Publié en 1989 - O.N.A.C. - S.D. GERS

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Les autorités de la libération, devant l'Hôtel de Ville d'AUCH

 

  1944

L'ANNEE DES COMBATS

 

Ce dossier documentaire est destiné aux classes de troisième et terminale des établissements scolaires du second degré du département du Gers. Il peut servir de base et donner prétexte, en cette année du quarante-cinquième anniversaire de l'année 1944, à une étude approfondie des évènements historiques locaux.

Les membres de la commission départementale du Gers de l'information historique pour la paix, qui ont participé à la conception de ce dossier, sous la direction de Monsieur Marcel-Pierre CARRERE, Directeur du Service départemental de l'Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, tiennent à remercier tout particulièrement Monsieur Guy LABEDAN, correspondant de l'Institut d'Histoire du Temps Présent, qui a bien voulu accepter de mettre à leur disposition sa documentation personnelle et les recherches qu'il a effectuées sur les évènements gersois de l'année 1944.

 

INTRODUCTION

1944, est bien pour l'Europe occupée l'année des plus grands espoirs. Grâce à l'action des différentes armées alliés ainsi qu'à l'aide qui leur est apportée par les mouvements et les maquis de la résistance, l'Allemagne nazie recule sur tous les fronts et son effondrement semble proche.

En France, la résistance a parcouru un long chemin et de quelques groupes d'hommes à l'origine, elle parvient à la mise en place d'importantes organisations. En cette année 1944, elles se préparent à combattre. A Alger, le Comité Français de Libération Nationale présidé par le Général de GAULLE, devient le Gouvernement Provisoire de la République Française et s'élargit à de vastes fractions de la société.

Le 6 juin enfin, le premier débarquement a lieu en Normandie. Au cours des semaines, différentes unités prennent pied sur le sol français, 2ème armée britannique, 1ère armée canadienne, 1ère et 3ème armées américaines ainsi que des contingents polonais, tchèques, belges, norvégiens, hollandais et bien sûr français (Commando KIEFFER, 2ème division blindée du Général LECLERC de HAUTECLOQUE).

Un second débarquement a lieu le 15 août en Provence. La 1ère armée française commandée par le Général de LATTRE de TASSIGNY et la 7ème armée américaine participeront à l'opération.

Au cours de ces deux débarquements, la résistance intérieure française apporte son important concours. En effet, sabotages, combats et embuscades affaibliront l'ennemi.

De son côté, le régime de Vichy va s'évanouir dans une atmosphère de guerre civile et le 20 août, Philippe PETAIN, chef d'un état fantôme, sera conduit en Allemagne, à Sigmaringen, par les nazis.

Dans un dernier sursaut de barbarie, ceux-ci se livreront à de nombreux massacres et exécutions, notamment à Tulle et à Oradour-sur-Glane.

Toutefois, le 25 août, Paris est libéré tandis que le 11 septembre 1944, a lieu la jonction à Châtillon-sur-Seine, des forces alliées débarquées en Normandie et en Provence.

Le 15 septembre 1944, la quasi totalité du territoire français est libérée, à l'exception d'une partie de la Lorraine et de l'Alsace, des six poches du littoral et de certaines vallées et crêtes des Alpes. Près de trois mois et demi de combats auront donc été nécessaires depuis le 6 juin, pour parvenir à un tel résultat.

Mais si l'année 1944 est l'année de la libération de la France, elle n'est certes pas celle de la fin de la guerre. Amalgamés à l'armée régulière, de nombreux résistants poursuivront la lutte pendant de longs mois, avant que la fin des hostilités, le 8 mai 1945, mette un terme en Europe, à un conflit qui restera parmi les plus meurtriers de l'histoire de l'humanité.

 ORGANISATION ET PREPARATIFS

DES CHANGEMENTS DANS LES MOUVEMENTS UNIS DE RESISTANCE (M.U.R.)

Rappelons qu'en date du 14 décembre 1944 la répression allemande s'est abattue sur toute la résistance dans la région de Toulouse ("opération de minuit"). Le chef régional François VERDIER "FORAIN" en a été une des premières victimes ainsi que certains de ses collaborateurs, faisant que l'organisation régionale des M.U.R. s'est trouvée décapitée.

Dans le Gers, c'est l'O.R.A. Corps Franc Pommies qui a été surtout touchée et en second lieu les résistants en rapport avec la S.A.P. (Section Atterrissages Parachutages). Par contre, la direction départementale des M.U.R. n'a point été inquiétée. L'opération, cependant, a fortement marqué les esprits. Les résistants, surtout les premiers engagés, redoutent le plus fort, l'arrestation. A la longue, ils sont connus comme tels de tout le monde.

Jean BOURREC, certainement le résistant le plus actif et le plus chargé de responsabilités dans les M.U.R. ne s'y est pas trompé. Arrivé à la quatrième année de travail souterrain, il pressent que son tour de "tomber" n'est pas loin. Soit au lycée, soit à son domicile 75, rue de Metz à Auch, il est très souvent demandé par des émissaires de la Région ou d'ailleurs. Sa sécurité ne peut qu'en pâtir. Des problèmes de personnes, d'autre part, ont surgi au sein même du directoire. Le début de l'année 1944 est l'époque où des nominations vont avoir lieu; il est à craindre que des postes importants soient détenus par des résistants de fraîche date, écartant ainsi les fondateurs du mouvement.

Aussi, Jean BOURREC, pragmatique, presse-t-il VILA qui est toujours à la tête des M.U.R. de retourner au chef-lieu d'où il pourra mieux diriger l'organisation clandestine. Le chef départemental se rend à ses vues et vers la mi-février quitte l'asile de " la Tuilerie" à Beaucaire-sur-Baïse que lui fournissait, depuis décembre 1942, Alexandre BAURENS pour une autre maison amie, "Le Basté" à Pessan, propriété d'Auguste SEMPE.

Le 21 février 1944, les délégués cantonaux sont informés qu'ils correspondront dorénavant avec "VANNIER" (VILA). Le poste de secrétaire général est supprimé et BOURREC, devenu "JEP", ne s'occupera plus que des faux-papiers et de la propagande.

Mais dans la nuit du 9 au 10 mars, la Feldgendarmerie d'Auch, conduite par le jeune BERTHOUMIEU, homme de confiance des Allemands, ou son acolyte SERGE "le balafré", arrête 8 auscitains (1) dont Jean BOURREC, Georges DAUBEZE, Paul MOUCHET, membres du directoire des M.U.R.. Ils sont le même jour transférés à la prison Saint-Michel à Toulouse. Sans avoir été véritablement interrogés, ils sont un mois après déportés en Allemagne d'où ils reviendront heureusement.

Dès lors, les affaires vont être réglées directement par VILA dont les principaux collaborateurs sont :

- Gabriel TERMIGNON "Thierry", chef militaire et son adjoint Louis VILLANOVA "VIDEAU"

- Marcel COUEILLE "CAPDEVILLE", chargé du S.R. ( Service de Renseignement)

- Hector JAM "MAGRE", responsable N.A.P. (Noyautage des Administrations Publiques)

Les liaisons dans le département continuent à être assurées par l'ex-gendarme J.B. THOS "TARDIEU" qui se déplace soit à bicyclette, soit en utilisant les transports en commun. Il est secondé dans l'est du département par un autre militaire de carrière, Léopold MASCARENCQ "MARCHAL".

(1) Voir la partie " Martyrologe ".


Selon les volontés nationales, des appellations changent, dès avril 1944 :

- les M.U.R., par adjonction de nouveaux mouvements, deviennent le M.L.N. : Mouvement de Libération Nationale

- l'A.S., l'A.I., les G.F. (1) deviennent les C.F.L. : Corps Francs de la Libération

Du point de vue des structures dirigeantes, l'évènement majeur reste la formation des Comités Départementaux de Libération.

La constitution d'un Comité Départemental de Libération est demandé de façon pressante par la région à la fin de janvier 1944, dans la perspective des opérations de libération.

Un C.D.L., à la différence des M.U.R., a une base légale qu'il va tenir de l'ordonnance d'Alger du 21 avril 1944 portant organisation des pouvoirs publics en France. Autre différence : ses composantes sont élargies au Front National et aux Forces Unies de la Jeunesse Patriotique (proches du parti communiste), à la C.G.T. et à certains partis politiques. Il est également prévu un représentant des chrétiens (catholiques résistants), un représentant de la classe rurale (Sic), voire des artisans.

Dans l'immédiat, le C.D.L. doit prendre en charge les tâches qui incombent à la résistance : aide aux réfractaires, aux maquis, aux emprisonnés et à leur famille, la propagande. En outre, en collaboration avec le N.A.P., il participera à la désignation des personnes chargées d'assumer l'administration du département sitôt celui-ci libéré.

Pour des raisons évidentes de sécurité, il n'est guère possible de réunir, même épisodiquement, le C.D.L. dans sa composition intégrale.

Aussi, est-il préconisé de constituer un noyau actif, sorte de bureau restreint comprenant les membres les plus en vue qui peuvent se rencontrer sans risque dans leur milieu habituel. Le Front National, en la personne de Félix ROUX, fait partie de cette représentation quasi permanente du C.D.L.

On connaît déjà le nom du futur Préfet du Gers qui sera installé à la place de celui de Vichy, désigné par le COMIDAC le 3 octobre 1943 (2). Il s'agit de Monsieur Auguste DECHRISTE, Sous-Préfet de Ribeauvillé (Haut-Rhin) en 1939, replié à Auch, nommé secrétaire général de la Préfecture et spécialement chargé du service des réfugiés. La lettre de nomination est datée de Paris le 27 avril 1944, signée Docteur TURQUAN (Michel DEBRE). C'est VILA qui lui en fait la remise le 23 mai 1944.

Le secret ne sera pas percé jusqu'à la libération.

A ces préparatifs qui visent la prise du pouvoir au départ des troupes d'occupation, se joignent les préoccupations des militaires, responsables de la lutte armée. 

(1) A.S. : Armée Secrète - A.I. : Action Immédiate - G.F. : Groupes Francs.

(2) " Comité d''Action en France" dépendant du Comité Français de Libération Nationale, les deux comités étant présidés par le Général de GAULLE ( de Ch. FOULON, "Le pouvoir en province à la libération" A. COLIN 1975).


PREPARATION A LA LUTTE ARMEE

DISPOSITIONS DE COMBAT A L'O.R.A. - C.F.P.

Après sa séparation de l'A.S., le groupement du Gers de l'O.R.A. - C.F.P. avait été confié par le chef POMMIES, vers novembre 1943, au lieutenant MILER, responsable du chantier forestier de Pomsampère. Il le chargeait de former un bataillon d'intervention prêt pour la fin de l'hiver ainsi que des unités de réserve. Pour exercer ses nouvelles fonctions, MILER disposait d'un échelon de commandement de premier ordre, constitué en grande partie de gradés de l'ancien 2ème Dragons. Mais le 14 décembre 1943, au matin, la gestapo appréhendait à Pomsampère et à Mirande la quasi totalité de son personnel. Lui-même échappait de justesse à la rafle.

C'est son adjoint, le lieutenant Edmond ERNST, du 23ème R.I. de Toulouse, qui le remplace provisoirement. Puis le commandement du Gers est assuré par le Sous-Lieutenant André MAGNE, responsable à l'origine du bataillon de Lectoure. Le Groupement du Gers disparaît en tant que tel et les éléments qui en faisaient partie sont incorporés au Groupement nord-ouest.

Malgré d'autres arrestations, fin 1943, atteignant l'organisation militaire : celles de FAROUX dit FORGERET à Tillac, d'André DRANCOURT à Montesquiou, le travail de recrutement est activement mené à partir de février 1944.

Une compagnie est levée dans la région de Miélan par le Contrôleur du ravitaillement René MARCHAL qui commence par désigner des sous-officiers de carrière comme lui : BARBE, DAT, JACQUEMIN (gendarme à Miélan) lesquels ensuite enrôlent de nombreux jeunes dans leur entourage. L'aire de recrutement s'étend de la Baïse à l'Arros.

