travers la Manche une immense flotte se dirige vers la côte normande. Bientôt, les canons des navires de guerre se mettent à tonner, tandis qu'à 6 heures du matin, 2000 avions déversent leurs bombes sur la plage.

En fait, cinq plages, connues sous les noms de code suivant, Sword, Juno, Gold, Omaha-Beach et Utah-Beach sont concernées par le débarquement. Les Américains débarquent à Omaha et Utah, les Canadiens à Juno et les Anglais à Gold et Sword. C'est dans ce dernier secteur qu'un contingent français participera aux combats. C'est en effet, à 7 heures 30, le 6 juin, que les Français du 1er bataillon fusilier marin commando (1er B.F.M.C.), sous les ordres du Commandant KIEFFER, intégré au commando n° 4 britannique, vont donner l'assaut. Après de durs combats au cours desquels le Commandant KIEFFER lui-même est blessé, une section du 1er B.F.M.C. fonce sur Ouistreham tandis qu'à Riva-Bella, le restant du bataillon combat à proximité du casino transformé en forteresse par les Allemands. Arrivant à Benouville, le 1er B.F.M.C. poursuivra sa progression subissant de lourdes pertes. Amfreville, Breville, le bois de Bavent au sud-est de Caen, sont nettoyés par les forces françaises. Le 1er B.F.M.C. restera au contact de l'ennemi et se battra constamment jusqu'à l'avancée vers la Seine fin août 1944.

Si dans les secteurs anglo-canadiens, l'assaut rencontre une résistance moins forte que prévue, le secteur d'Omaha connaîtra des pertes énormes (70% de la première vague d'assaut américaine) en raison du feu meurtrier déclenché par les Allemands. En fin de matinée cependant, deux brèches sont ouvertes. Sur la plage d'Utah où une erreur de localisation facilitera l'opération de débarquement qui s'effectuera sans perte notable et dans le secteur anglo-canadien. En fin de journée, la tête de pont atteint de 3,5 km à 5 km, dans le secteur Utah. Les troupes aéroportées qui se sont mal regroupées ont atteint certains objectifs. Un bataillon tient notamment Sainte-Mère-L'Eglise.

A Omaha, la pénétration est très en retard sur le plan. Le 5ème corps américain a perdu 3000 hommes. A la pointe du Hoc, les Rangers ont détruit la batterie côtière.

A l'est, les Anglo-Canadiens atteignent une ligne passant à l'est de Port-en-Bessin et au nord de Bayeux, ville qui recevra le Général de GAULLE, le 14 juin 1944. Sur la rive droite de l'Orne, la 6ème division aéroportée tient Ranville et Benouville et a fait la jonction avec les troupes débarquées. Au soir du 6 juin, la situation est dans l'ensemble satisfaisante. L'opération "Overlord" est en bonne voie même si la bataille de Normandie durera encore jusqu'au mois d'août. En effet, les combats vont se poursuivre avec le siège de Caen, la libération de Saint-Lô, la chute de Cherbourg et la bataille d'Avranches, à la suite desquelles les alliés décident d'encercler les 5ème et 7ème Armées allemandes. Les forces ennemies vont essayer de contre-attaquer le 7 août mais se feront enfermer dans la poche de Falaise. Prises dans un étau tenu par le Général anglais MONTGOMERY et le Général américain BRADLEY, les chars et soldats allemands furent peu nombreux à s'échapper de Falaise. Le 24 août, les Allemands laissèrent derrière eux 200 000 prisonniers, 50 000 morts et le matériel de deux armées. Quinze divisions avaient complètement disparues. C'est à cette occasion, que la 2ème division blindée (2ème D.B.), commandée par le Général LECLERC de HAUTECLOQUE participera activement à la fin de la bataille. Débarquée en Normandie le 1er août sur la plage d'Utah, la 2ème D.B. contribue le 7 août à arrêter la contre-attaque allemande sur Avranches. Le 9, elle est au Mans. Elle fait partie d'un dispositif qui doit prendre une armée allemande en tenaille. Ses objectifs sont Alençon et Ecouche afin de couper la retraite de l'ennemi vers Paris. Le 10 ont lieu les premiers engagements. Le 11, la division progresse jusqu'à 2 km d'Alençon, alors que la 9ème panzer allemande bat en retraite. Le 12, Alençon est prise et la progression reprend vers la forêt d'Ecouves. A la sortie de Sees, a lieu un vif engagement avec l'avant-garde du 116ème panzer. Dans la matinée du 13, l'encerclement de la 9ème panzer est réalisé dans la forêt d'Ecouves. Le 13, la 2ème D.B. est dans les faubourgs d'Argentan qu'elle libérera le 20 août avec différentes armées alliées.

Tous ses objectifs ont été atteints. Mais une autre mission l'attend : la libération de Paris. Depuis le débarquement de Normandie, la capitale française attend sa délivrance. Le 12 août 1944, alors que la 2ème D.B. libère Alençon, les cheminots se mettent en grève suivis le 15 août par les policiers puis les postiers. Il n'y a ni électricité, ni journaux, tous les transports sont paralysés. La nuit du 18 au 19 août marque le début du soulèvement de la capitale. La Préfecture de Police est investie à 7 heures. Le 20, l'Hôtel de Ville est occupé. Après une courte trêve entre les insurgés et l'état-major allemand, des barricades sont élevées dans la soirée du 21. Le lendemain, des échauffourées ont lieu dans divers secteurs et la résistance prend contact avec la 2ème D.B. Le 23 connaîtra les combats les plus acharnés. Les troupes allemandes sont contraintes de se retrancher dans leurs points d'appui et le 24 août, la résistance lance deux attaques d'envergure. Dans la soirée, la colonne du Capitaine DRONNE de la 2ème D.B. fait son entrée par la porte d'Italie. Le 25 août, le Général LECLERC de HAUTECLOQUE donne l'ordre à l'ensemble de la division d'entrer dans Paris. Après un dernier sursaut de résistance, les troupes allemandes capitulent en la personne du Général von SCHOLTIZ. Depuis 12 heures 30, le drapeau français flotte au sommet de la Tour Eiffel. C'est le 26 août que le Général de GAULLE conduira un défilé mémorable sur les Champs-Elysées, acclamé par une foule innombrable et enthousiaste. Au 31 août, la libération de la France est bien engagée. Aidés par la résistance, les Américains ont libéré la Bretagne, Angers le 10 août, Chartres et Orléans le 16 août, Troyes le 26, Epernay le 28 et Verdun le 31. Les Alliés ont avancé partout.

LE DEBARQUEMENT EN PROVENCE

Prévu initialement pour avoir lieu presque simultanément avec le débarquement en Normandie, l'assaut contre les côtes méditerranéennes françaises et auquel CHURCHILL aurait préféré une offensive en direction de l'Europe centrale, s'est préparé à Naples. Il a été confié, pour les opérations terrestres, au Général PATCH, commandant la 7ème Armée américaine qui comprend trois divisions U.S. et, sous les ordres du Général de LATTRE de TASSIGNY, les forces françaises soit cinq divisions d'infanterie et une division blindée (la 1ère, rejointe un peu plus tard par la 5ème D.B.), représentant les 7/10ème de l'armée d'invasion. Elles forment l'Armée B, composée de Français (Pieds-Noirs) et de Musulmans d'Afrique du Nord, de troupes d'Afrique noire.

Il s'y trouve aussi plusieurs milliers d'évadés de France par l'Espagne qui ont pu rejoindre l'Afrique du Nord après un séjour plus ou moins long dans les geôles franquistes. Elle doit débarquer en 2ème échelon. Cependant, les Commandos français du Lieutenant-Colonel BOUVET coudoient les Rangers américains dans leur approche des côtes dans la nuit du 14 au 15 août 1944. Le contre-amiral DAVIDSON, commandant la flotte alliée qui les transporte, a la délicatesse d'envoyer un message d'amitié aux soldats français "qui vont avoir l'honneur de mettre les premiers le pied sur le sol de leur patrie pour la libérer".

C'est un officier de réserve, ancien de 1914-1918, évadé par l'Espagne, qui a le premier rendez-vous avec la France quand il accoste sur la plage du Rayol un peu après minuit tandis que le Capitaine DUCOURNAU enlève par surprise la batterie ennemie défendant le cap Nègre. Dans la deuxième partie de la nuit, une opération aéroportée a lieu au sud de Draguignan, lâchant près de 10 000 hommes, partis d'Italie, sur les arrières de l'ennemi. A l'aube, l'aviation américaine pulvérise les défenses des plages sur lesquelles sont déversées 800 tonnes de bombes, relayée par l'artillerie de marine et les 30 000 tubes des bâteaux fusées.

Les 3ème, 36ème et 45ème divisions américaines peuvent alors prendre pied sur la côte provençale. Les Américains se rendent maîtres des îles d'Hyères, de Saint-Tropez, de Sainte-Maxime, mais Saint-Raphael et Fréjus ne tombent que le lendemain. Ils commencent leur progression à l'intérieur du pays et vont bientôt occuper Draguignan. Le 16 août, en soirée, c'est au tour des Français de débarquer : la 1ère D.F.L. sur la plage de Sylvabelle, la 3ème D.I.A., le quartier général de l'Armée et le C.C.2 sur la plage de la Foux, au fond de la baie de Saint-Tropez. Le poste de commandement de de LATTRE s'installe à Cogolin. Tandis que les Américains doivent pousser en direction du nord par la rive gauche du Rhône et la route des Alpes, le chef de l'armée B a pour mission de prendre Toulon et Marseille et remonter ensuite le Rhône par sa rive droite.

Toulon est une pièce maîtresse du "Südwall", le Mur de la Méditerranée. On estime les forces de l'occupant, avec ses défenses périphériques à 26 000 hommes. De Lattre est décidé à agir au plus vite car l'ennemi ne va pas manquer de se ressaisir et rendre plus difficile la conquête de ces deux villes-clés. Il charge BROSSET avec sa D.F.L. d'attaquer frontalement le camp retranché de Toulon par l'est, afin d'attirer à l'extérieur le maximum d'effectifs adverses et MONTSABERT d'une mission de débordement de la ville par le nord et l'ouest avec sa 3ème D.I.A., en amorçant en même temps son avancée vers Marseille. La D.F.L. est complétée des éléments débarqués de la 9ème D.I.C. (Général MAGNAN) et des commandos d'Afrique, l'ensemble étant coordonné par le Général de LARMINAT. La couverture des opérations incombe à la 1ère D.B. du Général du VIGIER qui se porte vers Aix.

L'investissement de Toulon est complet les 20 et 21 août. Le 20 août, à 8 heures, le Colonel de LINARES avec le 3ème R.T.A. débouche de la montagne au nord de Toulon et pénètre dans la ville où il se heurte à une vive résistance, tandis que son chef de MONSABERT s'infléchit vers Marseille. Le lendemain, Bandol est pris par les chars du 7ème R.C.A. (VAN ECKE) et du 2ème R.S.A.R. (LE COQ). A l'est, le groupement LARMINAT, après des combats acharnés, a franchi la première ligne de défense allemande. Le 21, le fort du Coulon, pivot de la manoeuvre, est enlevé par les commandos d'Afrique du Capitaine DUCOURNAU. Les jours suivants voient le démantèlement du dispositif allemand, la prise du Mont-Faron, la capitulation de plusieurs points d'appui qui sont les plus durs moments de la bataille de Toulon. La 9ème D.I.C. met près d'une semaine pour réduire les derniers îlots de résistance, farouchement défendus. L'amiral RUHFUS, commandant la garnison, s'est installé dans la presqu'île de Saint-Mandrier avec 2000 hommes. Il dispose d'une puissante artillerie. Le pilonnage de la position par l'aviation et la marine, commencé le 19 août, durera jusqu'au 28 quand la garnison consent à capituler.

Deuxième objectif assigné à l'Armée de LATTRE, après Toulon (en fait les opérations ont été menées de pair), la prise de Marseille. La possession de son port, le premier de la Méditerranée occidentale est d'un grand intérêt stratégique pour les Alliés; en effet, les ports français étant détruits ou occupés, Marseille permettra plus tard de ravitailler les armées alliées dans de meilleures conditions. Aussi, les Allemands ont-ils fait de la ville et de ses alentours un véritable camp retranché. Côté mer, ce sont les ouvrages du "Südwall" construits par la TODT, les forts de Saint-Jean et de Saint-Nicolas; côté terre d'importants ouvrages ou barrages défendent en discontinu, l'accès de l'agglomération par les différentes routes. A l'intérieur de la cité, la défense s'appuie sur de nombreux centres de résistance, riches en pièces d'artillerie. Les forces allemandes, après le repli sur Lyon d'une partie de la 19ème Armée ordonné par le Général WIESE, représentent environ 17 000 hommes (Kriegsmarine et la 224ème Division d'Infanterie) placés sous le commandement du Général SCHAEFFER à qui le Führer a demandé de tenir jusqu'à la dernière cartouche.

C'est au Général de MONSABERT que revient la charge de libérer la deuxième ville de France. Il bénéficie de la maîtrise aérienne, de l'appui de l'escadre alliée au large mais aussi de l'aide de la résistance intérieure, animée principalement par F. LEENHARDT et G. DEFERRE. Il conservera de bout en bout l'initiative des opérations, grâce aussi à l'élan de sa troupe, avide de reconquérir le pays.

Alors que le 19 août, les éléments de reconnaissance de la 3ème D.I.A. s'emparent de l'important carrefour du Camp-du-Castelet, à mi-chemin de la route Toulon-Marseille, le comité de libération marseillais proclame la grève générale insurrectionnelle. Des actions de harcèlement ont lieu contre les forces allemandes. MONSABERT, sans attendre, s'assure le contrôle d'Aubagne, clef de voûte de la défense extérieure de Marseille qui résiste violemment pendant deux jours contre le Combat Command SUDRE, (C.C.), secondé par le 2ème Tabors marocains. Simultanément, le chef de la 3ème D.I.A. lance son infanterie, familiarisée avec les combats en montagne, le 7ème R.T.A. et le 1er Tabors marocains dans une manoeuvre par les hauts. Elle doit permettre l'accès aux faubourgs nord et nord-est de Marseille. L'infiltration réussit et surprend le dispositif ennemi. Après la chute d'Aubagne, une partie du C.C. s'est portée jusqu'aux lisières est de la ville. Par ailleurs, les défenses les plus avancées de la route d'Aix sont entre les mains des Français. Telle est la situation résumée, le 22 août au soir. Cependant, il est urgent de venir en aide aux F.F.I. de Marseille. MONSABERT fait alors franchir les limites de la ville par un bataillon du 7ème R.T.A. et les chars du 2ème Cuirassiers. Lui-même va installer son P.C. à l'hôtel de l'ancienne région militaire.

Les Allemands font donner leur artillerie, bombardant la ville sans discontinuer. Ils règlent leurs tirs depuis la colline de Notre-Dame-de-la-Garde. Mais le 23 au soir, les tirailleurs du 7ème et quelques chars sont établis au coeur de la cité. Le Général SCHAEFFER est coupé de ses troupes assurant les défenses extérieures. Cherchant surtout à gagner du temps, il demande une entrevue au Général de MONSABERT qui exige la reddition immédiate de ses troupes. Sur son refus, les combats reprennent dans la ville où la situation est assez confuse. Les F.F.I. se trouvent répartis dans les différents quartiers (certains ont été libérés par eux seuls). L'ennemi résiste avec acharnement le long du port au Fort-Saint-Jean mais autour de la ville l'étau se resserre inexorablement. Quatre jours sont nécessaires pour réduire les points d'appui, ce qui donne lieu à des combats de rue très meurtriers pour l'infanterie d'attaque. Le 25 août pourtant, Notre-Dame-de-la Garde est aux mains des tirailleurs algériens et le drapeau tricolore hissé sur la basilique. Le 27 août au soir, le Général SCHAEFFER demande une suspension des combats, avant de s'engager dans la reddition. Celle-ci est signée le lendemain matin. Les Allemands prisonniers prennent le chemin du camp de Sainte-Marthe. Un matériel considérable est livré aux vainqueurs. Ainsi s'achève la bataille de Marseille livrée quasiment en même temps que celle de Toulon, en avance d'un mois sur les plans prévus.

Sans désemparer, l'Armée de LATTRE se lance dans la poursuite de l'ennemi. Alors que le 6ème corps d'armée américain progresse rapidement en direction de Lyon par la rive gauche du Rhône et la route des Alpes, les divisions françaises recherchent le contact avec la 19ème Armée du Général WIESE, en suivant la rive droite du fleuve. Elles se grossissent au passage de nombreux F.F.I. avides de les suivre sur les chemins de la victoire. D'autres unités, comme le 2ème Dragons, débarquent à nouveau. Dès lors, deux corps d'armée (C.A.) sont constitués, le premier commandé par le Général BETHOUART, le deuxième par le Général de MONSABERT qui formeront le 25 septembre, la 1ère Armée française. 

 

LA PARTICIPATION A LA VICTOIRE

 

Nous abordons là, la phase ultime de la part prise par l'armée française au second conflit mondial. Désormais ses effectifs sont importants. En effet, en 1945, 700 000 hommes sont répartis entre les unités des différentes armes concernées par les combats et notamment entre les 15 divisions de l'armée de terre:

* 1ère division française libre (D.F.L.)

* 2ème division d'infanterie marocaine (D.I.M.)

* 3ème division d'infanterie algérienne (D.I.A)

* 4ème division marocaine de montagne (D.M.M.)

* 9ème division d'infanterie coloniale (D.I.C.)

 

* 1ère division d'infanterie (D.I.)

* 10ème division d'infanterie (D.I.)

* 14ème division d'infanterie (D.I.)

* 19ème division d'infanterie (D.I.)

* 23ème division d'infanterie (D.I.)

* 25ème division d'infanterie(D.I.)

* 27ème division alpine (D.A.)

 

* 1ère division blindée (D.B.)

* 2ème division blindée (D.B.)

* 5ème division blindée (D.B.)

 

Depuis le début de la guerre, les troupes françaises ont été et continuent d'être présentes sur les fronts essentiels d'Afrique, d'Italie, de France ou d'Allemagne. Grâce au nombre de ses soldats et aux services qu'ils rendent, l'armée française est à nouveau reconnue et son rôle évalué avec plus d'objectivité par de nombreux responsables alliés.

C'est donc à une force militaire tendue vers la reconstruction progressive de sa puissance qu'ont à faire, amis et ennemis.

LA BATAILLE DE FRANCE

Paris libéré le 26 août 1944, les Alliés sont à la poursuite des troupes allemandes, fortement éprouvées par la bataille de Normandie qui leur a coûté presque le double d'hommes qu'à Stalingrad.

Le 2 septembre, Dieppe tombe presque sans coup férir, belle revanche pour les Canadiens deux ans après leur raid cuisant sur les défenses allemandes. Toutefois, Le Havre résiste avant de crouler sous les bombes (11 000 tonnes déversées). Boulogne, Calais, enfin débarassés des rampes de lancement des V1, vont tomber à leur tour. Les Britanniques opèrent victorieusement en Belgique, délivrant Bruxelles; les Américains sont sur la Moselle le 11 septembre, Nancy est pris le 15.

La division LECLERC, placée à l'extrême droite du dispositif allié, est envoyée vers Langres pour faire la jonction avec l'armée B du Général de LATTRE de TASSIGNY remontant vers Dijon. C'est que les troupes françaises débarquées en Méditerranée n'ont pas perdu de temps et sont même en avance sur le planning initial. Tandis que la 5ème D.B. occupe le col de la Faucille (Jura oriental), la 1ère D.F.L. est entrée le 3 septembre dans Lyon que les Allemands ont évacué. Partout, les Forces Françaises de l'Intérieur (F.F.I.), soit isolément, soit en corps constitués, apportent un précieux concours. Leur action est parfois déterminante, comme dans la reddition de l'arrière-garde de la 1ère armée allemande, laquelle gardait de Hendaye à la Loire, la côte atlantique.

 Laissant sur place des îlots, des "poches", dans les ports de la côte, puissamment défendus mais sans grand espoir de sortie pour la garnison, le dernier corps d'armée allemand à évacuer le littoral cherche à son tour la fuite par le nord et le nord-est, avant que les armées débarquées en Provence ne se joignent à celles de Normandie. Le gros des troupes, en dépit des harcèlements, atteint Dijon. Cependant, le "Kampfgruppe"(K.G.) BAUER et surtout le "groupement temporaire à pied sud" du Général ELSTER ont pris du retard malgré leur désir ardent de rejoindre l'Allemagne. Ils constituent une grave menace pour le flanc gauche de l'Armée de LATTRE qui progresse le long de la Saône. Aussi, son chef détourne-t-il dans la direction d'Autun un détachement comprenant entre autres le 2ème Dragons. A Paray-le-Monial, le 7 septembre, le régiment rencontre les éléments avancés de la "Division Légère de Toulouse" du Colonel REDON, partie du "Groupement Mobile des F.F.I. du Sud-Ouest" ou colonne SCHNEIDER. Au cours de durs combats, sur une ligne de front discontinue c'est l'action conjuguée des troupes d'Afrique et des F.F.I. (corps Franc Pommiès entre autres) qui permettra l'anéantissement du KG BAUER, estimé à 5 OOO hommes. Plus à l'ouest, dans le bec de l'Allier, les F.F.I. de la "Division Légère d'Auvergne", auront encore raison des 2O OOO hommes de la colonne ELSTER.