A l'est d'Auch, s'est établi le Maréchal des Logis Chef LARRAT, naguère responsable du chantier forestier de "Forcets" à Miélan. Ce dernier achevé, il devait en ouvrir un second à "Savis" près de Bassoues. Mais la gestapo est venue et il a dû momentanément congédier ses hommes. Puis, il les a repris en main, en changeant toutefois de formule. Abandonnant la vie en groupe, il les place avec le concours des résistants locaux chez des cultivateurs ou des artisans sympathisants. Sous une fausse identité, chacun participe aux travaux de l'exploitation ou de l'entreprise tout en étant rattaché à un chef de groupe. Il y a un groupe à Crastes, un autre à Castelnau-Barbarens ainsi qu'à Aurimont-Pontéjac. LARRAT, pour sa part, a élu domicile au moulin de l'Isle-Arné, chez les époux LARRIEU.

La section LARRAT est rattachée à la compagnie commandée par l'Adjudant BOMAIN, prisonnier évadé en octobre 1943 qui n'a pas tardé à reprendre du service. Le contact avec la résistance établi, il a fait venir chez lui à Monferran-Plavès son compagnon d'évasion, le sous-officier Jean GIRAUD. Celui-ci va prospecter dans la région de Simorre.

Une autre section est recrutée par le jeune Yves RYVAL dont le père est brigadier domanial des Eaux et Forêts. Il s'adresse pour ce faire à ses camarades du lycée d'Auch et aux réfugiés de Mauvezin. Il a signé, comme tous les officiers, le serment militaire du C.F.P.

Deux autres compagnies sont créées :

- l'une à Auch même, sous le commandement de l'Adjudant GRATTARD qui reprend à son compte une unité sur le point de passer à l'A.S. ;

- l'autre formée avec les militaires de l'Armée de l'Air affectés aux postes de guet de la Sécurité Aérienne Publique. Leur mission est de déceler l'approche d'avions douteux (sic) et d'aviser l'autorité au moyen d'un message d'arlerte indiquant notamment la direction suivie par les appareils. Le personnel est passé en totalité dans la résistance. Il obéit dans le service comme dans l'organisation clandestine au Lieutenant PAPIN, en poste à Auch.

Dans la région de Lectoure, le travail de recrutement est déjà bien avancé grâce à l'action d'un responsable civil, Théodule CANTALOUP, maire de Saint-Mézard, qui a regroupé autour de lui des réfractaires au S.T.O. et des hommes sûrs. Terriens en majorité, ils constituent de solides équipes pour l'enlèvement des parachutages.

L'enrôlement est poursuivi par le Contrôleur du ravitaillement André DELARBRE, Adjudant de carrière reclassé dans l'administration. Sa fonction lui permet de prendre d'utiles contacts dans tout le canton. C'est de cette façon qu'il fait entrer dans la résistance active l'épicier-forgeron de Marsolan, Roger BEZOMBES, qu'il charge de former un groupe.

Les forces du C.F.P. se répartissent en deux échelons :

- l'échelon G ou unités de guerilla qui auront pour mission de harceler l'ennemi ;

- l'échelon D ou Destruction comprenant des unités D.V.F. chargées du sabotage des voies ferrées et des unités D.T. visant l'interruption des télécommunications par coupures ou destruction des supports.

Début avril 1944, les effectifs pour le Gers sont les suivants :

Unités de guérilla : encadrement et troupe 361 hommes

Unités D.V.F. : encadrement et troupe 25 hommes

Unités D.T. : encadrement et troupe 25 hommes

A l'exception de la compagnie de Lectoure qui est rattachée au secteur Garonne, les éléments gersois constituent jusqu'au 15 avril le bataillon d'Auch. A partir de cette date, le chef POMMIES ayant remanié ses groupements, le Gers est partagé entre :

- le groupement nord-ouest, chef Désiré ERNST

- le groupement ouest, nouvellement créé, comprend la partie ouest du département,

chef Jean de MILLERET

- le groupement centre, prenant en compte la partie sud d'Auch, chef Marcel CERONI

- le groupement est, auquel est rattaché l'est du département. Il absorbe les compagnies BOMAIN, GRATTARD et PAPIN ainsi que la section GOUZY-SERIN dans le canton de Saint-Clar. L'ensemble constitue un bataillon commandé par le Lieutenant Pierre UNBEKANDT, Ingénieur auxiliaire des Eaux et Forêts, sa couverture. Le C.F.P. bénéficie d'importants parachutages obtenus soit par le S.A.P. (Service Atterrissages et Parachutages) soit par le M.R.P.G.D. (Mouvement de Résistance des Prisonniers de Guerre et Déportés).

Sous la direction de MAGNE, assisté des Lectourois DANZAS, GLEIZE, LESCA, SEGUIN, VIDAL, le terrain de "Lamothe" (1) est le théâtre de ces opérations aériennes par deux fois au cours de la lune de février, une autre fois sans doute début mars. En même temps, les avions ont jeté des tracts "le Courrier de l'Air" sur la région et jusqu'à Auch. Le matériel parachuté est déposé chez la Marquise de GALARD à Terraube puis déménagé à "Foumagne" propriété FOURNEX. Il en est caché également à proximité de l'hôpital de Lectoure.

 (1) Situé en bordure du Gers, à 3 kilomètres de la ville, ce terrain a reçu le 8 novembre 1943, deux envoyés de Londres Bernard AMIOT et Jacques PARIS, en présence du chef POMMIES.


La compagnie BOMAIN dispose de deux terrains, l'un à Monferran-Plavès, l'autre à Bellegarde-Adoulins. Ils sont honorés plusieurs fois de mars à début mai 1944. Mais le 8 mai 1944, la Milice arrête BOMAIN et GIRAUD et se saisit d'un dépôt au "Berros", à Monferran. Par chance, celui que garde à Moncorneil Elie ROBERT, beau-frère de BOMAIN, a pu être enlevé à temps par une équipe du groupement CERONI.

A l'ouest du département, zone d'action de de MILLERET, grâce aux bons offices de l'agent du S.A.P. " BERNARD", l'O.R.A.-C.F.P. reçoit sur le terrain "Jardin" à Aurensan un avion, la nuit du 28 au 29 avril 1944, un autre une semaine après. A Ayzieu, sur la lande du "Catalan", dans la nuit du 13 au 14 mai, l'équipe ALLAVENA, des postes de guet, réceptionne une quinzaine de containers mais ne peut en enlever que la moitié, la seconde partie est retirée par les éléments A.S. du bataillon de l'Armagnac.

CONSTITUTION ET ACTION DES C.F.L.

En mars 1944, sont créés au plan national, les Corps Francs de la Libération, plus connus sous leur forme abrégée : les C.F.L. Ils doivent regrouper sous un commandement unique tous les éléments actifs de la résistance : G.F. (Groupes Francs), A.S. (Armée Secrète), A.O. (Action Ouvrière), Maquis, Fer.

A l'échelon régional, le regroupement se traduit par la désignation d'un chef unique ainsi que dans les départements.

Les C.F.L. constituent les groupes de combat du M.L.N. (Mouvement de Libération Nationale) et font partie à ce titre des F.F.I. (Forces Françaises de l'Intérieur). Ils s'appuient de préférence sur les G.F., ceux-ci ayant en principe déjà participé à des actions de type militaire. Ce n'est que fin avril, par suite de retard de transmission, que les directives nationales ont été portées à la connaissance des responsables départementaux. De toute manière, la fusion des mouvements qu'elles prévoient ne posent pas de problème dans le département du Gers pour les raisons qui suivent :

L'Action Ouvrière est placée sous la responsabilité de principe de l'employé de la S.N.C.F. Abdon LARROQUE "LAVIGNE" qui est surtout responsable "Fer". C'est surtout en cette qualité qu'il agit dans le cadre de la résistance : il renseigne les M.U.R. sur les mouvements par train des troupes allemandes, il assure les liaisons avec la résistance de Tarbes, les services de Toulouse et a pris en charge l'acheminement des colis qu'envoie le service social de la résistance (Mademoiselle Madeleine MAUROUX) aux patriotes incarcérés ou en difficulté.

L'action Immédiate avait pour responsable Roger DELOM qui s'acquittait on ne peut mieux de sa tâche. Mais depuis les premiers jours de décembre, étant recherché par la gestapo, il a quitté son domicile auscitain. Il a émigré à Lyon, puis à Paris où "Libération", son mouvement d'origine, lui a fait accomplir des missions dans toute la France. En avril 1944, il revient dans le Gers, région de Mauvezin, menant une vie de proscrit. Quand, plus tard, l'officier des opérations GUILLERMIN s'établit à Fleurance avec son équipe du S.A.P. régional, il passe à son service.

Maquis et Groupes Francs ne font plus qu'un, sous la direction de Christian FONTAN "FABRICE". Par "maquis" on entend, encore au début de 1944, surtout les réfractaires dont la plupart sont cachés à la campagne où ils aident aux travaux de la terre et qui sont contrôlés par la résistance. Fin novembre 1943, selon un rapport du chef départemental du Gers au service régional, l'effectif du maquis est de 367 hommes environ.

Le rôle de FONTAN consiste à faire la tournée des secteurs : Vic-Fezensac, Fleurance, Mirande, Lombez où il s'enquiert de la conduite des réfractaires, de leurs besoins et s'efforce de les organiser et instruire militairement. Il est prévu au niveau régional un budget pour l'entretien des maquis, en principe 800 francs par mois et par homme. La gestion en a été confiée par la Région à un Fleurantin Raymond CAUT dit "Grand-Père", surnommé l'intendant des maquis du Gers. Mais c'est une personne déjà âgée, puisqu'il est né en 1878. Il y a nécessairement des conflits entre lui et FONTAN qui est davantage sur le terrain et aux prises avec les difficultés de la vie clandestine.

La campagne assure pour partie la subsitance des maquis. Le restant provient du détournement de tickets d'alimentation opérés dans les mairies, parfois avec la complicité du maire ou du secrétaire.

En mars 1944, sous l'impulsion de FONTAN, un groupe de 5 à 6 jeunes qui fréquentent l'auberge de la jeunesse du "Battant" à Masseube s'organise en maquis dans la forêt de Saint-Blancard, propriété de la famille de GONTAUT-BIRON, avec pour chef Félix PERI.

Celui-ci, l'année avant, s'était trouvé à Ponsampère sous les ordres de MILER, puis avait fait partie d'un autre maquis forestier à Couloumé-Mondébat. Le maquis PERI, qui s'est étoffé entre temps, s'est transporté à Arrouède. Il est attaqué le 3 juin par les forces de la Milice. Il résiste bien, tue un chef de trentaine de la Franc-Garde de Tarbes et se replie en bon ordre vers Monlaur-Bernet.

D'autres formations légères de maquisards, prêts à l'action, existent à Saint-Puy, à Jégun (au"Tachus"), contrôlées en principe par FONTAN.

C'est avec des éléments prélevés sur ces groupes que sont menées diverses actions du type commando :

- dans la nuit du 7 janvier 1944, d'importantes quantités de chaussures et d'effets vestimentaires sont enlevées au magasin d'habillement du 541ème groupe de travailleurs étrangers à Fleurance,

- le 21 avril 1944, tentative d'enlèvement au gymnase d'Auch de Mademoiselle L... qui est partie liée avec les Allemands,

- fin avril, deux résistants sont libérés de la prison d'Auch,

- les 26 et 27 mai, attentats par explosifs à Auch et à Lectoure contre les personnes ayant dénoncé aux autorités des parachutages.

Le directoire départemental commence par désigner FONTAN comme chef départemental C.F.L., réservant à TERMIGNON le titre nouveau de chef des F.F.I. qui n'englobent au moins pour le moment que les C.F.L., les autres formations O.R.A. - C.F.P et F.T.P. restant indépendantes. Pour cette raison, sur l'intervention de l'inspecteur régional C.F.L. chargé du Gers, Noël DUPLAN "CHOPIN" puis "NIL" qui le connaît de longue date, TERMIGNON est nommé, sans contestation possible, chef départemental des C.F.L. Pour sa part, FONTAN doit former un corps franc chargé d'opérations ponctuelles à la demande du P.C. départemental. Courant mai, comme décidé en haut lieu, les C.F.L. se substituent à l'A.S. et à l'organisation "maquis" lesquels se recoupent.

La formation de loin la plus étoffée et la mieux organisée est le bataillon de l'Armagnac qui couvre du nord au sud toute la partie ouest du département. Son chef, après la mort de Louis DALES en septembre 1943, est Maurice PARISOT, Lorrain d'origine, établi en qualité d'agriculteur à Bouzon-Gellenave. Esprit méthodique, réfléchi, il a progressivement mis en place une unité qui dépasse l'effectif habituel d'un bataillon. Il sait aussi s'entourer de militaires de valeur comme l'officier de marine FOURNIER, le Capitaine MESSIN, les sous-officiers MOREAU, CAPIN, de l'ancienne armée d'armistice mais également de "civils" apportant leur expérience et leur savoir faire ainsi le financier Henri MONNET, le négociant Abel SEMPE, le Contrôleur du ravitaillement Léon MALANDAIN.

Les volontaires sont recrutés à l'échelon section, le chef en étant choisi en fonction de ses compétences militaires ou de son ascendant sur les hommes. Les chefs de section désignent aussi les chefs de groupe. Une statistique concernant l'âge des recrues fait apparaître une nette prédominance des classes qui ont porté les armes en 1939 - 1940. De la façon la plus classique, PARISOT articule ses éléments en compagnies. Elles correspondent pratiquement à un secteur géographique déterminé. Cette origine commune des hommes a pour conséquence de renforcer la cohésion des petites unités.

L'autre force du bataillon de l'Armagnac est l'armement considérable qui lui échoit par suite des accords avec le colonel anglais George STARR, beaucoup plus connu sous son pseudo de "HILAIRE". C'est à l'occasion d'un parachutage, en mars 1944, auquel assistaient un agent de "HILAIRE", Théo LEVY et le responsable A.S. de Vic-Fezensac, Maurice PONCELET que s'est fait le rapprochement des deux organisations. A partir de ce moment là, sont attribuées au bataillon de l'Armagnac, 8 terrains de parachutage pour qu'il reçoive directement le matériel nécessaire à son équipement. La première opération qui lui est destinée a lieu dans la nuit du 9 au 10 avril 1944 à Bouzon-Gellenave, dans les parages du Château de Saint-Go, la propriété de PARISOT. Durant le mois et jusqu'en mai inclus, des équipes spécialisées du bataillon ou des équipes mixtes (avec des représentants de "HILAIRE") réceptionnent pas moins de 17 parachutages soit 238 containers et 70 colis dans les régions de Vic-Fezensac, Lagraulet, Eauze, Cazaubon (1).

Dans le sud du département est mis sur pied le bataillon SOULES comprenant trois compagnies : HOFFALT, LARCADE, SAHUC, recrutées dans les cantons de Mirande, Miélan, Marciac, Montesquiou. Il reçoit deux parachutages du S.A.P. dans la même nuit du 7 au 8 mai 1944 sur les terrains de Moncassin et de Monlézun. Un autre a été attribué par l'organisation anglaise, reçu dans la nuit du 2 au 3 mai à proximité du moulin d'Estampes-Castelfranc et caché par le gérant de la coopérative de boulangerie, Georges DUHARD.

Le secteur de Lombez qui couvre le sud-est du Gers est encore sans véritable structure militaire. Son responsable, le Docteur RAYNAUD vivant en proscrit depuis le début de l'année 1944 avec son camarade André DELTOUR n'a guère, il est vrai, de facilités pour s'occuper de l'organisation et du recrutement. Cependant, il existe des "sizaines" dans les localités importantes comme à Simorre, Lombez, Samatan. A l'Isle-Jourdain et dans la vallée de la Save, l'attraction de la Haute-Garonne est très forte. Le directoire départemental doit réagir vigoureusement contre les tentatives de débauchage. Dans la région de Saramon, l'instituteur de Faget-Abbatial, Paul GALAN "GEORGES" a regroupé sous le couvert des Eclaireurs de France, un certain nombre de jeunes susceptibles de rejoindre RAYNAUD à son appel. Il commence à les éprouver, en mai, pour le transport et le camouflage d'armes parachutées. RAYNAUD, en effet, a pu s'aboucher avec "HILAIRE" par Théo LEVY et Norbert DUFFORT, hôtes de la famille SAINT-AVIT à Vic-Fezensac. Les messages ont été apportés par TERMIGNON au responsable cantonal André DELTOUR. De cette manière, le terrain de la "Bouscarre", entre Puylausic et Samatan est servi deux fois, non d'ailleurs sans difficultés pour leur enlèvement. Le premier dépôt est constitué chez un voisin, Omer MALET, dans lequel il sera puisé au gré des besoins. D'autres opérations prévues au bénéfice de RAYNAUD ont échoué. Les avions se sont alors délestés sur les terrains de l'Armagnac. Faute d'armes, aucune formation C.F.L. ne peut voir le jour dans le nord du département : Fleurance, Lectoure, Saint-Clar. Dans ce dernier canton, le maquis appelé du Castéron a un responsable militaire, le sous-officier d'aviation SAUBESTRE. Il est question à une époque de l'incorporer dans la formation du Docteur RAYNAUD.

(1) Comptage de Pierre PERE, historiographe du bataillon de l'Armagnac.


LE FRONT NATIONAL ET LES F.T.P.

Création du parti communiste clandestin qui en conserve la direction à l'échelon le plus élevé, le Front National se veut être un vaste rassemblement de patriotes de toutes les conditions ou couches sociales contre l'ennemi commun. Aussi ses membres ne sont pas tous communistes et même certains en sont plutôt éloignés.

C'est en tout cas, un membre du P.C. d'avant-guerre à Lille (Nord), ayant échoué à Toulouse, Charles BERCKMOES "Constant", que Gaston PLISSONIER "instructeur interrégional" dans le parti clandestin, a chargé de former le Front National dans le Gers. A son tour, il a désigné un sympathisant, Antoine LUMBRERAS, moniteur d'éducation physique à la ville d'Auch pour en assurer la responsabilité dans le département. A partir de l'été 1943, il a pour principal collaborateur Félix ROUX, Directeur de l'Orientation Professionnelle où se rencontrent, en sécurité, rue de Lorraine, les membres de l'organisation. Pour le travail de propagande, d'organisation, LUMBRERAS et ROUX "GERARD" ont procédé à un partage du département : le premier s'occupe de l'est du Gers, le second prend à son compte les cantons de Miradoux, Condom, Eauze, Marciac, ce qui oblige à de fréquents déplacements qui ne peuvent se faire qu'en car ou en bicyclette.

Un réseau de responsables F.N. peut de cette façon être mis en place :

Condom : SENTOU (charcutier) - Eauze : BORDENEUVE (agent du cadastre) - Fleurance : KIEFFER (fourreur) - Samatan : PUJOS (agent du cadastre) - Mauvezin : LANNES (notaire) - Miradoux : DUPUY (forgeron) - Mirande : ESCAFFIT (instituteur) - Marciac : LACLAVERIE (instituteur) - Vic-Fezensac : DELINIERE (coutelier) - BEDEL (buraliste).

La vallée du Gers, à partir d'Auch-sud, relève d'un ancien interné des camps de Vichy, assigné à résidence à Ornézan, Eugène STRIEBICH, dit "Jack BILLYS". Il assure la liaison avec le maquis F.T.P. d'Esparros (Hautes-Pyrénées).

Le noyau auscitain comprend les frères COINTEPAS, Fernand FURON, Germain d'HALLUIN (gymnaste), André SANCERNI (instituteur), Roland SAINT-MARTIN (comptable).

Le travail des militants consiste notamment à tirer des tracts et à les diffuser. Aussi, certains particuliers de la ville trouvent-ils dans leur boîte aux lettre, le 15 février 1944, une feuille intitulée "Alerte", organe départemental du F.N. du Gers. Mais dans la nuit du 9 au 10 mars, la gestapo est chez LUMBRERAS, rue Caumont, alors qu'il est en train de rédiger un rapport pour l'interrégion. Il échappe néanmoins aux policiers en s'enfuyant par une venelle qui débouche sur la place du Caillou. Il disparaît alors de la région. ROUX le remplace comme responsable départemental. Il a dans ses attributions l'organisation des F.T.P.

Les F.T.P. comme le Front National, dont ils constituent la force militaire, sont d'obédience communiste mais dans leurs rangs on trouve beaucoup de jeunes non engagés politiquement. Comme dans les autres organisations à caractère militaire, les réfractaires au S.T.O., en provenance des villes y sont nombreux. Ceux-ci et d'autres proscrits mêlés aux éléments locaux, avec des chefs venus d'un peu partout, entraînent d'importants brassages dans la population F.T.P.

L'organisation dans son ensemble est calquée sur le P.C. clandestin. Un département constitue généralement une région, suivie d'un numéro, rattachée à l'interrégion. Le Gers est la R. 2. Département essentiellement rural, l'emprise communiste y est faible. On peut estimer que les premiers éléments F.T.P. ont vu le jour à Miradoux, aux confins du Lot-et-Garonne et du Tarn-et Garonne, du fait d'une solide implantation du parti communiste dans cette localité. En janvier 1944, André CHARLES (1), futur commandant "GASTON" conduit par BERCKMOES a pris langue avec Fernand SOUBSOL, militant d'avant-guerre. Son camarade de parti, André DUPUY s'est occupé du recrutement parmi les jeunes. Tous deux sont en relation avec Théodule CANTALOUP de Saint-Mézard pour le "planquage" des réfractaires. Le groupe qui s'est constitué avec Robert CASSAGNEAU (venant de Montauban), Jackie MARTIN, Fernand MORGO et de jeunes israëlites réfugiés à Miradoux est à rattacher au bataillon F.T.P. "ARTHUR", établi au sud de la Garonne.

(1) Témoignage d'André CHARLES du 28.02.1976


 

A Gondrin, sous l'impulsion d'un autre militant, Jean MARTINAUD (1) un groupe s'est également formé avec des locaux et des réfractaires étrangers à la région. Le commandant BENOIT les réunit un soir à la ferme FRANCESCHIN pour leur parler des missions qui les attendent. Certains éléments vivent déjà regroupés en maquis dont l'effectif ne dépasse jamais 7 ou 8 hommes. On en trouve un à Panjas que les G.M.R. (2) cernent à l'aube du 1er février 1944, faisant 5 prisonniers qui sont incarcérés à Agen, un autre à Montégut-Arros, également pris par les forces de police (en provenance de Tarbes) le 2 avril 1944.

Les F.T.P. se caractérisent par leur direction triangulaire :

- le C.E. ou commissaire aux effectifs, en fait le chef de l'unité, qui a le contact avec le parti ou le Front National;

- le C.O. ou commissaire aux opérations, le militaire le plus apte aux opérations ;

- le C.T. ou commissaire technique, responsable de l'armement et de l'intendance.

BERCKMOES désigna dans les débuts comme responsable politique F.T.P., Roger CASTADERE "Yves", infirme civil, comptable à Vic-Fezensac (3). Le C.O. fut alors René SENTENAC "Albert", originaire de Narbonne qui l'est resté jusqu'en juillet 1944. Vers mars-avril 1944, le commandant "GASTON" est à la tête d'un petit maquis à Lannepax au bois de la "Tute". Il réussit à s'emparer d'une certaine quantité d'armes parachutées non loin de la propriété SAINT-AVIT à Vic-Fezensac. Puis le détachement émigre en Lot-et-Garonne. De l'avis même des responsables, les F.T.P. sont minoritaires dans le Gers alors qu'ils tiennent une place importante en Lot-et-Garonne et dans les Hautes-Pyrénées. Le département du Gers reste cependant une zone de passage et est à deux reprises le théâtre d'incidents malheureux. Le 16 mars 1944, quatre émissaires F.T.P. partis de Tarbes se rendent à Auch où ils doivent rencontrer "GASTON", aux dires de celui-ci pour une affaire interne. Ils ont eu la malencontreuse idée d'emporter leurs armes personnelles. Or , ce jour là dans la matinée, des membres du réseau MORHANGE ont tenté de s'emparer de "l'homme de confiance" des Allemands, Georges BERTHOUMIEU. Ils n'ont pas réussi; par contre des barrages de gendarmerie ont du être installés sur les principales routes menant à Auch. C'est sur l'un de ceux-ci que butent les Tarbais au passage à niveau en bas de la côte de Miélan, vers 11 heures. Les versions sont contradictoires mais il semble bien que, de part et d'autre, on ait perdu son sang-froid. Chacun alors a fait usage de ses armes. Les gendarmes qui de notoriété publique étaient favorables à la résistance, perdent un des leurs qui expire à l'hôpital la nuit suivante. Deux F.T.P., LAPORTE et THEILLER, tombent sous leurs balles, un troisième, le chauffeur qui les transportait et sans doute aussi leur chef, est mortellement atteint et suit le sort du gendarme. Le quatrième réussit à s'enfuir. Il ira d'un refuge à un autre dont chez BEON à Biran, sans pouvoir se réinsérer dans une vie normale.