Le 12 septembre a lieu la rencontre d'un peloton du régiment de reconnaissance de la 2ème DB (1er RMSM) avec les éléments avancés de l'Armée de LATTRE (fusiliers marins de la 1ère DFL). Dès lors, est définitivement assurée la liaison entre les forces qui viennent de l'ouest avec celles qui arrivent du sud placées sous le commandement unique du Général EISENHOWER. A ce moment-là, les Alliés connaissent encore de rapides succès. Le 11 septembre, la frontière allemande est traversée au nord de Trèves, le 16 la ligne SIEGFRIED est percée à Aix-la-Chapelle (alors que les Russes atteignent la Vistule). Mais en Hollande, la bataille d'Arnhem (17-27 septembre) opération terrestre et aéroportée ayant pour objectif de s'emparer des ponts sur la Meuse et le Rhin est un échec pour les Alliés.

Sur les Vosges, l'ennemi s'est ressaisi, sûr d'y trouver une ligne de défense naturelle. Il établit des positions successives pour interdire les routes et les crêtes: la ligne de défense pré-Vosgienne et la ligne Vosgienne, bloque la trouée de Saverne. Les ordres du Haut-Commandement allemand sont de tenir coûte que coûte, dans l'espoir pas tellement chimérique de gagner du temps. Ses troupes de l'ouest, qui en sont à leur 3ème commandant en chef, ont au moins un avantage, celui d'être près de leur base, l'Allemagne n'étant plus qu'à une centaine de kilomètres.

Les Alliés, en revanche, connaissent des difficultés de ravitaillement, en essence principalement. Ils ont, en outre, besoin de souffler un peu après avoir parcouru plus de 5OO kilomètres sans cesser de livrer combat. L'Allemagne mobilise ses dernières ressources pour renforcer son front de l'ouest et conserver la partie du sol français qu'elle occupe encore. HITLER va incorporer les jeunes Allemands à partir de 16 ans, puis procéder à la levée en masse des hommes valides jusqu'à 6O ans (VOLKSSTURM).

La 1ère Armée française, nouvelle appellation de l'Armée B, composée des deux Corps d'armée BETHOUART et de MONSABERT, parvenue à sa hauteur, commence à se regrouper face à la trouée de Belfort, en vue d'engager la bataille pour la libération de l'Alsace. Elle a à sa gauche la 7ème Armée américaine qui tend à se porter sur le nord, obligeant de LATTRE à étendre son dispositif.

Les Alliés préparent une grande offensive en direction du Rhin. Elle consiste à attaquer sur les voies d'invasion conduisant en Allemagne. Face à 78 divisions allemandes, dont 5 panzer, ils déploient 3 millions d'hommes, chiffre extraordinaire mais il y a 650 km de front, de la Hollande à la Suisse.

L'attaque débute le 8 novembre dans de mauvaises conditions atmosphériques. Les Américains établissent plusieurs têtes de pont au delà de la Moselle et parviennent même à dépasser la frontière allemande. Metz tombe le 22 novembre mais les forts ne seront définitivement réduits que le 13 décembre.

 L'offensive de la 1ère Armée française est déclenchée le 14 novembre. Une semaine après, le Rhin est atteint, Belfort où s'illustrent les commandos de France est libéré en même temps que Mulhouse qui voit à l'oeuvre les blindés de la 1ère D.B. du Général du VIGIER. La percée ainsi réalisée tourne les positions allemandes sur les Vosges. C'est l'occasion pour la 7ème Armée américaine d'avancer sur Sarrebourg, pris le 21. Les blindés de LECLERC mis à sa disposition percent au delà de Saverne, foncent dans la plaine d'Alsace et le 23 atteignent Strasbourg et le Rhin pour la deuxième fois.

La période qui suit voit de nouveaux succès alliés; les Américains s'emparent de Sarreguemines, de Forbach, Sélestat, entrent à Haguenau. Mais les troupes sont fatiguées, la météo toujours détestable. L'ennemi, lui, durcit sa résistance. Il doit toutefois cèder Dannemarie aux troupes de de LATTRE auxquelles il cause des pertes sensibles: 1300 tués, 4500 blessés mais en subit beaucoup plus. A l'issue de ces durs et difficiles combats où les deux corps d'armée ont été engagés, la Haute-Alsace est libérée jusqu'à Masevaux.

Mais entre la 7ème Armée américaine, trop au nord, et la 1ère Armée française, les Allemands repliés des Vosges se sont organisés autour de Colmar. Ils forment une vaste poche qu'ils sont résolus à défendre jusqu'au bout. Renforcée de la 2ème D.B. française et de la 36ème D.I. américaine, l'armée de LATTRE se lance à son attaque le 7 décembre sous une tempête de neige. Les Tirailleurs, les Spahis marocains font des prouesses malgré la crue des rivières, les mines et surtout la réaction violente de l'ennemi. Le 10 décembre, Thann est occupé mais la progression s'arrête là. Les troupes françaises piétinent dans la boue et le froid. Partout, du reste, les Alliés sont immobilisés.

En campagne depuis 4 mois, épuisés par les combats et par les conditions climatiques, les troupes françaises venues d'Italie et d'Afrique du Nord n'en peuvent plus. Elles sont heureusement complétées par des éléments venus des F.F.I., qui n'ont pas encore l'expérience du front mais sont pleins de bonne volonté. C'est le mérite, après avoir été son souci, du Général de LATTRE de TASSIGNY d'avoir réalisé l'amalgame qui est en quelque sorte la cohabitation, sous un même drapeau des troupes de l'armée d'Afrique et des F.F.I. venus pour la plupart des maquis avec leurs chefs et leurs armes.

Dans les faits, l'amalgame a été chose complexe et délicate. Il y avait des questions de grades, de chefs que les nouveaux venus entendaient conserver, de mentalité, d'éducation militaire qui laissaient souvent à désirer dans les F.F.I.. La synthèse s'est donc réalisée progressivement. En février 1945, l'intégration est une réalité; avec les formations issues de la résistance intérieure sont reconstitués des régiments par emprunt au répertoire historique des corps de l'Armée française. C'est ainsi qu'aux soldats venus de l'Empire s'ajoutèrent 137 000 hommes provenant de la France métropolitaine.

Aucun n'est de trop, compte tenu des évènements qui vont se dérouler. Alors que les Alliés marquent le pas à peu près partout sur le front de l'Ouest, l'Allemagne se prépare à frapper un grand coup. HITLER veut offrir une victoire à son armée et à son peuple, en attendant la mise en service d'hypothètiques armes secrètes. Le 16 décembre, les armées de VON RUNDSTEDT lancent une violente contre-offensive dans les Ardennes. L'attaque débouche par temps de brouillard, avec des moyens considérables, sur un terrain enneigé, peu propice aux opérations d'envergure. Les Alliés sont totalement surpris. L'intention des Allemands est de percer brusquement les lignes alliées en direction de la Meuse, afin de séparer les armées britanniques et canadiennes des Américains, puis d'atteindre Anvers, important port de ravitaillement. Ils pourront alors se déployer vers le sud et vers le nord pour détruire les unes après les autres les forces alliées dissociées. L'opération débute dans l'enthousiasme mais aussi dans le désordre. Pour en conserver le secret au maximum, les commandants de grandes unités n'ont été mis au courant que 2 ou 3 jours avant. Quant aux exécutants, ils ne savent pas toujours où ils sont et encore moins où ils vont. En 10 jours, l'ennemi ne réussit à progresser que de 7 km. Les Alliés se ressaisissent vigoureusement. Les éclaircies dans le ciel permettent à leur puissante aviation d'intervenir en pilonnant les troupes allemandes qui sont définitivement stoppées, puis refoulées jusqu'à leur base de départ. L'ennemi est exsangue mais nous sommes le 26 janvier 1945.

Entre temps il y a eu le drame de Strasbourg. A peine l'offensive des Ardennes semble-t-elle jugulée que plusieurs divisions allemandes attaquent, le 31 décembre, les lignes américaines au nord de Strasbourg que défend au sud la 1ère Armée française. Sans attendre, le Général EISENHOWER donne l'ordre à la 7ème armée américaine, qui avec l'Armée de LATTRE forme le 6ème Groupe d'Armées, de se replier promptement sur les Vosges. Il s'agit en fait d'abandonner Strasbourg que les Allemands auront tôt fait de réoccuper.

Le Général de GAULLE proteste énergiquement auprès du Haut-Commandement allié, soutenu par Winston CHURCHILL. Le chef du Gouvernement Provisoire de la République Française ( G.P.R.F) réussit à fléchir EISENHOWER qui modifie les ordres donnés. La 7ème armée ne doit plus, en effet, se replier que sous la pression de l'ennemi. Mais déjà pour parer au danger d'une intrusion allemande, de LATTRE a fait entrer la 3ème D.I.A. dans la capitale alsacienne, remplacée dans les Vosges par la 10ème D.I. du Général BILLOTTE. Les Allemands sont bien décidés à reprendre Strasbourg. Ayant repassé le Rhin, ils arrivent à 20 km de la ville. Le 7 janvier, ils déclenchent l'attaque générale. Les Américains, qui sont là, tiennent bon ainsi que les troupes de la 1ère D.F.L., renforcées de la brigade Alsace-Lorraine de MALRAUX. Attaques et contre-attaques se succèdent. L'ennemi s'acharne et gagne du terrain jusqu'à parvenir à Wantzenau, la porte de Strasbourg. Il est finalement refoulé par les Tirailleurs algériens et un "combat command" de la 2ème D.B..

Cependant, payant d'audace, de LATTRE malgré une situation plus que critique, décide de s'en prendre à la poche de Colmar où les Allemands tiennent toujours bon. Il a l'assentiment des Américains qui lui fournissent en plus une division.

Le 20 janvier, le 1er corps d'armée du Général BETHOUARD, par un temps abominable, part à l'attaque entre Thann et Mulhouse. Le 2ème corps d'armée du Général de MONSABERT attaque à son tour au nord de Colmar. Après d'âpres combats, la ville est prise le 2 février, à peu près intacte. Le Général de GAULLE vient lui-même féliciter les vainqueurs. Les troupes françaises et américaines s'empressent d'exploiter la percée. Cernay, Soultz, Guebviller, Rouffach, Neuf-Brisach, Fessenheim sont enlevés. La poche est nettoyée. 2137 tués, 11 253 blessés sont le prix de la victoire de Colmar. Mais la 19ème Armée allemande, qui s'était reformée après sa retraite du sud de la France, est anéantie. Elle laisse 20 000 prisonniers.

On note qu'est intervenu dans la bataille le 1er Corps aérien français, aux côtés du 12ème Tactical air force américain.

Au nord de Strasbourg, malgré leurs efforts désespérés, les Allemands cèdent de plus en plus de terrain. Le 31 janvier, ils abandonnent Gambsheim où ils avaient établi leur première tête de pont. Strasbourg, dégagé du nord au sud (par l'offensive contre Colmar), est sauvé.