Vers le 20 mai, un détachement F.T.P., fort d'une trentaine d'hommes venant de Boussès (Lot-et-Garonne) où ils craignaient pour leur sécurité, s'est installé provisoirement dans une maison forestière, l'ancien château de Savis près de Bassoues. Trois des ces maquisards ont été envoyés à Auch afin de récupérer de l'essence. Pour le cas où surgiraient des difficultés, ils se sont fixés un rendez-vous de secours chez GASTIGAR à Orbessan. Il se rejoignent le lendemain sur la route de Lannemezan, au niveau de cette localité, quand survient une voiture occupée par des feldgendarmes suivie d'autres véhicules. L'un d'eux, DELTRIEU, est capturé; les deux autres s'enfuient en direction de la rivière, le Gers; l'un CRETAZ, parvient à échapper à ses poursuivants, mais non le second. GAUDFRIN, qui est grièvement blessé et emporté sans connaissance. Les Allemands le transportent à l'hôpital de Purpan à Toulouse. Gardé dans les sous-sols de l'établissement, il restera là jusqu'à la libération de la ville. Quant à DELTRIEU, il est déporté à Dachau par le "convoi de la mort" début juillet 1944. 

Le 25 mai, en début d'après-midi, les Allemands se lancent à l'attaque du château de Savis. Mais ils font chou-blanc, la totalité des hommes ayant pu s'esquiver à temps. Furieux de leur déconvenue, ils incendient la demeure. Ils s'acharnent aussi sur l'hôtel BONNET à Bassoues qu'ils soupçonnent, non sans raison, d'accueillir des résistants.

(1) ROUX et le "POLO" GUICHE faillirent se faire prendre avec lui par les Allemands alors qu'ils venaient le voir le 26 avril 1944

(2) Groupes mobiles de réserve, sorte de troupes supplétives de Vichy

(3) Témoignage de Roger CASTADERE du 12.06.1971


L'ORGANISATION ALLIEE : LE S.O.E.

Parmi les composantes de la résistance gersoise, il est une organisation d'abord très localisée mais sur laquelle on doit de plus en plus compter car c'est par elle qu'une bonne partie des armes parachutées vont parvenir au maquis. C'est le S.O.E. ou "Spécial Opération Exécutive" (souvent confondu avec l'I.S. ou "Intelligence Service") créé à Londres dès juillet 1940 sur ordre de Winston CHURCHILL pour répondre aux besoins d'action des groupes de résistance en Europe. Dépendant d'abord du Ministère de la Guerre Economique, il est depuis septembre 1942 rattaché directement à l'Etat-Major Interallié, d'où son importance. Une "French Section" dirigée par le Colonel BUCKMASTER traite des sabotages en France, tâche répartie, entre un certain nombre de réseaux. Trois ont opéré dans le Gers :

Le réseau PRUNUS : ce réseau est mis en place par le Lieutenant Maurice PERTSCHUK "EUGENE" débarqué d'un sous-marin anglais près de Théoule (Alpes Maritimes) en avril 1942 qui vient s'installer à Toulouse, rejoint par Marcus BLOOM "URBAIN" opérateur radio. Ce dernier, par l'entremise de Mademoiselle Jeanine MORISSE qui fréquente une famille VUILLEMOT acquise au réseau dans la capitale languedocienne, est venu séjourner, fin 1942-début 1943, en toute quiétude chez la mère de la jeune fille, Madame SAINT-AVIT, modiste, 58, rue Dessoles à Auch. Mais, manquant d'expérience, il ne parvient pas à faire fonctionner correctement son appareil radio. Un autre opérateur est alors envoyé en renfort, Alex RABINOWITCH "ARNAUD", qui établit le contact avec Londres et envoie son premier message le 8 janvier 1943. Mademoiselle MORISSE sert de courrier entre le poste d'Auch et la centrale toulousaine. Sur décision de PERTSCHUK, le radio est rapproché de Toulouse, à Fonsorbes, chez le Comte d'ALIGNY.

A "PRUNUS" est également entré Philippe de GUNZBOURG "PHILIBERT" de Pont du Cassé (Lot-et-Garonne). PERTSCHUK l'a chargé de constituer des équipes pour la réception des parachutages en Lot-et-Garonne et dans le Gers. GUNZBOURG a commencé par recruter un artisan forgeron de Fourcès, Joseph DARROUX, dont toute la famille s'implique dans l'organisation. Des terrains de parachutage sont reconnus, des équipes en puissance se forment autour de DARROUX. Pour ses liaisons GUNZBOURG utilise les services d'un jeune israëlite d'origine allemande, Louis LEVY, lequel connait à Vic-Fezensac, où il s'était réfugié avant guerre, Madame Marie Louise LAC. C'est par cette dernière que "PHILIBERT" est entré en relation avec Gaston SAINT-AVIT, propriétaire agriculteur à "Laouarde" où un terrain de parachutage est homologué.

Une opération aérienne devait se dérouler le 16 mars 1943. Elle n'eut pas lieu, l'appareil ayant été abattu à l'aller par la chasse allemande. Les jours de PRUNUS, de toute manière, étaient comptés car un agent ennemi l'avait infiltré. Du 12 au 15 avril 1943, en effet, PERTSCHUK, BLOOM, d'ALIGNY et d'autres membres du réseau comme Jeanine MORISSE (arrêtée à Monfort-du-Gers) étaient capturés par la Gestapo et déportés. Les officiers britanniques furent exécutés, l'un à Buchenwald, l'autre à Mauthausen.

 Le réseau STATIONNER : il couvrait plusieurs régions de la zone non occupée et avait pour chef depuis son parachutage en janvier 1943, le Major Maurice SOUTHGATE "HECTOR". Celui-ci prit divers contacts à Toulouse chez l'industriel Jules PECHEUR, rue de Lespinet. Les premières missions consistaient à trouver des terrains et des équipes de parachutage. On sait que par le réseau STATIONNER furent reçus à Marsan et à Montant-les-Créneaux, simultanément, les premiers parachutages destinés au Gers (Voir fascicule Année 1943). Le chef du réseau avait envoyé dans le Gers son adjoint Jacques HIRSCH "ARTHUR" pendant l'été 1943 afin d'installer un poste de guidage destiné aux avions alliés. C'est ainsi qu'il prit contact avec l'instituteur et secrétaire de mairie de Montaut-les-Creneaux, Joseph SAINT-MARTIN, lequel désigna ses anciens élèves Charles FOURCADE et Célestin LATOUR pour faire fonctionner un appareil " Eurêka" qui allait servir de phare radio aux avions alliés survolant le sud-ouest de la France. Son service nécessitait une garde de nuit que les deux hommes assurèrent de novembre 1943 à août 1944 avec la chance inespérée de n'avoir pas été détectés par les Allemands.

Dans la commune voisine de Nougaroulet, sur la propriété MONFORT, un autre terrain a été reconnu et homologué. Deux agents y sont reçus en petit comité dans la nuit du 11 au 12 février 1944 : Claude BAISSAC et son opérateur radio LERCHER. Ils sont destinés au réseau des Charentes. Un peu plus tard, le 3 mars, c'est sur le terrain de Marsan qu'atterrissent le major britannique Roger LANDES et le Lieutenant canadien André SIROIS "Gustave". Le premier en tombant s'est foulé un pied et doit rester une dizaine de jours immobilisé chez Madame Renée DAUBEZE à Marsan au village, en attendant son départ pour la Gironde. Sous le pseudo de "Aristide", il prendra une grande part à la libération de Bordeaux. SIROIS, après nombre de péripéties rejoint la région d'Angoulême.

Le réseau WHEELWRIGHT : ce réseau a eu une importance considérable de même que son chef George Reginald STARR mieux connu sous ses pseudos "GASTON" puis "Colonel HILAIRE". C'est un ingénieur des mines qui a parcouru une grande partie de l'Europe. En 1940, il se trouvait en Belgique et a embarqué sur un des derniers bateaux quittant Dunkerque sous le feu ennemi. L'année suivante, alors âgé de 37 ans, il s'engageait dans le S.O.E. Son entrainement terminé, une embarcation partie de Gibraltar le déposait dans la nuit du 4 au 5 novembre 1942 non loin de Cassis (Bouches-du-Rhône). Primitivement, il devait rejoindre Lyon mais une certaine prémonition (arrestation de plusieurs membres du réseau) l'a fait changer de direction. Il se retrouve à Agen où un agent français du S.O.E., Henri SEVENET "Rodolphe", est déjà en place. Celui-ci est en rapport avec Maurice ROUNEAU créateur de l'organisation locale de résistance "Victoire" comprenant des militaires du 150 ème R.I. et du 24 ème R.A.D. ainsi que des réfugiés, comme lui, du Nord. Une compatriote de Lille, Mademoiselle Jeanne ROBERT, occupe un poste d'institutrice dans le Gers, à Castelnau-sur-l'Auvignon. "Rodolphe" est venu dans ce village à la recherche d'un terrain de parachutage. Il en en a reconnu un sur la propriété NOVARINI mais l'opération projetée pour le 15 octobre 1942 n'a pas eu lieu. Par contre, le 22 novembre suivant, on conduit le nouveau venu, George STARR, chez le Maire de Castelnau, Roger LARRIBEAU, d'où il va organiser puis diriger son réseau avec l'aide de ROUNEAU dit " Martin RENDIER ". STARR a des papiers en règle, renforcés par une couverture professionnelle obtenue de l'ex-député de l'arrondissement Louis DUBOSC. Cependant, il doit attendre longtemps avant d'avoir une liaison directe avec la Centrale de Londres. Dans l'intervalle, il recrute des personnels, notamment à Condom, ou en reçoit en provenance du réseau PRUNUS décapité à Toulouse, ainsi Philippe de GUNZBOURG et Louis LEVY, devenu "CHRISTOPHE". LARRIBEAU lui a fait connaître Aldo MOLESINI, propriétaire d'une exploitation agricole à Montréal-du-Gers mais surtout ingénieur dans une grosse société de travaux publics travaillant dans le sud-ouest pour les Allemands. "HILAIRE", de la sorte, reçoit de précieuses indications sur les installations militaires de l'occupant qui sont transmises à Londres.

A Condom, la complicité du Capitaine de gendarmerie Fernand PAGES lui est extrêmement précieuse, de même que la collaboration de plusieurs contrôleurs du ravitaillement.

 Les premiers parachutages destinés au réseau WHEELWRIGHT sont reçus en juin 1943 dans le département de la Gironde, puis en Lot-et-Garonne (Saint-Vincent-de-Lamontjoie) puis en août à Miramont-Latour (équipe LAURAY) et début novembre à Fourcès au lieu-dit "Lacave".

Enfin, arrive dans la nuit du 22 au 23 août 1943 l'opérateur radio qui manque au réseau : Madame Yvonne CORMEAU "ANNETTE", parachutée en Gironde. Une vie errante, imposée par les nécessités de son service et par sa propre sécurité, commence aussitôt pour elle, qui va durer jusqu'au 20 août 1944.