Une nouvelle opération, menée de concert par la 1ère Armée française et le 6ème Corps d'Armée américain, permet de s'emparer de la région de Haguenau le 17 mars. Le lendemain, les troupes françaises libèrent les derniers villages alsaciens. Les Américains leur ont laissé cet honneur qui illustre la fraternité d'armes franco-américaine.

Côté allemand, c'est la désillusion et le découragement. L'année 1944 ne leur a apporté que des défaites. Rien que sur le front de l'Ouest, la Whermacht a perdu en 8 mois, 1 million 500 000 hommes, estime-t-on. A l'est, sous la poussée de l'Armée rouge, que plus rien ne peut arrêter, Varsovie est tombée, la Prusse envahie, la Baltique atteinte, Budapest a capitulé.

  LA CAMPAGNE D'ALLEMAGNE

 Les opérations militaires

 Hormis les "poches" de l'Atlantique et quelques forteresses des Alpes, la France est libérée. L'ennemi est repoussé au delà du Rhin. En dépit des pertes subies, il va s'accrocher cette fois-ci à son propre sol et c'est là que les Alliés vont l'anéantir. Mieux que quiconque, les Français savent qu'il ne faut pas renouveler l'expérience de 1918. Aussi veulent-ils participer à l'envahissement de l'Allemagne et par la présence effective de leurs troupes sur ce territoire, s'assurer d'une zone d'occupation que les Américains et les Soviétiques pourraient leur contester. Le Général de LATTRE de TASSIGNY a obtenu le 27 mars 1945, l'autorisation de faire pénétrer ses forces dans le Palatinat car la veille les Américains ont déclenché l'offensive et passé le Rhin. En un temps record, ses troupes sont prêtes à franchir le fleuve-frontière. Le 31 mars, un peu avant le lever du jour, des tirailleurs du 3ème R.T.A. et du 4ème R.T.M., à bord d'embarcations légères, prennent pied sur la rive opposée, suivis d'éléments du 151ème R.I.. L'ennemi réagit violemment à partir de casemates bien protégées. L'intention du commandement est de s'assurer, pour commencer, la possession de Karlsruhe pour s'ouvrir la trouée de Pforzheim et accéder ensuite au Wurtemberg. La capitale badoise, abordée de trois côtés, tombe le 4 avril. L'ennemi masse alors ses forces, dont une partie s'accroche à la ligne Siegfried, autour de Stuttgart. Au terme d'une manoeuvre d'enveloppement, à laquelle participent la 2ème D.I.M., la 5ème D.B. et la 3ème D.I.A., la capitale du Wurtemberg est prise le 22 avril. Des combats très violents se sont déroulés plusieurs jours, l'ennemi cherchant par tous les moyens à échapper à l'encerclement. La ville est presqu'entièrement détruite. Pendant ce temps, les troupes du 1er Corps d'Armée du général BETHOUART, poussant le long de la Forêt-Noire, ont atteint le Danube, l'ont franchi en divers points et se dirigent vers la frontière suisse et le lac de Constance. Mais il reste quatre divisions SS invaincues, enfermées dans le vaste massif. Le 26 avril, elles tentent une vigoureuse sortie sans toutefois y parvenir et doivent alors se disperser. Des renforts sont envoyés par le commandement de la 1ère Armée, appuyés par le 1er Corps aérien français. Finalement, l'ennemi cerné est anéanti dans la région de Villigen. Quelques troupes SS ont pu se réfugier dans la montagne. Elles seront capturées par la suite au cours d'opérations de nettoyage. Enfin, partant de Khel, la 9ème D.I.C. s'est emparée de Fribourg et le 26 avril a fait la jonction sur la frontière suisse avec la 4ème D.M.M. qui opérait à l'Est de la Forêt-Noire.

A la manoeuvre qui a permis de s'emparer de Stuttgart fait suite celle qui aboutit à la prise d'Ulm sur le Danube, s'agissant toujours de prendre l'ennemi à revers ou de le bloquer en vue de l'anéantir. L'opération est menée par la 1ère D.B. (Général SUDRE) et trois "combat command" partant de plusieurs directions. Ils se rejoignent à Sigmaringen, siège de l'ancien gouvernement de Vichy en Allemagne, dans la soirée du 24 avril. Les drapeaux blancs apparaissent partout. La rapidité est la caractéristique de la campagne d'Allemagne. La prise de Constance, le 25 avril, et de sa région permettent à la 1ère Armée française de mettre la main sur les ateliers de construction de V2. Le 28 avril, la frontière autrichienne est franchie. Les unités SS mènent une lutte acharnée, s'accrochent aux ouvrages de montagne et multiplient les destructions. La bataille fait rage également dans les Alpes bavaroises. Dans la montagne, les fantassins de la 4ème division marocaine et de la 2ème division d'infanterie dépassent parfois les blindés des 1ère et 5ème D.B..

Du 31 mars, jour du franchissement du Rhin au 3 mai, la 1ère armée française a conquis les régions allemandes de Bade et du Wurtemberg, fait plus de 100 000 prisonniers dont 15 généraux. Nuremberg atteint, les Américains passent à leur tour le Danube. La 2ème D.B., libérée du front de Royan, s'est portée à marches forcées à la hauteur d'Augsbourg. Le 3 mai au matin, l'Inn est franchi par ses groupements. Les Allemands réagissent surtout par la destruction systématique des ponts et des barrages de routes. Les chars de LECLERC foncent à toute allure sur l'autostrade conduisant à Berchtesgaden. Mais le pont sur la Sallach qui en défend l'entrée est coupé et la gorge bien défendue par de l'artillerie. Un pont est finalement lancé par le génie et le 5 mai , le village est atteint alors que les troupes américaines, arrivées par une voie parallèle, l'occupent déjà. Les SS ne se défendront même plus. Les casernes sont pleines de troupes qui se rendent. La 12ème compagnie du Tchad s'empare du Berghof, le fameux "nid d'Aigle" de HITLER, durement pilonné et y plante le drapeau français. Le symbole de la grandeur et de la puissance du régime nazi n'est plus.

Le 7 mai 1945, un peu avant 3 heures, dans une salle de l'école professionnelle de Reims, où se trouve le P.C. avancé du Général EISENHOWER, l'Allemagne capitule sans conditions. L'acte qui consacre l'effondrement du Grand Reich est signé une nouvelle fois le 8 mai à Berlin, son ancienne capitale en ruines, par les grands chefs militaires; du côté des vaincus: le Maréchal KEITEL, l'Amiral FRIEDEBURG, le Colonel Général d'aviation STUMPF; du côté des vainqueurs: Le Maréchal JOUKOV, le Maréchal de l'Air Sir Arthur TEDDER, délégué du Général EISENHOWER, le Général SPAATZ et le Général de LATTRE de TASSIGNY.

Le 12 mai 1945, les autorités françaises organisent une cérémonie militaire (1) dans la clairière de l'Armistice, près de Rethondes, destinée, dans l'esprit de ses promoteurs, à effacer le souvenir humiliant de l'armistice franco-allemand signé au même endroit, le 22 juin 1940. En effet, en présence du Commissaire de la République de la région concernée, du Général PRIOU, commandant la deuxième région militaire et du Général américain GALLAGHER, lecture est donnée, face au monument du Maréchal FOCH, de l'acte de capitulation de l'Allemagne, signé quelques jours plus tôt à Reims par les Alliés et notamment par le Général français SEVEZ. Un défilé de troupes françaises et américaines mettra un point final à cette cérémonie.

La délivrance

Au fur et à mesure que les troupes alliées avancent en territoire allemand apparaissent, en groupes informels, leur liberté retrouvée, diverses catégories de détenus.

Ce sont d'abord les prisonniers de guerre, marqués au dos de leurs uniformes rapés des initiales K.G. (Kriegsgefangene), appartenant à toutes les nations luttant contre l'Allemagne et abandonnés par leurs gardiens. Devant l'avance alliée à l'ouest et celle de l'Armée rouge à l'est, les Allemands les ont entrainés dans leur fuite. Le haut commandement de la Wehrmacht avait ordonné de ne laisser aucun prisonnier sur place dans les territoires abandonnés par l'armée. Mais la débâcle allemande les a jetés sur les routes et la plupart errent dans le pays à la rencontre des Alliés. L'évacuation des camps, les stalags, a commencé en septembre 1944 par ceux de Rhénanie, suivie en janvier 1945 par la Poméranie. Cependant la majeure partie des camps ne sera libérée qu'en avril 1945 tandis que d'autres, à la frontière de la Tchécoslovaquie, devront même attendre le jour de l'armistice pour voir leurs portes s'ouvrir. Les requis du service du travail obligatoire forment une autre catégorie. Les autorités allemandes ont gardé au travail jusqu'au dernier moment cette main d'oeuvre qui leur coûte peu. L'évacuation des camps s'est faite d'abord à l'est, obligeant les travailleurs, mal vêtus, par des températures très basses, à parcourir à pied de longues distances, mêlés aux civils allemands fuyant l'invasion russe. Au terme de leur voyage, c'est un nouveau chantier qui les attend pour les occuper. A l'indigence vestimentaire, s'ajoutent la sous-alimentation, souvent les bombardements, les prisonniers par exemple n'ayant pas droit aux abris. La misère physique et morale atteint son paroxysme dans les camps de déportation et leur kommandos que les libérateurs vont découvrir avec effroi, suscitant l'indignation du monde civilisé. Les déportés, hommes et femmes, qui ont survécu à la schlague, à la malnutrition, à la liquidation par les S.S., sont moins que l'ombre d'eux-mêmes. Squelettes vivants, ils flottent dans leur tenue rayée de bagnards. Parvenus au bout de la résistance humaine, lorsque leurs libérateurs sont là, ils sont à peine en mesure de réaliser que le cauchemar est fini. Dans les sinistres blocks, d'autres déportés entassés dans les châlits, les yeux enfoncés, achèvent de mourir. Et partout des morts, à l'intérieur, dehors, attendant de prendre place dans les charniers. Le premier camp à être libéré est celui d'Auschwitz, en Pologne, réservoir de main d'oeuvre pour l'I.G. FARBEN. Les Soviétiques y rentrent le 27 janvier 1945. Mais il ne reste que 5000 détenus, 60 000 environ ont été évacués par les S.S. par moins 20°. Des milliers sont morts en chemin, exténués, gelés, assassinés d'une balle dans la nuque, car tout transfert donne lieu à d'effroyables tueries. Les Américains libèrent les camps de Dachau (29 avril), de Buchenwald (11 avril), de Mauthausen (7 mai) mais dans ces derniers, les déportés se sont révoltés et ont neutralisé leurs geôliers. Les Anglais sont entrés à Bergen-Belsen (15 avril), un camp surpeuplé car il a reçu d'importants contingents en provenance des camps évacués à l'approche des Alliés. Les Soviétiques ont libéré les camps, ou ce qu'il en reste, de Sachshenhausen (27 avril), de Ravensbrück (30 avril), de Dora (8 mai). Les Français ont délivré les déportés du kommando de Vaihingen qui avait dépendu du camp central de Natzwiller-Struthof (Bas-Rhin), jusqu'à son évacuation le 31 août 1944 vers Dachau.

(1) Une manifestation comparable eut lieu le 17 juin 1944 à la villa Incisa, à Olgiata près de Rome où fut signé l'armistice franco-italien du 24 juin 1940. Les troupes françaises occupèrent la villa, sévèrement endommagée par les combats et organisèrent une cérémonie militaire.


 

A Lindau, sur le lac de Constance, où il a établi son P.C., le Général de LATTRE de TASSIGNY a rendu visite aux personnalités politiques et militaires internés par les nazis au château d'Itter dans le Tyrol et nouvellement libérés: Paul REYNAUD, Edouard DALADIER, Léon JOUHAUX, les généraux GAMELIN et WEYGAND.

Entre le moment de la libération et celui du retour tant attendu, les anciens captifs sont dirigés vers des centres de rapatriement ou des lieux de rassemblement, créés de toutes pièces, souvent à l'initiative des prisonniers de guerre français. La population civile allemande, adoptant un profil bas, obéit avec empressement aux ordres des nouvelles autorités militaires et ne marchande pas son concours, en ce qui concerne notamment le ravitaillement. Les Alliés ont certes leurs plans de rapatriement mais ils sont vite débordés par le nombre car aux ex-prisonniers de guerre, s'ajoutent les déportés politiques, des travailleurs du S.T.O., voire des travailleurs étrangers. Le sauvetage des déportés, car il s'agit de sauver les survivants d'un affreux génocide, ne manque pas de poser des problèmes. L'impréparation des Alliés, surtout dans le domaine de l'aide alimentaire applicable aux déportés, est patente. Ils n'ont pour y faire face que leurs propres services sanitaires. Cela conduit parfois à des incompréhensions, comme par exemple, le maintien provisoire des déportés pour "quarantaine" dans le cadre concentrationnaire. Un évadé de Dachau s'étant présenté au PC de de LATTRE, porteur d'un message de solitude et de désespoir des déportés français, le chef de la 1ère Armée intervint alors auprès des autorités américaines pour qu'ils lui soient transférés, ce qu'il obtint assez facilement. De la sorte, quelque 8000 déportés furent conduits sur les bords du lac de Constance où il leur fut loisible grâce à des soins appropriés, de réapprendre à vivre. Les plus valides, au bout de quelques jours étaient rapatriés vers la France par trains suisses, les ponts de chemin de fer sur le Rhin étant détruits. Les autres étaient répartis dans des maisons de santé de la Forêt-Noire, où leur famille allait venir les retrouver. Magré tout, les rapatriements vont bon train. On note qu'à partir du 11 avril 1945, les autorités américaines acheminent tous les jours par avion, sur Paris, 8000 anciens prisonniers et déportés. En France, le Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés, installé le 1er septembre 1944, s'occupe des questions de rapatriement. Des centres d'accueil et de transit, comme ceux d'Arras, Nancy, Vesoul, Annecy, Lille..., assurent la réception des prisonniers acheminés par train. Certaines structures sont équipées pour recevoir quotidiennement 20 000 personnes. Les rapatriés sont examinés au plan médical, reçoivent un carnet de rapatriement, perçoivent une prime, puis sont dirigés si cela est nécessaire, vers un centre de traitement, sinon ils rentrent chez eux. C'est l'Hôtel Lutétia, transformé en centre d'accueil et d'hébergement qui reçoit les rescapés des camps de la mort.

A la fin de l'été 1945, on comptera 910 000 prisonniers rapatriés. Il en arrivera d'autres, libérés et pris en charge par les Russes mais bien plus tard, après maintes tribulations et embarquement au port d'Odessa. Si les centres d'accueil ont fonctionné à plein, la sécurité militaire et la Prévôté n'ont pas non plus chômé car il s'agissait de contrôler les arrivants, de vérifier soigneusement leur identité. Il est apparu en effet que d'anciens miliciens, des engagés à la Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme ou dans la Waffen S.S., voire des travailleurs volontaires se glissent dans le flot des gens à rapatrier. Ceux-ci sont soumis à de longs interrogatoires que d'aucuns considèrent comme une mesure vexatoire. Les éléments douteux sont gardés pour un examen approfondi de leur situation. La comparution devant les tribunaux répressifs attend les individus coupables de collaboration avec l'ennemi. Il arrive aussi que la justice soit plus expéditive. C'est ce qui s'est passé le 8 mai 1945 aux environs de Berchtesgaden: 11 membres de la L.V.F. rencontrés par un détachement de la 2ème D.B. ont été passés, sur le champ, par les armes.

L'Allemagne occupée

En conséquence de sa capitulation sans conditions, toute l'armée allemande est prisonnière. L'Allemagne, en entier, est occupée par les vainqueurs. La plupart de ses chefs sont mis en prison en attendant d'être jugés par un tribunal international pour crimes de guerre. Militairement et politiquement anéantie, elle n'existe plus en tant qu'Etat, ainsi l'avaient voulu les conférences de Téhéran et de Yalta. Cette dernière conférence assez proche de la reddition finale puisqu'elle s'est déroulée en février 1945, a réaffirmé le démembrement de l'Allemagne, délimité les zones d'occupation et posé le principe d'une occupation indivise pour Berlin. La France, absente de Yalta mais appuyée par CHURCHILL, obtient une zone d'occupation en Allemagne prélevée sur celle attribuée aux Britanniques et aux Américains. La France fera également partie de la commission de contrôle de Berlin. Le 5 juin 1945, sont définies les limites des zones qui seront occupées par les Alliés: l'URSS, la partie Est; la Grande Bretagne, le Nord-Ouest; les Etats-Unis, le Sud-Ouest; la France, l'Ouest. Mais les Américains vont céder à la France le Palatinat, puis le sud de la Rhénanie. Ils partagent avec elle le Pays de Bade et le Wurtemberg. Au moment de la conférence de Postdam, les Français s'installent à Berlin dans la zone qui leur revient.

Dans leurs zones de stationnement, les neuf divisions composant à présent la 1ère Armée française ont pour mission de maintenir l'ordre, fonction qui n'est pas superflue car il arrive que de temps à autre des coups de feu soient tirés sur nos sentinelles ou éléments isolés. L'armée a également en charge la récupération du matériel considérable que les Allemands ont emporté pendant quatre ans, en provenance de nos usines et de nos laboratoires. Un butin qui vaut des milliards et qui doit reprendre le chemin de la France. Sans doute moins connue, la "chasse aux savants allemands" est une activité à laquelle se livrent la France comme ses Alliés. Bien qu'ayant commencé plus tard que les Anglo-Américains ou les Soviétiques, les Français "recrutent" un nombre très important d'ingénieurs et de techniciens spécialistes des missiles et de l'aviation, dont l'apport ne sera pas sans influence sur la position appréciable qu'occupe aujourd'hui la France, dans le domaine de l'aéronautique et de l'espace. Mais la plus noble des missions reste, comme nous l'avons vu précédemment, le rapatriement de milliers de Français détenus à des titres divers en Allemagne et errant dans la zone de la 1ère Armée. Pendant la période d'été, de nombreux enfants de la banlieue parisienne sont également invités à prendre leurs vacances en Forêt-Noire. Chaque régiment se doit alors de recevoir un contingent de petits Français. Tout naturellement, l'administration des territoires occupés incombe à l'autorité militaire. Suivant les zones, les styles diffèrent. Pour la partie occupée par les Français, c'est un gouvernement militaire qui a la charge de son administration, articulé non pas d'après les secteurs d'occupation impartis aux grandes unités mais suivant les "Lander", divisions territoriales allemandes. Il y a un général à la tête de chacun d'eux. Le personnel, placé sous statut militaire mais ayant sa propre hiérarchie, est recruté par Paris avec une large part d'improvisation. On reproche notamment à ces nouveaux administrateurs de ne pas connaître grand chose à la mentalité, aux problèmes allemands, de ne faire aucune distinction entre nazis et antinazis. La population qui est sous leur férule ne récrimine pas contre les ordres de réquisition dont les Français, comme les autres occupants, ne se font pas faute. Dans les villes et les villages, largement ruinés, les Allemands se serrent un peu plus pour laisser libre aux militaires ce qui est encore habitable. Il est vrai que la débâcle de l'armée du Reich, notamment devant les Soviétiques, a jeté sur les routes des populations civiles allemandes terrorisées. L'exode massif de plusieurs millions de personnes, le plus grand que l'histoire ait connu, mêlées aux troupes allemandes en retraite et fuyant de l'est vers l'ouest sous les bombardements de l'aviation alliée, a grossi notablement la population des zones contrôlées par les Occidentaux. Jeunes, vieux, mutilés de la guerre dont le nombre impressionne, surprennent les Français en leur cédant le trottoir. Abasourdis par leur défaite, les vaincus d'aujourd'hui n'en n'ont pas moins repris courage. Pierre par pierre, les ruines sont dégagées et tout le monde y participe, souvent le ventre creux. Les entreprises de reconstruction sont de grosses demanderesses de main d'oeuvre. Le redressement allemand est déjà en marche mais la tâche est immense. Pendant quelques années encore, le tourisme des ruines en Allemagne attirera beaucoup de monde.

 A l'égard de la population allemande, le général de LATTRE entend mener une politique de prestige, afin qu'elle révise son jugement sur la France et les Français. Jusqu'au dernier jour, la propagande nazie avait caché l'existence dans les rangs alliés d'une importante armée française, si ce n'est pour insulter les "bandes gaullistes" et autres "terroristes". De plus, le poids de la défaite de 1940 et pour des raisons en partie politiques (1), l'absence presque totale dans les actualités ou les articles de presse anglo-saxons, des actions militaires mettant en valeur les faits d'armes de l'Armée française reconstituée, n'ont pas permis à la plupart des Allemands de connaître la part non négligeable prise par la France à l'effondrement du "Reich"; de fait, ils eurent tendance à considérer qu'elle n'avait pas participé notablement à leur défaite. Cependant, les armes se sont tues mais les soldats français, conscients de la valeur de leur contribution à la victoire, sont toujours sur la brèche; prises d'armes, revues somptueuses, défilés musique en tête, la démonstration de la présence de la France, pacifique mais ferme, n'est jamais prise en défaut. On y ajoutera la discipline, l'élégance dans la tenue des soldats à l'écusson "Rhin et Danube". Les chefs de corps ont reçu l'ordre d'y veiller personnellement. Le commandant en chef de la 1ère Armée Française est convaincu que les Allemands, malgré leur prostration observent l'attitude de ses hommes ainsi que leur conduite. Tout est volontairement fastueux au P.C. de Lindau, au carrefour de l'Allemagne, de l'Autriche et de la Suisse. Il s'y donne des soirées mondaines, des réceptions éblouissantes en l'honneur des personnalités en visite: ministres, académiciens, le bey de Tunis, le sultan du Maroc auquel de LATTRE offrit pendant trois jours le spectacle de la grandeur française.