Au début de l'année 1944, les parachutages sont toujours au centre des préoccupations de "HILAIRE". Sa mission consiste en effet essentiellement à constituer des réserves d'armes en vue de leur utilisation, le moment venu, par la résistance. Les comités de réception sont en alerte les nuits de lune et lorsque les conditions météorologiques sont favorables. Dans la nuit du 3 au 4 janvier à la limite du Gers, à Créon-d'Armagnac, ont sauté d'un "Halifax" A.M. WALTERS " COLETTE " qui doit servir d'agent de liaison au réseau et Claude ARNAULT " NERON ", de nationalité française, celui-ci ayant reçu une formation de saboteur. Ils sont conduits à Fourcès où ARNAULT se met en devoir d'instruire les équipes de DARROUX.

Pendant le mois de février, quatre terrains sont servis dans le Gers : à Vic-Fezensac, Caillavet, Fourcès (limite de Sainte-Maure). Les rigueurs de l'hiver rendent les réceptions très pénibles. L'enlèvement des containers est le fait d'équipes forcément restreintes qui utilisent des attelages pour les charrois. Les avions, des quadrimoteurs, font grand bruit mettant dans les villes les Allemands en alerte. Leur passage se signale également par le lancement de tracts : "Le Courrier de l'Air" sur les régions survolées.

On a vu plus haut qu'à l'occasion d'un parachutage, nuit du 3 au 4 mars 1944, l'agent de "HILAIRE", Théodore LEVY, avait pris langue avec le responsable cantonal des M.U.R., Maurice PONCELET, lequel à son tour lui ménageait une rencontre avec son chef militaire PARISOT, bientôt admis à recevoir directement des parachutages. D'ordre de "HILAIRE", les derniers parachutages reçus à Vic-Fezensac lui étaient en outre remis. Début avril certainement, PARISOT terminait la boucle en présentant à "THEO" le chef départemental A.S. puis C.F.L., le Capitaine Gabriel TERMIGNON "THIERRY" qui à l'époque avait une résidence à Valence-sur-Baïse. Comme conséquence, ce mois-là, 11 parachutages sont reçus sur les terrains réservés à PARISOT et à l'organisation de TERMIGNON. En mai, 8 autres largages sont réussis sur le Gers. Il y a un terrain central à Vic-Fezensac ("Laouarde"), un autre à Ayzieu, destiné à accueillir les parachutages lorsque, pour une raison ou pour une autre, le terrain initialement prévu pour les recevoir a été empêché.

En attendant le déclenchement de la lutte ouverte, les armes et le matériel réceptionnés sont stockés dans un certain nombre de dépôts, dissimulés du mieux possible, généralement pas très loin du lieu de parachutage. La sécurité n'est pourtant pas parfaite. Par suite des arrestations qu'elle a opérées, la Milice s'empare le 26 mai 1944, d'un dépôt de six containers à Ramouzens (parachutage reçu à Lannepax) et d'un autre à Eauze, caché à la ferme RUMEAU qui en représailles est incendiée. Les Allemands, de leur côté, ont saisi la totalité d'un parachutage tombé aux environs de Riscle dans la nuit du 11 au 12 avril ainsi qu'un autre, partiellement réceptionné dans de mauvaises conditions aux abords d'Auch dans la nuit du 28 au 29 avril.

Cependant, grâce à "HILAIRE" et à l'organisation S.O.E. qu'il représentait dans une bonne partie du sud-ouest, c'est plus d'un millier de maquisards qui ont pu être armés au 6 juin 1944. Pour autant l'officier britannique ne semble pas se préoccuper de recrutement (1); d'autres l'ont fait pour lui à Condom et dans le canton de Montréal qui rejoindront à l'annonce du débarquement la place forte de Castelnau-sur-l'Auvignon.

(1) Les dirigeants "civils" de la résistance ont prêté à "HILAIRE" la volonté de mener une politique personnelle. Ces assertions ne nous paraissent pas fondées.


 

LA LUTTE OUVERTE

 Les oreilles collées contre leur récepteur, selon l'habitude, les auditeurs de la radio anglaise ne manquent pas de remarquer au soir du 1er juin 1944 l'extraordinaire multiplication des "messages personnels" : près de 200. Mais qui peut savoir qu'il s'agit des phrases d'alerte, préludant au débarquement tant attendu des Alliés sur les côtes de France?

L'avant-veille pourtant, entre deux fanfares militaires, la B.B.C. rééditant ses recommandations du 12 mai, avait mis les Français en état d'alerte, prêts à prendre part au "soulèvement national". Le message adressé à la R.4 "Messieurs faites vos jeux" n'est connu que de quelques responsables, "HILAIRE" certainement, tant il apparaît que seul les messages dits d'exécution sont restés dans la mémoire collective. Ceux-ci sont diffusés le 5 juin à 21 heures 15 par la B.B.C. Ils indiquent aux responsables des réseaux et des groupes que l'heure a sonné d'agir. Pour chacun des objectifs précis sont désignés qui doivent maintenir la dispersion des forces allemandes et ralentir la montée des renforts vers le front ; sabotage des voies de chemin de fer (plan vert), des télécommunications (plan violet), des routes (plan tortue), opérations de guérilla. Au réseau WHEELWRIGHT de "HILAIRE", revient plusieurs messages tant sa zone d'action est vaste dont "il a une voix de fausset", la phrase conventionnelle qui pour les adeptes gersois du S.O.E. signifie le déclenchement de la guérilla.

Les messages suivants s'adressent aux autres formations armées de la Région de Toulouse (R4.) : "Véronèse était un peintre" signifiant le déclenchement du plan vert; "Le père La Cerise est verni" ordonnant les opérations de guérilla contre l'ennemi.

Ces phrases convenues depuis fin avril 1944 ont été diffusées, au Corps Franc POMMIES en tout cas, jusqu'à l'échelon chef de section. On constate que le secret a été bien gardé car les Allemands, sauf erreur, ne les ont jamais connues en dépit des nombreuses arrestations opérées entre temps.

A la même date du 5 juin, en fin d'après midi, une équipe de trois hommes du réseau MORHANGE, avec le concours de A. MONTEILS, le meunier de Biran, exécute en pleine rue Gambetta à Auch le jeune BERTHOUMIEU, complice des Allemands et leur guide dans les arrestations qu'ils ont opérées jusqu'alors. Déjà, le 16 mars dernier, des agents du même réseau avaient tenté de s'emparer de sa personne mais ils avaient échoué en raison d'une intervention rapide de la Feldgendarmerie. La nouvelle, dès qu'elle est connue dans les milieux résistants, est considérée comme déclenchant les opérations de la lutte ouverte. En fait, il n'y a que pure coïncidence, l'exécution ayant été décidée dans la journée.

Le rassemblement des hommes, au moins pour les petites unités, s'effectue dans la nuit même. Il continue le lendemain et les jours suivants. A bicyclette, en camion ou transportés par cars privés, ceux que l'on appellera dorénavant les maquisards rejoignent les points assignés : des fermes ou des villages isolés, assez loin des centres urbains.

Les armes, fusils canadiens, mitraillettes "Sten", sont tirées de leur cachette, leur fonctionnement vérifié, puis distribuées jusqu'à épuisement du stock. On donne une ou deux grenades, un vieux pistolet aux derniers venus. Certains volontaires sont arrivés vêtus d'effets militaires dénichés on ne sait où. L'enthousiasme règne chez tous les jeunes dont beaucoup n'ont jamais connu la vie en groupe, ni fait le coup de feu.

Les bruits les plus fantaisistes circulent. Ainsi on annonce en plusieurs points du département l'arrivée de parachutistes alliés destinés à renforcer le maquis.

En l'espace de deux ou trois jours, c'est une véritable mobilisation qui se déroule. Le département se couvre de maquis. Les rassemblements par grandes formations ont lieu en divers points :

Région de Lectoure - C.F.P.

à Sempesserre, P.C. du bataillon ERNST ; à Larroque-Engalin, compagnie DELARBRE-CANTALOUP.

Région de Gimont - C.F.P.

à Sainte-Marie, P.C. du bataillon UNBEKANDT "GEORGES" (1), compagnie PAPIN (aviateurs de la D.A.T.) sections "D" LARRAT et RIVAL; à Saint-Sauvy, compagnie GRATTARD.

Quoique excentré le maquis SERIN-GOUZY à Estramiac est rattaché au bataillon UNBEKANDT

Région de Simorre - C.F.L.

Groupe RAYNAUD, grossi d'éléments venant de l'Isle-en-Dodon. Se fixe à Tachoires vers le 10 juin.

Région de Masseube - Mirande - C.F.P.

à Monlaur-Bernet : P.C. du bataillon CERONI "CELESTIN"; à Saint-Médard : groupe DENAT; à Barcugnan : P.C. de la compagnie MARCHAL; à Saint-Ost : section LARTIGAU; à Saint-Michel : section BARBE.

Région de Miélan - C.F.L.

à Saint-Maur : P.C. du bataillon SOULES "SALON"; à "Matagot" sur la R.N. 21 : compagnie SAHUC; à Saint-Christaud : compagnie LARTIGUE; entre l'Isle-de-Noë et Estipouy : compagnie HOFFALT.

Région de Riscle - C.F.P.

à Saint-Mont : P.C. du bataillon de MILLERET "Carnot"; entours de Barcelonne : section de destruction VAXELAIRE; compagnie SARRAUTE-EYCHENNE; compagnie DANGOUMAU. A Izotges : compagnie ALLAVENA. Toutes ces unités ont pour mission de harceler l'ennemi et d'exécuter des sabotages sur les voies de communication et sur les lignes des P.T.T. Le bataillon SOULES doit en plus contribuer à l'insurrection nationale, au cas où elle serait rendue possible, à Mirande.

A Panjas et "Saint-Roch" - C.F.L.

Bataillon de l'Armagnac (Capitaine PARISOT) avec ses services d'intendance, transports, sanitaire, compagnies LUINO (1ère), CRESPIN (4ème), PERES (3ème), corps-franc NEFF, groupe SONNES (Espagnols); à Lubbon (Landes), compagnie ROMAIN (2ème) recrutée dans le condomois; entours d'Eauze : compagnie VINCENT (8ème). Il existe également des sections sédentaires à Nogaro, Plaisance, Riscle. Mission du bataillon de l'Armagnac :

- protéger les terrains d'atterrissage et de parachutages en vue de l'opération "Calife" au cas où le débarquement en Normandie (opération "Overlord") connaîtrait des difficultés;

 - mener des actions de guérilla contre les détachements ennemis;

- neutraliser les éléments miliciens.

A Castelnau-sur-l'Auvignon :

Maquis "Hilaire" comprenant 250 volontaires français commandés par le Capitaine PROST et des guérilleros espagnols commandés d'abord par Julian CARASCO, puis par le chef de l'Union Nationale Espagnole (U.N.E.) pour le Gers Thomas GUERRERO "CAMILO".

En plus de la protection du Colonel anglais et des agents de son service radio notamment, le bataillon dit de Castelnau doit remplir une mission identique à celle du bataillon de l'Armagnac.

A ces importantes concentrations de forces, on doit ajouter les petits maquis FOURES "FONTAN" et PEREGORT "DOMINIQUE" qui nomadisent : le premier autour de Vic-Fezensac, le second dans la région de Jégun. Ils relèvent des C.F.L. et ont en charge la neutralisation des agents de l'ennemi. Le P.C. départemental des forces C.F.L. se trouve à Pessan, chez Auguste SEMPE, ferme du "Basté". C'est de là que partent les ordres en provenance du chef départemental M.L.N. VILA et du chef départemental des F.F.I., TERMIGNON. Les dirigeants régionaux y sont aussi reçus, sans doute DEGON "BOUCONNE".

(1) On y retrouve le gimontois Paul CAZES qui a participé au premier parachutage reçu dans le Gers, le 1er mai 1943.


A signaler des formations à vocation spécialisée, jusqu'alors implantées à Toulouse, qui ont choisi de se fixer dans le Gers pour des raisons d'ordre opérationnel :

Le S.A.P. "Service d'atterrissages et parachutages" dirigé par le Commandant Henri GUILLERMIN "PACHA" ou "ALAIN" officier d'opérations pour la R4. (10 départements), placé sous les ordres du D.M.R. (Délégué Militaire Régional) SCHLUMBERGER "DROITE" ou "BRICE". Devant l'imminence du débarquement, il s'était installé en 1944 à Dému (Château de Labarthe). Puis vers le 15 juin avec son personnel : opérateurs radio, secrétaires décrypteurs, courriers, en tout une dizaine de personnes, il élit domicile sur les recommandations de son responsable Gers, Armand KIRSCHER, à la ferme de "las Cabannes", propriété PEYRABELLE, dans la commune de Fleurance. Il jouit d'un environnement favorable, un fort noyau de résistants existant dans cette localité et dans celle voisine de Saint-Clar (MAURY). Ses moyens radio sont puissants (1), la liaison avec Londres est quotidienne. Sur la fin, la relation est aussi établie avec Alger. Le rôle du S.A.P. est de procurer des parachutages d'armes aux maquis sur des terrains propices, conformes à certaines normes de surface et de sécurité. Cette recherche incombe aux délégués départementaux, en liaison avec la résistance locale. De nouveaux terrains sont reconnus par KIRSCHER "GERMAIN" dont celui de "Iceberg" à côté de Brugnens qui est un terrain susceptible de recevoir des hommes (2). Tous les mois, l'officier régional d'opérations établit un programme de parachutages, distinguant les périodes de lune qui couvrent les deux semaines les mieux éclairées la nuit et les périodes d'interlune pour lesquelles l'équipe au sol dispose d'un appareil de radio-guidage (système "Eurêka"). Selon un rapport du service, la Région de Toulouse a reçu par l'intermédiaire du S.A.P. quelque 150 parachutages, représentant 450 tonnes d'armes.

Le réseau de renseignement "Andalousie", issu de la Confrérie Notre-Dame (C.N.D.) premier réseau de la France Combattante constitué en 1941 par le Colonel "REMY", a transporté son P.C. opérationnel à Savignac-Mona, ferme de "Peyrouset", propriété de François PENENT. Son chef est François BISTOS, dit "Colonel FRANCK". Pour la recherche du renseignement celui-ci dispose de vrais professionnels qui eux-mêmes tirent leurs informations d'agents exerçant une activité professionnelle normale leur permettant d'être renseignés sur l'ennemi. Les uns et les autres constituent de la sorte des U.C.R. (Unités de Combat Renseignements) connectées à un centre d'antennes regroupant les câbles en vue de leur transmission à Londres. Dans cette région de Samatan, comme dans beaucoup d'endroits, la population s'engage corps et âme au service du réseau, prêtant notamment asile aux opérateurs radio qui pour échapper au repérage de la gonio allemande doivent fréquemment changer de lieu d'émission, guidés en tant que de besoin dans la campagne par de courageuses jeunes filles. Les gendarmes de Lombez et de Samatan sont également complices.

(1) Un de ces appareils est déposé au musée de la résistance à Auch.

(2) Effectivement dans la nuit du 6 août 1944 (pleine lune) deux agents "MANEGE" et "CABRIOLE" sont parachutés sur ce terrain.


A l'actif du réseau "Andalousie" doivent être portés les messages qui ont permis l'identification d'éléments de la Division "Das Reich", le bombardement de la poudrerie de Toulouse et peut-être aussi le pilonnage par l'aviation alliée d'une colonne allemande en retraite à Villenouvelle (Haute-Garonne), le 20 août 1944. Afin d'assurer sa sécurité, agissant de concert avec le maquis RAYNAUD, le réseau neutralise, vers le 16 juin 1944, deux agents ennemis venus espionner la résistance. Ils ont été, le soir, kidnappés alors qu'ils s'apprêtaient à reprendre le petit train pour Toulouse à Samatan. Le 14 juillet 1944, le réseau reçoit un parachutage au champ de courses de Samatan. Fort de ses liaisons radio avec Londres, "FRANCK" a pu promettre des envois d'armes au Docteur RAYNAUD. C'est probablement l'anéantissement de son maquis, un mois après son départ en campagne, qui a coupé court à ses projets.

Le commandement territorial de l'O.R.A. distinct de l'O.R.A. - C.F.P. instrument de combat, qui est destiné à prendre en main les affaires militaires de la région au fur et à mesure du départ de l'ennemi et ayant à sa tête le Lieutenant-Colonel Jean de BERMOND de VAULX "GRAVE" (1) est venu se fixer sur les indications du Docteur DEUMIE, de Samatan, vers le 15 mai 1944, à Nizas puis à Pompiac chez le cultivateur Henri DANGLA, aussi maire de la commune. S'agissant d'une fausse alerte, l'état-major rentre à Toulouse au bout d'une dizaine de jours. Le 6 juin, cependant, il reprend le maquis et se porte cette fois à Montaut-d'Astarac où l'accueille, dans une vaste demeure inoccupée, une autre personnalité locale René POUDENSAN. C'est pour se trouver à proximité du P.C. POMMIES que ce lieu a été choisi. Plusieurs officiers qui ont en charge les services habituels d'un état-major font partie de l'entourage de de BERMOND : CATINAUD, CHANSON, de FOURNAS, JOIN-LAMBERT. Le téléphone dont dispose M. POUDENSAN qui le relie à la poste de Saint-Michel, permet en cas de danger de donner l'alerte. Jusqu'au 30 juin, les liaisons avec POMMIES mais aussi avec RAVANEL à Toulouse et le Colonel PFISTER, responsable de l'O.R.A. pour la zone sud et chef hiérarchique de de BERMOND (2) passent par Montaut. A cette date, la situation générale s'étant modifiée, de BERMOND décide de se rapprocher de Toulouse et reporte son P.C. près de Samatan. Ses hôtes sont les mêmes qu'en mai : DANGLA à Pompiac, CLAUZET et PENENT pour les membres de son état-major. Ce sont tous les membres de la famille qui assurent la sécurité rapprochée du P.C. Vers le 15 juillet, ce dernier se déplace à nouveau et réintègre Toulouse afin de mieux contrôler les évènements qui risquent de se précipiter d'un jour à l'autre. Peu après, l'O.R.A. met le commandement territorial à la disposition de RAVANEL, chef régional des F.F.I.

(1) de BERMOND est un cousin issu de germains de Madame PARISOT, née Jeanne de PLACE. Ses fonctions, ou sa parenté, lui vaudront l'occasion de passer en revue, probablement à Avéron-Bergelle, le bataillon de l'Armagnac.

(2) Le Colonel PFISTER se tient à l'hôtel Métropole à Mirande. Il s'y trouvait encore début août 1944, lors d'une entrevue orageuse avec le chef POMMIES qui lui reproche de l'avoir séparé de de BERMOND.


LE MAQUIS PASSE A L'ACTION

Conformément à la mission qu'ils ont reçu, les maquis, chacun dans sa zone d'activité, exécutent des sabotages, qui sur les voies ferrées, qui sur les lignes téléphoniques.

 Ils sont le fait d'équipes ayant reçu une brève instruction sur les explosifs -la formation s'est surtout faite sur le tas- ou comme au bataillon SOULES par des groupes espagnols tout heureux de reprendre le combat. L'explosif utilisé est le plastic, une substance nouvelle fournie en abondance par les parachutages.

Les opérations de destruction débutent dans la nuit du 7 au 8 juin. La voie ferrée Auch-Toulouse est coupée par sectionnement des rails à Aubiet, à Marsan, puis à l'Isle-Jourdain, Monferran-Savès et Gimont. Celle d'Agen l'est à Fleurance et à Castéra-Lectourois. Vers Tarbes, ce sont les ponts métalliques à L'Isle-de-Noë, Mirande, Miélan qui sont endommagés. A l'extrême sud-ouest du département, la ligne Tarbes-Morcenx est prise pour cible ainsi que celle de Riscle-Port-Sainte-Marie. Les coupures sont entretenues car les Allemands obligent la S.N.C.F. à faire réparer les dégâts par ses cantonniers. Par contre, le service des garde-voies qu'ils ont institués pour la surveillance des voies ferrées se révèle totalement inefficace.

Le maquis s'attaque églement aux ponts routiers. Les 26 et 27 juin, on signale la destruction totale ou partielle de plusieurs de ces ouvrages à Arblade-le-Haut, Sainte-Christie d'Armagnac, Dému, Lannepax, Gondrin, Montréal.

L'action sur les télécommunications est non moins vigoureusement menée. Elle démarre à Auch avec le sabotage (équipe RIVAL du C.F.P.) des boîtes de coupures et du central téléphonique de la gare. L'effet destructeur du plastic sur les voies ferrées se retrouve aussi sur les lignes téléphoniques qui les longent. Cependant, des opérations ponctuelles ont lieu à Eauze, à l'Isle-Jourdain, à Riscle, à Nogaro, à Lectoure, parfois à deux reprises différentes. Comme il avait été demandé, la garnison allemande d'Auch se trouve dès lors isolée et ne peut que très difficilement communiquer avec l'état-major de Toulouse ou les garnisons voisines. En fait, les forces d'occupation sont peu importantes à Auch : un état-major de liaison, environ 70 feldgendarmes, auxquels il faut ajouter une bonne centaine de miliciens qui se terrent au lycée de garçons, place Salinis.

La suite va prouver que le danger vient surtout des troupes de passage ou en opérations.

C'est pourtant avec la Milice que le premier accrochage a lieu.

Le 7 juin, en effet, à Saint-Martin-de-Goyne, un dépôt d'armes ayant été signalé aux miliciens de Lectoure, ceux-ci s'en sont d'abord emparé, puis ont attendu l'arrivée des hommes du maquis, qui devaient en prendre livraison. Le guet-apens réussit. Deux résistants, CADEOT et DUMAS, sont appréhendés. Un officier anglais de l'entourage de "HILAIRE", le Lieutenant GRIFFIN, circulant dans les parages, est également capturé. Les miliciens vont le remettre aux Allemands mais libèrent les deux autres. Le Colonel "HILAIRE" n'entend pas en rester là ; le lendemain, il envoie une patrouille à Saint-Martin-de-Goyne qui capture un milicien, lequel, conduit au camp de Castelnau-sur-l'Auvignon, est passé par les armes.

Les engagements auxquels les maquis vont prendre part sont indiqués dans l'ordre chronologique.

Dans la matinée du 8 juin, un groupe du C.F.P. attend au carrefour de Moncassin sur la départementale n°2, une liaison avec le P.C. POMMIES. Mais ce sont des véhicules ennemis qui se présentent, occupés il est vrai par des hommes en bleu de chauffe (1). Quand les maquisards se rendent compte de leur méprise, il est trop tard.

 (1) Une autre fois, les Allemands seront les victimes. Le 24 juin, effectuant une patrouille en civil sur la route de Condom, ils rencontrent un camion de miliciens. Il y a eu un échange de coups de feu et un adjudant allemand a été tué.


 

Le chef de groupe, Roger LACAZE, un gendarme de Mirande enrôlé dans la résistance, est tué, deux hommes sont fait prisonniers. Il y a aussi un blessé qui a réussi à s'échapper ainsi qu'un camarade indemne. A la même date, mais en fin de journée, une troupe de passage se dirigeant vers Tarbes par la R.N. 21 est accrochée au niveau de Saint-Maur par des éléments de la compagnie SAHUC (section BRYARD et RECHOU) assurant la protection du P.C. SOULES. L'engagement est rapide; de part et d'autre en raison de l'obscurité on tire au jugé. La colonne ennemie préfère retourner sur Mirande, où elle passe la nuit. Le lendemain matin, elle reprend sa route. La fatalité veut qu'en repassant à Saint-Maur où elle fouille la campagne, le commandant espagnol PLAZUELO et son adjoint MASSIP transportés par le taxi LABRIFFE de Mirande, ignorants des faits, sont surpris par elle et capturés. Le premier tente d'un bond de s'échapper mais il est abattu presque aussitôt. Les deux autres sont conduits à Tarbes : MASSIP est envoyé en déportation, LABRIFFE excipant de sa qualité de transporteur professionnel peut finalement rentrer chez lui, de même qu'un commissionnaire agenais surpris lui aussi à Saint-Maur. Comme conséquence de l'échauffourrée de Saint-Maur, la compagnie "LARTIGUE" en l'absence de son chef qui se trouvait aux côtés de SOULES, se débande.

Le 10 juin, le corps franc "FABRICE" (FONTAN), d'ordre du P.C. départemental de Pessan est en position sur la R.N. 124 à hauteur de Lahitte. Il doit intercepter le véhicule qui doit, au moins le croit-on, transférer à Toulouse des officiers de la subdivision d'Auch.