C'est surtout vers la jeunesse allemande que le chef de la 1ère armée voudrait agir, les adolescents, garçons et filles, formés dans les sections de la jeunesse hitlèrienne. Ils conservent visiblement de l'éducation qu'ils ont reçue un comportement fanatique; celui-ci, loin de faire appel au raisonnement, les conduit à être subjugués par des spectacles colossaux, des démonstrations de force. Pour influencer ces jeunes, il faut continuer à faire jouer ces réflexes mais dans le sens du Bien, afin qu'ils prennent goût aux valeurs de l'Esprit. Cette entreprise de désintoxication prend un nouveau nom: la dénazification. Les Alliés en tracent les grandes lignes à la conférence de Postdam en juillet 1945: dissolution des organisations et abrogation des lois nazies, interdiction de répandre la doctrine nazie et de confier des postes importants à d'anciens nazis...Dans la pratique, tous les Allemands doivent se soumettre à un examen destiné à établir leur responsabilité politique. Ils sont alors classés en plusieurs groupes selon le degré de participation à l'ancien système; les sanctions sont imposées suivant les responsabilités de chacun. Les Américains semblent avoir pratiqué avec le plus de sérieux la dénazification. C'est eux qui ont établi le questionnaire en 131 points auquel les Allemands avaient à répondre.

En réalité, la dénazification n'intéresse qu'assez peu la troupe. Elle lui préfère la "fraternisation" qui à la fin des combats pouvait apparaître comme une gageure. Les rancoeurs, nées de cinq années de servitude, de misère, d'horreur, vécues par les Français, se sont peu à peu atténuées et ont fini par disparaître au contact d'une population débonnaire. Si tout contact avec des civils allemands était interdit au départ, la "fraternisation" est alléguée par certains observateurs dès juin 1945. A la mi-juillet, les Britanniques l'autorisent en partie dans leur zone. Les Français ont déjà détendu leur surveillance. Mais aux environs du 20 septembre, la commission de contrôle interalliée autorise les troupes à "fraterniser" avec la population allemande. Le mois suivant, les membres des forces alliées peuvent loger chez l'habitant. A partir du 10 janvier 1946, les mariages seront autorisés entre nationaux allemands et ressortissants alliés.

(1) La déception causée par la défaite française de 1940, l'antigaullisme des Américains, la francophobie de STALINE manifestée notamment à Yalta et à Postdam, la volonté affirmée par CHURCHILL d'être l'intercoluteur unique et privilégié des Etats-Unis en Europe, ont conduit à une relative marginalisation de la France et donc, dans une certaine mesure, à une sous-estimation de sa participation à la victoire.


 

Au fur et à mesure que les années s'écouleront et que la situation internationale se modifiera, le réglement de la question allemande sera perçue de façon différente par les puissances occupantes. En 1948, la réforme monétaire dans les trois zones occidentales va consacrer la rupture avec les Soviétiques.

Le 23 mai 1949, un nouvel Etat, la République fédérale d'Allemagne est créé à l'ouest tandis qu'à l'est, le 7 octobre 1949, la République démocratique allemande voit le jour. Seule la ville de Berlin restera occupée jusqu'à la période récente qui a vu la réunification des deux Allemagnes. En effet, à la suite de l'accord dit "2+4", signé à Moscou le 12 septembre 1990, qui rétablit la souveraineté de l'Allemagne, les ministres des Affaires étrangères de France, de Grande-Bretagne, des Etats-Unis et de l'U.R.S.S. déclarent officiellement, le 1er octobre 1990 à New-York, que leurs droits issus de la victoire de 1945 sont suspendus.

Les prisonniers de guerre allemands en France

En novembre 1945, le nombre de prisonniers de guerre allemands détenus en France, dans des camps français, dépasse le million.

Près de 300 000 ont été capturés, depuis l'origine, par les forces françaises, tandis que plus de 700 000, qui ont été faits prisonniers, pour l'essentiel, par les Américains, ont été remis aux Français.

En effet, notre pays a besoin de main d'oeuvre. Entamant la reconstruction de ses infrastructures et la restauration de ses capacités agricoles et industrielles largement détruites par la guerre, la France utilise les prisonniers de guerre allemands, en les affectant, souvent au sein de commandos de travail, dans les secteurs les plus divers de son économie. A cette époque, les Français connaissent de graves pénuries, notamment vestimentaires et alimentaires, aggravées par d'énormes difficultés dans le domaine des communications et des moyens de transport. De fait, les prisonniers de guerre allemands subissent aussi les mêmes privations. Toutefois, leur situation est parfois rendue meilleure quand des employeurs généreux sont en mesure d'améliorer leur alimentation. D'autres Français ont, au contraire, des réactions d'hostilité à leur égard et adoptent une attitude plus rigoureuse. Ces comportements peuvent être rapprochés sur de nombreux points, de ceux que bien des prisonniers de guerre français ont connu en Allemagne, surtout, dans les dernières années du conflit.

Quoiqu'il en soit, les derniers prisonniers de guerre allemands seront libérés par les Français en 1949.

La fin de la guerre pour la 1ère Armée française

Le 24 juillet 1945, la 1ère Armée a été dissoute. Son chef, le Général de LATTRE de TASSIGNY est nommé inspecteur général de l'Armée. Il demeure des troupes françaises d'occupation en Allemagne, placées sous le commandement du Général KOENIG avec pour adjoint le Général de MONSABERT. Plus tard, le Général LECLERC de HAUTECLOQUE débarquera à Saïgon avec des éléments de la 2ème D.B. Un conflit est latent en Indochine.

Les hommes qui ont appartenu à la 1ère Armée française: Européens d'Afrique du Nord mobilisés dès 1943, indigènes, recrues mêlées de l'ancienne Armée d'Afrique, évadés de France, engagés des F.F.I., leur devoir accompli, vont quitter l'uniforme sauf s'ils désirent continuer à servir les armes. Leur libération s'accomplit au cours des derniers mois de 1945. Il y a pour eux une prime de démobilisation de 1000F et une permission de 30 jours avec solde. Ils emportent le souvenir d'une grande épopée, hélas! jalonnée de multiples croix.

  LES AUTRES FRONTS

 Les six "poches" du littoral

 De Dunkerque à la Pointe de Grave, en passant par Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle et Royan, six "poches" subsistent encore au printemps 1945. Ce sont six forteresses dans lesquelles les Allemands solidement retranchés sont bien décidés "à tenir jusqu'au bout". Tels sont, du reste, les termes de la directive de Hitler du 17 août 1944, qui ordonne après la retraite de l'été, que les secteurs de défense des côtes ouest et sud de la France soient tenus jusqu'au dernier homme. Cette directive immobilise sur les côtes françaises plus de 100 000 hommes. Lors de la formation des "poches", ce sont les F.F.I. qui supportent pour l'essentiel la charge de l'encerclement. En octobre 1944, le Général de GAULLE nomme un commandant du front de l'Atlantique : le Général Edgard de LARMINAT. Responsable des deux "poches" de Bretagne : Lorient et Saint-Nazaire et du groupe de "poches" situées plus au sud qui comprend La Rochelle, Royan et la Pointe de Grave, le Général de LARMINAT organise le "détachement d'Armée de l'Atlantique".

Les "poches" de La Rochelle-Royan-La Pointe de Grave:

La première attaque est prévue par le Général de LARMINAT le 10 janvier 1945 ; mais l'offensive allemande déclenchée mi-décembre dans les Ardennes, contraint la première division française libre, envoyée en renfort sur le front de l'Atlantique, à reprendre la direction de l'Alsace. Dès lors, l'attaque est retardée.

Après une période de stabilisation des positions adverses, troublée par l'effroyable erreur du bombardement de Royan par l'aviation américaine, qui fit 1800 tués parmi les civils français, la seconde attaque alliée est fixée au 14 avril. Le Général de LARMINAT dispose des blindés de LECLERC, des F.F.I., d'éléments américains d'artillerie et d'un fort soutien aérien. En outre, au sein même des "poches", les groupes de résistance organisent des coups de main et renseignent le commandement des troupes françaises sur le dispositif allemand.

Le 14 avril, l'attaque dite opération "Vénérable", est donc déclenchée simultanément au sud de la Pointe de Grave et sur toutes les lisières terrestres de la "poche" de Royan. L'offensive est un succès, en quatre jours la "poche" de Royan est réduite. Le 18 avril à 7 heures, a lieu la reddition des derniers défenseurs ennemis. Dans la "poche" du Verdon, c'est la brigade Médoc du Colonel de MILLERET qui déclenche l'attaque le 14 avril à 6 h 30, aidée dès le 18, après la chute de Royan, par les chars de Leclerc. La bataille du Médoc s'achève le 20 avril à 20 h 30. Ces derniers combats ont coûté à l'ennemi de nombreux tués et près de 8000 prisonniers. Mais, côté français les pertes sont lourdes ; la réduction de la "poche" de Royan a fait 364 tués, 1567 blessés et 13 disparus.

L'opération "Vénérable", terminée, l'objectif suivant est la prise de l'île d'Oléron. Le déclenchement de l'opération est fixé au 30 avril à 5 h 3O. Le 1er mai, la conquête de la totalité de l'île est achevée. Les pertes françaises s'élèvent à 18 tués et 55 blessés. Tandis que les troupes françaises se préparent à l'attaque de La Rochelle, prévue pour le 1er mai, la garnison allemande accepte de capituler. La Rochelle est libérée le 8 Mai 1945, alors que la capitulation de l'île de Ré intervient le même jour.

Les "Poches" de Lorient et Saint-Nazaire :

Face à la "poche" de Lorient, qui regroupe 24 000 soldats allemands se trouve la 19ème division d'infanterie du Général Borgnis-Desbordes, qui l'a constituée à partir de divers groupes F.F.I. La division française occupe les 9O kms du front de Lorient, à la seule exception du secteur central tenu par une partie de la 66ème division d'infanterie américaine. Attaques surprises et tirs de harcèlement se succèdent. Le 7 mai 1945, un cessez le feu est signé à Etel, entraînant quelques jours plus tard la capitulation de la garnison allemande.

 A Saint-Nazaire 25 000 Allemands se sont enfermés et fortifiés. Chargé de la direction des opérations autour de cette poche, le Général CHOMEL intègre les F.F.I. après leur dissolution, dans le cadre de la 25ème division d'infanterie. Attaques et tirs d'artillerie se succèdent de part et d'autre, tandis qu'au sein de la "poche", la Résistance multiplie les actes de sabotage et développe la collecte des renseignements. Le cessez-le-feu sera appliqué le 8 Mai 1945 et la reddition des troupes allemandes aura lieu le 11 mai.