A sa place, c'est un important convoi formé de camions qui débouche à la vue des maquisards. Ceux-ci ouvrent néanmoins le feu à la mitraillette et aussi au fusil mitrailleur. Un camion est cloué sur place. FONTAN et ses hommes : ALLAMAN, BOVETTE, CAMES, DEGERT, FIERKOWSKY, LEVY, MEILHAN, RECURT, TESSIER et deux Russes déguerpissent avant que les Allemands se ressaisissent. Un certain nombre peut rejoindre le point de repli prévu à Lussan.

Le 15 juin, une embuscade tendue à Saint-Sauvy sur la R.N. 128 par des éléments de la compagnie GRATTARD tourne mal. Vers midi, une colonne allemande venant de la direction de Mauvezin, certainement informée de la position du maquis a mis pied à terre assez loin pour surprendre totalement les résistants. Il n'y a pas de morts mais trois hommes : BARTHE, BERTAUD, LACROIX sont faits prisonniers et déportés en Allemagne après avoir été incarcérés à Auch puis à Toulouse. Trois jours après, les Allemands reviennent fouiller le village de Saint-Sauvy ainsi que celui d'Aubiet. La population en est quitte pour une grande peur.

Le 17 juin, une voiture allemande de liaison est prise en chasse aux abords de Fleurance et immobilisée. On sait qu'un des militaires a été blessé.

Le 19 juin, une troupe allemande basée à Beaumont-de-Lomagne tente d'investir le maquis des "Gilabers" à Estramiac. Mais, prévenus à temps, les maquisards ont pu s'esquiver. Cependant, un voisin, Gustave TOUERY, soupçonné non à tort de les aider, est emmené et retenu plusieurs jours à Montauban.

Le 21 juin, a lieu le combat de Castelnau-sur-l'Auvignon. Depuis la veille, une importante troupe allemande, plus de 500 hommes appartenant à la 189ème division d'infanterie de réserve, partie de Montauban, est en opération dans la région. Vers 8 heures 30, une fusillade est entendue du côté de La Romieu. L'alerte est aussitôt donnée. Le Colonel "HILAIRE" fait évacuer les civils du village. Par radio, il informe Londres de l'attaque qui se prépare. Les guérilleros espagnols placés aux avant-postes font de leur mieux pour retarder la progression ennemie. Le corps franc du Lieutenant LALANNE, les hommes de la 2ème compagnie et de la compagnie des services -pour la plupart c'est le baptême du feu- se battent avec courage mais doivent céder peu à peu devant la pression de l'adversaire qui utilise des mortiers et des mitrailleuses lourdes. Cependant, la majeure partie du parc automobile emportant matériel et premiers blessés a pu quitter le village avant la chute des obus. Mais vers 12 heures 30, les assaillants sont aux abords de l'agglomération. L'arrière-garde des Espagnols et le Corps Franc s'efforcent de les contenir pour permettre au Capitaine BLOCH de préparer la destruction du dépôt d'explosifs qui se trouve dans la vieille tour près de l'église. Alors que le village est entièrement occupé par les Allemands, le dépôt saute, décapitant la tour. La chute des pierres cause des pertes à l'adversaire (un corps allemand sera retrouvé en 1945 au moment du déblaiement des ruines).

Les maquisards évacuant la place, se sont portés au château de Gensac puis à celui d' Auriole, selon les ordres donnés au moment du repli. Protégés par un renfort de 200 hommes qu'a conduit PARISOT en personne, les effectifs franco-espagnols sont recueillis par le bataillon de l'Armagnac au camp de Maupas. Il se séparent le lendemain : les Français s'installent à Lannemaignan, les Espagnols à Montégut (Landes), "HILAIRE" reste aux côté de PARISOT.

Le combat de Castelnau a coûté la vie à 4 combattants français et à 7 Espagnols. Il a fait 25 blessés, plus ou moins atteints mais tous ont pû être soignés dans de bonnes conditions; 2 civils ont été tués. Les Allemands ont fait aussi 4 prisonniers conduits à Auch. Le gendarme BOURRUST, qui s'est activement employé à la défense du village et a été blessé, est de ceux-là. Il est porté à l'hôpital d'Auch mais en est enlevé peu après par MONTEILS de Biran avec la complicité du personnel hospitalier. Un des prisonniers, Louis PROUADERE est fusillé à la caserne Espagne lors du départ de la troupe allemande, les deux autres sont relâchés.

Côté adverse, on note de façon certaine 17 blessés dont 4 décèderont par la suite. L'attaque allemande a permis la libération de 9 des leurs faits prisonniers à Riscle, le 11 juin, ainsi que d'un certain nombre de miliciens détenus dans l'église de Castelnau.

L'attaque du maquis de Castelnau marque une étape dans le combat que se livrent les forces de la résistance et les Allemands. Ceux-ci, tout en conservant la crainte du maquis, se sont ressaisis. D'importants "Kampfgruppe" ont été constitués qui se mettent à la recherche des maquis pour les combattre. Les déplacements de l'ennemi ne se font plus que puissamment protégés. Il devient périlleux d'attaquer ces convois.

Du 20 au 27 juin, un bataillon de sécurité de la Wehrmacht occupe la ville de Mirande. Les militaires se livrent à la recherche de résistants dont les noms sont en leur possession et à des visites domiciliaires. Ils fouillent aussi la campagne à la recherche du maquis, capturent de la sorte le chef de compagnie HOFFALT, qui peu avant, sur l'ordre de son chef de bataillon, avait congédié ses hommes. Durant cette période, le 23 ou 24 juin plusieurs fermes sont incendiées, soupçonnées de prêter asile aux maquisards, à Chélan, à Cuélas et à Ponsan-Soubiran.

A la même époque qu'à Mirande, la ville de Lombez est elle aussi occupée par une troupe allemande. Plusieurs personnes sont arrêtées puis relâchées. Les plus impliquées dans la résistance, André DELTOUR et le Docteur RAYNAUD, ont par contre échappé aux investigations.

C'est également Condom qui le 26 juin, suite à l'affaire de Castelnau-sur-l'Auvignon, est contrôlé par les troupes d'opération. Diverses personnes sont interpellées, plus ou moins complices de la résistance.

Un autre affaire, celle d'Astaffort, qui a vu s'affronter le maquis et la milice puis les Allemands, le 13 juin, a été la cause probable du mitraillage, deux jours après, de l'hôpital de Lectoure où ont été transportés, par les soins de la Croix-Rouge, les corps des victimes.

La réaction ennemie était prévue dans les plans du haut commandement. En effet, le plan "K" du Général KOENIG, commandant en chef des F.F.I. a prévu le repli dans les Pyrénées des maquis qui sous la pression ennemie ne pourraient plus tenir en plaine (Maquis "Béarn"). Londres, de son côté, n'a pu fournir les parachutages escomptés depuis le jour "J", en raison de la priorité donnée aux opérations de Normandie. Aussi, le chef POMMIES dès le 16 juin a-t-il prescrit de nouvelles dispositions à ses troupes, pour prendre effet le 23. Beaucoup d'hommes sont renvoyés dans leurs foyers, provisoirement. Il est prévu des "maquis mobilisateurs" qui doivent regrouper les volontaires au fur et à mesure que les moyens le permettront. D'autre part, le Corps Franc est réorganisée en brigades en vue de l'occupation du maquis Béarn. En fait, les unités de l'O.R.A. si elles commencent leur mouvement de repli ne vont pas atteindre le massif pyrénéen. Leurs effectifs épurés de moitié, elles reçoivent de nouvelles missions à compter du 1er juillet.

C'est ainsi qu'il revient à la brigade DERINES "LE MAGNY", formée en Lot-et-Garonne et qui se glisse dans le Gers "de se couvrir vers Auch" en isolant cette ville à l'est du Gers. De son côté, la brigade MILER "MALARD" qui ne comprend pour l'instant que deux petites compagnies, MARATIER "MARTIN" et GRATTARD "ROBBE", entre dans notre département par le sud-ouest début juillet. Elle se voit confier une mission de sabotage des voies ferrées et des télécommunications ainsi que le harcèlement sur les axes de circulation afin d'isoler Auch à l'ouest.

Un mois après le débarquement, les principales forces militaires de la résistance restent le Corps Franc POMMIES, autrement composé, et le bataillon de l'Armagnac qui garde solidement l'ouest du département. Parmi les unités non démobilisées, on compte surtout le maquis RAYNAUD des C.F.L. et le groupe F.T.P. que l'on qualifiera d'autonome du Commandant GASTON, basé à "Heux" dans la commune de Larroque-sur-l'Osse. Le P.C. SOULES, dans l'attente d'une nouvelle mobilisation s'est réinstallé au château de Saint-Jean à Saint-Arrailles.

Les opérations de guérilla continuent, de même que les actions de contre-guérilla déclenchées par l'adversaire peu soucieux des conventions de Genève dans leur déroulement comme dans leurs suites. Elles sont, comme précédemment, données dans l'ordre chronologique.

Le 3 juillet, engagement à Estang : le P.C. PARISOT est informé dans la matinée qu'un détachement occupe Cazaubon et se livre à des arrestations au centre d'accueil du Bégué (Israêlites). Le Capitaine MOREAU avec l'effectif d'une section est envoyé tendre une embuscade, à la sortie de Cazaubon sur la R.N. 626 vers Labastide. Le commandant du bataillon, PARISOT en personne, avec une autre troupe cherche à aborder Cazaubon par le sud. Il est retardé par des incidents mécaniques mais a dépassé néanmoins Estang quand il est au contact de la colonne allemande. Bien que sa position soit défavorable, il engage le combat qui dure trois heures. L'ennemi finit par pénétrer dans le village où il prend huit otages qui sont fusillés sur la route de Cazaubon. Trois gendarmes de la brigade locale vont être déportés. Plusieurs maisons sont incendiées.

Pertes amies : 2 tués, un prisonnier fusillé avec les otages; 2 victimes civiles pendant le combat et l'occupation du village;

Pertes ennemies : 9 tués, 21 blessés dont 2 mortellement.

Après le combat et l'exécution des otages, le convoi allemand part vers Labastide mais est arrêté au soir à Mauléon par une embuscade tendue depuis le camp de Lannemaignan. Il ne progressera vers Lannemaignan que le lendemain, protégé par une couverture aérienne venue de Mont-de-Marsan. Le cantonnement du maquis est bombardé. Un volontaire espagnol y trouve la mort.

Le 6 juillet, embuscade de Castéra-Verduzan. Un détachement F.T.P. d'une dizaine d'hommes commandé par "GASTON" surprend un convoi allemand rentrant de Condom où il a été retirer de l'armagnac. Les maquisards se sont postés sur le pont de la voie ferrée qui enjambe la R.N. 130 et ont fait feu sur les véhicules de tête. Le commandant allemand de la place d'Auch qui se trouvait en tête de la colonne, est grièvement blessé.

Un chauffeur civil, réquisitionné pour tranporter les Allemands, est tué. Les F.T.P. ont quitté leur position sans pertes. 

Le 7 juillet, tragédie de Meilhan. Le maquis du Docteur RAYNAUD a établi son cantonnement depuis la dernière semaine de juin à Villefranche d'Astarac, quartier de Lasseube (on dit Meilhan parceque ce village est le plus près du maquis) dans deux fermes vacantes "Le Priou" et "Larée". Tous les jours de nouveaux volontaires viennent pour s'engager. Le Docteur RAYNAUD a bon espoir de les armer tous car le 3 juillet, il a eu la visite du major américain FULLER qui lui a promis des parachutages. Ceux-ci arriveront d'ailleurs mais trop tard. Mais déjà le maquis n'a-t-il pas été repéré? Un avion allemand, affirme-t-on, a survolé la région et lancé des tracts invitant les maquisards à rendre les armes. RAYNAUD est prévenu du danger qu'il court spécialement par VILA qui doit tenir le renseignement de source sûre. D'autres émissaires apportent la même information et le 6 juillet au soir le camion du maquis est chargé pour faire mouvement le lendemain. Dans la journée, un homme du maquis, enfreignant les ordres, qui voulait se rendre à Lannemezan, a été pris dans un barrage allemand à l'entrée de cette ville. Emmené à la maison POUY où une troupe de répression a fixé son P.C., traité durement, il donne selon toute vraissemblance l'emplacement de son groupe. Mais ces révélations ne changent rien car on sait à présent que l'attaque du maquis était inscrite dans le plan d'opérations du 116ème bataillon de grenadiers, chargé des actions dans le secteur.