La "poche" de Dunkerque :

17 000 Allemands se sont regroupés à Dunkerque et disposent d'un armement lourd exceptionnel. Autour de Dunkerque, la brigade blindée tchèque, le 33ème régiment d'artillerie britannique, et les F.F.I. regroupés au sein du 110ème régiment d'infanterie, puis du 51ème régiment d'infanterie tiennent le front. Jusqu'au bout, le commandement des troupes allemandes parvient à conserver à Dunkerque une activité guerrière. Les duels d'artillerie sont constants. Début avril, l'ennemi déclenche une violente contre-attaque qui malgré la résistance des Alliés aboutit à la création d'un saillant irréductible. Il faudra attendre le 9 mai 1945 pour que les Allemands signent l'acte de reddition.

La bataille des Alpes

Après la réussite du débarquement sur les côtes de Provence, la 7ème Armée américaine et la 1ère Armée française se dirigent, en août-septembre 1944, vers le Nord et l'Alsace pour rejoindre les Alliés débarqués en Normandie. Tout au long de son avance, la 7ème Armée américaine épaulant des éléments F.F.I., refoule progressivement l'ennemi sur les cols frontières des Alpes. Sur le front des Alpes, stabilisé à la mi-septembre, les Allemands tiennent dans les hautes vallées, les crêtes et les observatoires.

Durant tout l'hiver 1944-1945, la principale activité dans ces secteurs est déployée par les sections d'éclaireurs-skieurs, patrouillant sur les crêtes et pratiquant embuscades et coups de main. Le 1er mars 1945, le Général de GAULLE crée un Détachement d'Armée des Alpes (D.A.A.) qu'il place sous les ordres du Général DOYEN. La mission de ce détachement d'armée est de tenir les positions occupées, d'interdire toute incursion ennemie dans les vallées et de préparer des opérations ayant pour but de rejeter l'ennemi, au delà de la chaîne principale des Alpes. Cependant, la faiblesse des moyens dont dispose le D.A.A. ne lui permettra d'entreprendre que successivement les différentes opérations. Sur ce vaste front, divisé en trois secteurs, allant de la Suisse à la mer, le détachement d'armée se trouve face à deux divisions allemandes et à deux divisions fascistes italiennes. Fin mars, le D.A.A. commence à attaquer. A plus de 2000 mètres d'altitude, les Français donnent l'assaut aux ouvrages du Petit-Saint-Bernard et du Mont-Cenis, dont plusieurs sont investis. Le 10 avril à 9 heures, des éléments du D.A.A. attaquent le massif de l'Aution et malgré une violente réaction ennemie, s'en saisissent. Au sud, le Mangiabo est également enlevé à l'adversaire. Les combats dureront sept jours au cours desquels, les Français s'empareront des forts qui commandent la montagne. Au Nord, les cols de Larche et de la Lombarde sont également entre les mains des troupes françaises qui entrent à Tende et à la Brigue. Le 28 avril, le détachement d'armée avance sur la totalité du front. En effet, le D.A.A. se dirige vers Cunéo, entre dans le Val d'Aoste, descend du Mont-Cenis et du Mont-Genève, emprunte la vallée de la Stura. Le 2 mai 1945, alors que les forces germano-italiennes de la Péninsule, cessent le combat, les Français sont dans la plaine du Pô et atteignent les abords de Turin.

Les combats en Indochine

A partir du mois d'août 1940, les troupes japonaises commencèrent à stationner en Indochine, en échange de la reconnaissance par le gouvernement nippon, de la souveraineté française sur ce territoire. Cette reconnaissance permit à l'administration et à l'Armée française de s'y maintenir. Très tôt des mouvements de résistance aux Japonais firent leur apparition. En effet, des réseaux renseignèrent les services chinois, américains, britanniques et français libres sur les emplacements et les mouvements des forces japonaises. En 1944, la politique française en Indochine prend un tournant décisif. D'accord, avec le gouvernement provisoire de la République Française, l'Amiral DECOUX, Gouverneur Général nommé par Vichy, accepte de créer le poste d'inspecteur général des forces armées, en faveur du Général MORDANT, représentant clandestin du Général de GAULLE. Cette fonction importante assurera au Général MORDANT une "couverture" qui lui permettra de diriger sur place la Résistance. Le coup de force japonais du 9 mars 1945 va marquer un revirement de l'attitude nippone à l'égard de l'Indochine. La défaite prévisible de son alliée, l'Allemagne, comme les revers successifs qu'il subit en Birmanie, aux Philippines et dans le Pacifique, conduise le Japon à ne plus pouvoir tolérer "la présence, au milieu de (son) dispositif d'une force étrangère (la France) qui menaçait de devenir hostile." (1) En conséquence, après avoir renforcé leurs effectifs sur le territoire indochinois, les Japonais préparent un plan d'attaque surprise des garnisons françaises et la main mise sur l'administration civile. Un prétexte est trouvé pour réaliser ce coup de force. L'ambassadeur du Japon MATSUMOTO prend rendez-vous le 9 mars 1945, avec l'Amiral DECOUX. A l'issue de la réunion, l'Ambassadeur remet au Gouverneur Général un ultimatum exigeant "le rattachement de l'Armée française au commandement impérial nippon". L'Amiral DECOUX rejette énergiquement cette demande. A 21 heures, les Japonais passent à l'attaque sur tout le territoire indochinois, avant même de connaître la réponse de l'Amiral DECOUX, prenant par surprise les troupes françaises. Celles-ci mal équipées et moins nombreuses que les assaillants, opposent une résistance farouche mais désespérée. A Hanoï, les Français combattent le plus souvent au corps à corps, à Lang Son, les défenseurs sont massacrés par les soldats nippons, dans le centre et le sud de l'Indochine de multiples combats sont livrés dans les garnisons ou en brousse. Au Tonkin, la colonne du Général ALLESSANDRI, au prix d'une "longue marche", de batailles quotidiennes avec les Japonais, réussit à rejoindre la Chine du Sud. Mais partout les troupes nippones ont vaincu. Comme a pu le dire M. Yves GRAS (2) "L'armée d'Indochine payait fort cher sa rentrée dans la guerre. Il n'en restait, au mois de mai, que les trois mille hommes, épuisés, vêtus de loques, démunis de tout, qui avaient trouvé refuge en Chine, ainsi que quelques groupes isolés qui tenaient encore dans les forêts du Laos avec la complicité de la population. 242 officiers et 2400 hommes étaient tombés, 5000 blessés-soit au total des pertes équivalant au cinquième de ses effectifs". Après le coup de force, commence la véritable occupation nippone de l'Indochine. Il n'y a plus d'administration française, les occupants soutiennent des mouvements autonomistes et internent dans les six principales villes d'Indochine, la population civile française. Les combattants français qui ont échappé à la mort commencent, comme l'écrit justement M. Yves GRAS (3) "une captivité misérable dans les camps japonais où des centaines d'entre eux devaient périr, notamment dans celui de Hoa-Binh que sa sinistre réputation fit surnommer "le camp de la mort lente". Après l'explosion des bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki, le Japon capitule le 15 août 1945. Le 2 septembre, les Alliés reçoivent la reddition solennelle de l'Empire du Soleil Levant. Grâce au sacrifice des combattants d'Indochine, le Général LECLERC peut signer l'acte de reddition au nom de la France. Le désarmement des troupes japonaises en Indochine est assuré au nord du 16ème parallèle par les Chinois et au sud par les Britanniques, appuyés seulement, par quelques éléments français, notamment ceux du 5ème régiment d'infanterie coloniale (R.I.C.). En effet, les Alliés, Américains et Chinois surtout, marquent leur hostilité au retour de la France dans cette région. Ainsi, les Américains ont refusé d'aider les Français dans leurs combats contre les Japonais, en ne faisant pas intervenir leur aviation basée en Chine; de même, les Chinois n'ont pas admis d'être accompagnés par les soldats du Général ALESSANDRI, qui ont dû rester en Chine du Sud. La situation est encore compliquée par la présence sur le terrain des Japonais, vaincus certes et attendant d'être désarmés, mais qui ne manquent pas de soutenir certains mouvements nationalistes indigènes, parfois en leur remettant leurs armes. Isolés, le 5ème R.I.C., les maquis qui ont poursuivi la lutte au Laos et quelques personnalités, s'efforcent de maintenir les intérêts français en Indochine. Il faudra attendre le mois d'octobre 1945, pour que l'arrivée d'un corps expéditionnaire français, commandé par le Général LECLERC, réaffirme la présence de la France sur ce territoire. Dès lors, Britanniques et Chinois évacuent l'Indochine. Les Français sont revenus, mais la colonie reste en effervescence. Le Viet-Minh réclame l'indépendance. La première guerre d'Indochine est commencée et durera jusqu'en 1954.

(1) Général de GAULLE - Mémoires de guerre

(2) (3) L'intrusion japonaise en Indochine - Etudes historiques M. Y.GRAS.


 Des combattants français dans les Ardennes et en Hollande

L'opération "Franklin" - 24 décembre 1944 - 25 janvier 1945

A la suite de l'offensive lancée dans les Ardennes par le Maréchal von RUNDSTEDT à partir du 16 décembre 1944, le commandement allié, d'abord surpris, réussit à arrêter les chars allemands à 6 kilomètres de la Meuse. Le 22 décembre, le 2ème régiment de chasseurs parachutistes (2ème R.C.P.) ou S.A.S. français reçoit l'ordre de reconnaître les lignes de l'avancée allemande afin de venir en aide à la 101ème division aéroportée américaine assiégée dans Bastogne.

Le 24 décembre, les hommes du 2ème R.C.P. entrent en Belgique et installent leur P.C. à Bertrix. Pendant un mois d'hiver très rude, ils harcèlent les points d'appui ennemis, ramenant de nombreux prisonniers. Le 12 janvier, ils s'infiltrent de nuit dans la ville de Saint-Hubert que les Américains se proposent d'attaquer le lendemain après une préparation d'artillerie. Les S.A.S. français y font une vingtaine de prisonniers. Steinbach et Limerlé tombent ensuite entre leurs mains et le 25 janvier, les hommes du 2ème R.C.P. sont relevés et rejoignent leur cantonnement en Champagne.

L'opération "Amherst" - 7 au 14 avril 1945

L'avance anglo-américaine vers le nord-est a élargi une poche sur le flanc ouest, englobant presque tout le nord de la Hollande.

Le 28 mars 1945, le Général CALVET, nouveau commandant de la brigade de S.A.S., reçoit une demande d'intervention de deux unités françaises, les 2ème et 3ème R.C.P. Leur mission est multiple: créer le maximum de confusion dans le triangle Groningen-Coervorden-Zwolle, empêcher la destruction des ponts, s'emparer de l'aérodrome de Steinwijk, soutenir la résistance, signaler des objectifs à l'aviation. Le 7 au soir, 706 parachutistes sont largués sur un terrain difficile. La dispersion des hommes est forte et le regroupement ralenti par la recherche des containers d'armes et de munitions. De plus, c'est avec 24 heures de retard que la résistance locale est avertie. Malgré ces handicaps, l'initiative française joue au maximum. Un P.C. est attaqué en plein jour par une vingtaine d'hommes; des combattants isolés continuent le harcèlement prévu. Certains regroupés, contrôlent les axes routiers et font de nombreux prisonniers. D'autres, trahis, cernés vont lutter jusqu'à la mort. Mais la plupart des missions sont remplies avec succès, malgré le retard atteignant parfois sept jours, de l'arrivée des renforts alliés. Trente-trois Français ont laissé leur vie en Hollande, plus du double a été blessé.

Une unité française en Slovaquie

La participation d'une unité française au soulèvement national slovaque de 1944-1945 est un évènement peu connu du second conflit mondial.

L'origine de la création du contingent français en Slovaquie a résidé dans l'évasion des camps allemands situés les plus à l'Est, de prisonniers de guerre qui cherchant le plus court chemin pour rejoindre les Alliés, s'orientèrent vers les Balkans. Toutefois, ne pouvant y parvenir, ils durent chercher refuge en Europe centrale, notamment en Hongrie. C'est dans ce dernier pays que naquit, chez le Lieutenant de LANNURIEN et le Lieutenant de LA RONCIERE, l'idée de prendre contact avec les partisans, essentiellement tchécoslovaques et soviétiques, disséminés dans les Carpathes. Peu à peu, de petits groupes de soldats français se formèrent et rejoignirent la forêt des Tatras en Slovaquie. Fin août 1944, alors que l'insurrection slovaque est déclenchée, les Français, constitués en compagnie, sous les ordres de de LANNURIEN, participent à des affrontements meurtriers face à des unités blindées.

Elément de choc, de la brigade STEFANIK à laquelle elle a été rattachée, la compagnie française connait de très lourdes pertes lors des premiers combats de Vrutky, de Strecno et de Priekopa. En septembre 1944, elle a la chance de recevoir l'apport de jeunes travailleurs du S.T.O. qui ont pu s'échapper d'une usine Messerschmitt, située en Slovaquie. L'arrivée de ces jeunes galvanise l'unité qui participe à nouveau à de très rudes combats à Handlova, Svaty-Kriez et Starnica, notamment. Ce n'est qu'au printemps 1945, que les survivants français firent leur jonction avec les unités soviétiques. Sur les 200 combattants de la compagnie LANNURIEN, 56 moururent au combat et 45 furent très gravement blessés. Le 9 décembre 1944, le Général de GAULLE citait l'unité à l'ordre de l'Armée.

  

CONCLUSION

 

" La France, cependant jalouse de ses gloires et consciente de ses sacrifices, a mal connu le rôle militaire que, grâce à son armée ressuscitée, elle a tenu dans la coalition des Nations Libres, alliées pour vaincre l'Allemagne nazie. Si elle en avait été mieux informée, sans doute aurait-elle aujourd'hui un sens plus vif de sa victoire et une plus grande confiance dans l'avenir que celle-ci lui a ouvert." Ces propos du Général de LATTRE de TASSIGNY sont tout à fait révélateurs. En effet, peu de personnes ont conscience, aujourd'hui encore, du rôle notable joué, au cours de la seconde guerre mondiale, par l'Armée française reconstituée. Pourtant, sans le redressement spectaculaire de celle-ci, jamais les Alliés, plutôt mal disposés à l'égard de la France, n'auraient envisagé le retour de notre pays à son rang d'avant la débâcle. Certes, les Américains, les Soviétiques et les Britanniques ont pour l'essentiel gagné la seconde guerre mondiale, mais à l'évidence, les Français en tant que force d'appoint, ont permis d'accélérer le déroulement de certaines de ses phases: tel est notamment le cas des troupes françaises en Italie en 1944 ou des forces de la Résistance au cours des deux débarquements. Il faut aussi noter que, pendant le conflit, l'Armée française disposera d'effectifs plus réduits que ceux des principales armées alliées; ceux-ci seront malgré tout suffisants pour que, s'ajoutant à l'excellente qualité des combattants, la France bénéficie d'un instrument privilégié assurant sa renaissance. Les pertes militaires françaises sont d'ailleurs à la mesure de cette résurrection. Aux 92 000 morts de la campagne de 1939-1940, aux 24 000 F.F.I. tombés au cours des combats de la Résistance, aux 25 000 résistants morts en déportation, aux 40 000 prisonniers de guerre décédés en captivité, le plus souvent des suites d'affections pulmonaires, s'ajoutent les 57 000 soldats des Forces françaises libres, de l'Armée d'Afrique, de la 1ère Armée française, tombés de 1940 à 1945 (1). Le total de ces pertes s'élève ainsi à 238 000 hommes.

Pour le Général de GAULLE, les questions militaires sont évidemment primordiales; il sait que la France doit participer aux combats au maximum de ses possibilités, si elle veut être l'un des principaux vainqueurs et retrouver sa place dans le "club des Grands". Dans ses mémoires, Charles de GAULLE dira de l'Armée française: "Jamais encore notre pays n'a, en une si grave occasion, été réduit à des forces relativement aussi limitées.....Mais jamais non plus, son armée n'eut une qualité meilleure". A cet égard, M. André MARTEL (2) met clairement en évidence la logique profonde du "maître d'oeuvre et du metteur en scène de la Libération": " Le Général de GAULLE, conscient du rapport de forces au sein de la coalition, n'a pas fait de la Libération du territoire, l'objectif principal des forces françaises. Leur véritable mission, pour lui, était de rendre à la France, le "rang" perdu en 1940, de rebâtir sa puissance afin de la mettre en mesure à la fois de défendre ses frontières, ses valeurs et ses intérêts et de participer à l'établissement du nouvel équilibre européen... donc de franchir le Rhin. Pour ne pas subir la volonté des autres et imposer la sienne, un pays doit posséder une capacité d'action à la mesure de ses ambitions. Les armées françaises symbôle de souveraineté et instrument de puissance, peuvent seules la lui garantir."

Toutefois, si le rôle accru des forces françaises dans le déroulement des opérations contraignent peu à peu, Anglais, Américains et Soviétiques à tenir compte des intérêts de notre pays, cette situation ne sera pas, sur le moment, parfaitement perçue. En effet, du contraste existant entre l'image de la France vaincue en 1940 et celle de la France en ascension en 1945, naîtra un comportement souvent ambigu de la part des Alliés. Ainsi, ils admettront que les Généraux SEVEZ et de LATTRE de TASSIGNY, signent respectivement à Reims et à Berlin, l'acte de capitulation de l'Allemagne mais s'opposeront à ce que la France participe à la conférence de Yalta; toutefois, au cours de celle-ci, les Alliés lui feront une place identique à la leur sur la scène internationale, en lui reconnaissant une zone d'occupation en Allemagne et un poste de membre permanent au Conseil de Sécurité de l'O.N.U..

(1) Chronique de la 2ème guerre mondiale - Editions "Chroniques"

(1) Communication de M. André MARTEL au cours du colloque international consacré au rôle des armées françaises pendant la deuxième guerre mondiale (fondation de la défense nationale et institut d'histoire des conflits contemporains).


Bien qu'en 1945, la puissance de la France ne puisse pas être mise sur le même plan que celle de ses grands alliés, il est clair que son net redressement modifie le point de vue de ceux-ci à son égard. A l'origine, "quantité négligeable", selon l'expression de ROOSEVELT(1), la France, que ce Président avait eu pour projet de dépecer puis plus tard de soumettre à un gouvernement militaire américain (l'AMGOT), est perçu différemment à la fin du conflit. En effet, un rapport (2) rédigé par les conseillers de TRUMAN fera apparaître "l'importance de son apport dans la phase finale des hostilités en Europe" ainsi que la nécessité de sa "participation totale aux affaires mondiales à égalité avec les autres grandes puissances". Quant à CHURCHILL, il dira clairement à Yalta, que sans la France, la Grande Bretagne ne pourrait envisager de faire face seule à une éventuelle attaque allemande; il est vrai qu'à cette époque les Américains ne souhaitaient pas rester plus de deux ans en Europe (3).

En 1945, la situation internationale est devenue favorable à la France et constitue pour elle un atout supplémentaire. En effet, que l'on envisage le retour de l'impérialisme allemand ou l'apparition d'une menace soviétique, la France, à nouveau reconnue, est un élément indispensable à une future alliance militaire occidentale.

La cohésion retrouvée du peuple français, les efforts de la Résistance et de l'armée régulière, auront donc permis au Général de GAULLE d'infléchir les décisions des Alliés dans le sens de la prise en compte des objectifs politiques français et de réussir ainsi, la surprenante réapparition de la France dans le concert des grandes Nations. Toutefois, celle-ci intervient alors que l'Europe sort de la guerre très affaiblie. Elle est couverte de ruines et partout, la production industrielle et agricole s'est effondrée. En 1945, l'Allemagne n'existe plus, la Grande Bretagne est considérablement endettée, la France a subi d'énormes pertes matérielles.

De plus, l'emprise des états européens sur leurs territoires coloniaux est remise en cause par des mouvements nationalistes qui revendiquent l'indépendance pour les peuples dominés. Face à de tels mouvements, les principales puissances concernées, la Grande-Bretagne et la France, se révèleront incapables d'assurer la cohésion de leurs empires. Dès lors, il ne leur sera plus possible de maintenir ou de rétablir, selon le cas, leur statut de "super-grand" qu'elles devaient à leur position antérieure.

L'après-guerre sonnera le glas de la prééminence de l'Europe; ses plus grands états feront figure de puissances moyennes; la suprématie des Etats-Unis et de l'U.R.S.S. sera pour longtemps établie.

 (1) ROOSEVELT et une partie notable de son entourage sont notoirement peu suspects de francophilie et surtout antigaullistes. En fait, le sort de la France leur est indifférent car elle n'entre pas dans la vision du monde quelque peu chimérique du Président américain. Celle-ci est, en effet, fondée sur une relation de confiance susceptible de persister entre les U.S.A. et l'U.R.S.S.

(2) "Les secrets des archives américaines - ni de GAULLE ni THOREZ" de M. Nerin GUN - Editions Albin Michel.

(3) "Yalta" de M. Pierre de SENARCLENS - P.U.F. Collection "Que sais-je?"


 

 SOURCES COMPLEMENTAIRES

Dictionnaire de la seconde guerre mondiale-Larrousse; Histoire de la 1ère Armée française, Général de LATTRE de TASSIGNY-Plon; Histoire de l'Armée française, Général WEYGAND-Flammarion; revues d'histoire : "Historia"; "Miroir de l'Histoire", "Historama"; articles signés Maréchal JUIN, Général MONDAIN, Jacques MORDAL, Jacques ROBICHON; la deuxième guerre mondiale de John KEEGAN; la seconde guerre mondiale de Pierre MIQUEL; Chroniques du 20ème siècle-Larousse.

 

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