La formation allemande comprend trois compagnies de combat et une compagnie d'engins avec mortiers et mitrailleuses lourdes, en tout 800 hommes au moins et une quinzaine de camions. C'est probablement à Castelnau-Magnoac, qu'elle se scinde en deux éléments, l'un continuant vers Masseube (où elle aurait marqué une certaine hésitation à cause de Miélan, graphie voisine du lieu à atteindre) descend des camions en deçà du village de Meilhan et en formation de combat se dirige vers la Lauze par un chemin de terre, tracé sur la carte au 50 000ème. Elle est à pied d'oeuvre sans encombre, du reste favorisée par la brume matinale. Compte tenu de la configuration du terrain, c'est certainement cet élément qui a tiré au mortier les premiers coups au but.

Le détachement qui a suivi la vallée de la Gimone est heureusement aperçu à temps par M. LAFFORGUE de Gaujan, riverain de la route départementale chez qui RAYNAUD a passé une bonne partie de sa clandestinité. Il ne peut pas deviner que cette troupe ennemie se destine à l'attaque du maquis car ce n'est pas la première fois que des convois allemands circulent sur la route. A titre de précaution, il dépêche néanmoins son fils Jean-Louis au "Priou". Celui-ci enfourche sa bicyclette, court au village de Gaujan sans rencontrer d'Allemands. La plupart des camions sont déjà passés; ils ont atteint le village de Villefranche et de là, pris la route de Meilhan. Le jeune LAFFORGUE, abandonnant son vélo, s'élance à travers champs en direction du maquis. Il informe d'abord Félix PERI qui, à son tour, prévient RAYNAUD et ses compagnons du P.C. A ce moment-là, l'homme de garde LECOQ dit "PETIT-JEAN" rend compte que des bruits de moteurs sont entendus du côté de Lasseube. Le camp est mis en alerte; l'équipe au fusil mitrailleur (DESGROUSILLERS, CHAUNU, les frères LAVACHE) envoyée en reconnaissance ne tarde pas à apercevoir, vers le nord des soldats ennemis qui s'installent en base de feu. Jean-Louis LAFFORGUE se trouve sur le chemin du retour quand, débouchant du bois du "Priou", il aperçoit à son tour un groupe d'Allemands qui lui fait face. Il dévie alors son itinéraire, s'arrête à la ferme GOUAU. Les Allemands l'ont vu et l'un d'eux pénètre dans la maison. Ses occupants se terrent dans la cuisine, en proie à une vive émotion. A ce moment-là, le témoin entend une fusillade qui vient de s'engager du côté du maquis, puis une violente explosion qui secoue l'habitation. On sait qu'il s'agit du camion sur lequel étaient chargées les munitions en vue du départ. Un obus de mortier l'a littéralement pulvérisé tandis que le feu se communiquait aux bâtiments de la ferme rendant la position intenable.

Il est impossible de connaître les péripéties du combat, faute de témoignages probants. Les rescapés, préoccupés de se couvrir, n'ont eu que des vues partielles de l'attaque et de la défense.

Le Commandant MARCELLIN, adjoint militaire du Docteur RAYNAUD, a pris en main un fusil mitrailleur et a dirigé son tir, masqué par une haie retrouvée hachée, en direction de Lasseube. 

Puis, suivi par son fidèle compagnon BOUET, il a cherché une voie de salut vers le bois du "Priou" mais déjà infesté de soldats ennemis. Aussi, sont-ils abattus dans le ruisseau dit de "La Lère".

A la ferme "Larée", la situation n'est guère meilleure. Ses occupants semblent avoir cherché, par un réflexe naturel, à se cacher dans le bois voisin d'où les Allemands venant de l'ouest les auraient découverts puis reconduits à la ferme et fusillés contre le mur.

Le feu a été mis aux bâtiments d'où l'on sortira quatre cadavres calcinés, difficilement identifiables. C'est dans cette partie de la zone d'opérations que sont pris les otages arrachés à leur famille et fusillés au "Priou" par simple mais horrible vengeance.

Le combat n'a guère duré plus de deux heures. Les Allemands, au coup de sifflet, se sont rués sur le mamelon du "Priou" s'acharnant sur les blessés avec sauvagerie, comme en témoignent les photos prises par la Croix Rouge. Puis, ils ont fouillé les alentours d'où ils ont pu débusquer quelques maquisards qui n'échapperont pas à la tuerie. Ils ont emmené trois hommes à Lannemazan, on ne sait pourquoi, sinon pour les fusiller en soirée, au lieu-dit "le Pont d'Espagne". Le compte rendu allemand (archives du groupe d'Armées "G") indique 60 morts dont 52 dénombrés (sic). D'autre part, il fixe à 75 hommes l'effectif du maquis. La source de renseignement n'est pas mauvaise mais légèrement ancienne car elle ne tient pas compte des recrues arrivées peu avant le combat. Les chiffres établis par l'amicale du maquis de Meilhan sont les suivants :

Maquisards tués : 67 - Otages fusillés : 4 - Prisonniers exécutés : 3 (en fait 4) - Total : 74.

Par ailleurs, elle dénombre 17 rescapés. Il est permis d'en ajouter 3 de plus d'après de nouveaux témoignages ce qui donnerait un effectif d'une centaine de maquisards, compte tenu des absents à ce moment là pour raison familiale ou autres.

Le 14 juillet, embuscade de "Saint-Jean-de-Bazillac" (commune d'Ordan-Larroque) : une douzaine de volontaires appartenant à la compagnie FRANCOT du C.F.P., cantonnant dans les environs, se placent de très bonne heure près de la côte de la Hurée, sur la R.N.124 à 7 kilomètres d'Auch vers Vic-Fezensac. Vers midi seulement, un convoi ennemi de six camions et des véhicules légers se présente, précédé d'un motocycliste. C'est une troupe d'environ 80 hommes qui doit attaquer le maquis PEREGORT à Antras. Les maquisards font feu de toutes leurs armes au passage des premiers véhicules sans se douter que d'autres suivent assez loin en arrière. L'ennemi riposte de son mieux, appuyé par les éléments de queue qui tentent de contourner l'embuscade. L'ordre de repli donné par le chef HENON n'atteint pas trois hommes qui pris sous la mitraille ont trouvé refuge sous un ponceau partiellement éboulé et où, par une chance inouïe , les Allemands ne les découvriront pas. Le maquis déplore un mort atteint au cours du repli, le chasseur BRU, inhumé le lendemain au cimetière de Saint-Jean-de-Bazillac.

Les Allemands admettent la perte de leur éclaireur motocycliste, un adjudant de la Feldgendarmerie. Mais on sait par les maquisards bloqués sous le ponceau qu'ils eurent à charger des blessés.

D'autre part, l'opération ennemie contre le groupe C.F.L. PEREGORT fait chou blanc par suite d'une confusion des lieux et l'évacuation à temps de la position tenue par le maquis.

Avant de partir, le soir, les Allemands ont dressé des barrages dans le bourg de Jégun. Sur l'un de ceux-ci vient buter le chef MARATIER du C.F.P. qui transporte un suspect dans sa voiture automobile. Ne pouvant se dégager, il est contraint de sauter les remparts. Le suspect, un apprenti gangster, est alors capturé par les Allemands ainsi que le maquisard SPOHR qui en sautant s'est foulé la cheville. Ils sont tous deux emprisonnés à Toulouse jusqu'au 20 août 1944.

Le 15 juillet, échauffourée à "Héréchou" (Commune de Faget-Abbatial) : le véhicule de tête de la section de FUMEL "PIGNADA" du C.F.P. en déplacement de Barran à Gaujac tombe sur un convoi allemand circulant sur la départementale 40 qui le prend sous son feu. La voiture du maquis peut faire demi-tour mais un des occupants, le jeune SCHREYER est tué.

C'est la même colonne de passage dans la région et non signalée qui appréhende à Faget-Abbatial le chef TERMIGNON et son chauffeur MONTEILS. Ils ont été faire une visite au gendarme BOURRUST caché à la campagne depuis son évasion de l'hôpital d'Auch et rentrent au P.C. départemental de Pessan, par des voies détournées il est vrai. Ils sont pressés de questions notamment sur les objets qu'ils transportent dont de la toile de parachute. Mais l'histoire qu'ils inventent -ils apportent ces trophées à la Kommandantur- ne convainc guère les militaires qui les conduisent à Montauban et de là, à la prison Saint-Michel à Toulouse.

Le chef départemental des F.F.I. étant aux mains de l'ennemi, le Comité de Libération propose pour le remplacer le Commandant LESUR, jusqu'alors faisant fonction de Sous-Préfet délégué à la Préfecture du Gers, que l'on sait favorable à la résistance. En qualité d'officier de liaison, il a nécessairement des rapports de service avec l'Etat-Major allemand d'Auch. Il est nommé dans les jours qui suivent commandant départemental des F.F.I. dans le département du Gers par le chef régional RAVANEL.

Le 26 juillet, embuscade de Leboulin : un groupe de 7 hommes du C.F.P. appartenant à la compagnie de FUMEL, dépêché de Sabaillan, attaque à la grenade et au fusil mitrailleur un convoi allemand circulant sur la R.N. 124. Le chef WOLYNSKY a disposé les éléments d'attaque sur un tertre boisé dominant la route, qui à cet endroit forme un virage très prononcé. Le choc est d'une grande violence. "Gammons" et "Mills" (grenades américaines) s'abattent sur le premier et le second camion; cependant, les occupants du troisième sautent à terre et prennent l'embuscade de flanc. Les maquisards se replient en hâte mais trois des leurs tombent sous le feu nourri des poursuivants.

Pertes de l'ennemi (d'après son propre compte rendu) : 3 tués, 6 blessés dont 2 grièvement.

Le 26 juillet, opération allemande à Viella contre le P.C. MILLERET "CARNOT" du C.F.P. Une forte colonne venant de Pau, commence par abattre deux hommes du maquis au croisement d'Aurensan. Scindée en plusieurs éléments, les uns ratissent la campagne à la recherche des maquisards, d'autres continuent leur route avec pour objectif le bourg de Viella. Il est important de préciser que ce jour-là le commandant de brigade MILLERET a convoqué pour une réunion ses chefs de compagnie à Viella. Deux hommes attendent à la ferme LABARRERE sur la route de Saint-Mont, le lieutenant ALLAVENA "AUTERIVE" qui doit arriver de Lasserade où cantonne son unité. Ils sont surpris par l'irruption de la colonne ennemie. Le premier, DARRICAU, est tiré à vue et tué; son compagnon VARINI est capturé, emmené par les Allemands. On ne sait ce qui s'est passé mais son cadavre sera retrouvé plusieurs centaines de mètres plus loin dans un champ. La liaison disparue, la voiture d'ALLAVENA va nécessairement tomber sur les Allemands.

Des groupes de militaires battent les environs. Ils cernent plusieurs maquisards dont le chef TISON dans un bosquet. Ceux-ci se rendent, sauf deux espagnols : l'un SANCHEZ RODRIGUEZ s'échappe par un fourré, l'autre SERRANO, continue à se battre mais tombe mortellement blessé. La ferme BELLARDE, siège du P.C. MILLERET réduit heureusement à quelques membres, est également cernée mais ses occupants ont été avertis quelques instants auparavant par des hommes de la brigade. Les propriétaires et le Capitaine DANGOUMAU s'acharnent à faire disparaître armes et documents. Les Allemands ne s'en saisiront pas. Par contre, ils alignent contre le mur les époux BELLARDE, DANGOUMAU et le jeune ABADIE. Ces deux derniers sont emmenés au village de Viella, point de regroupement de la troupe. L'officier des détails de la brigade, Louis DURRIEUX, a voulu se cacher dans le chai de la ferme mais il y a été trouvé et un soldat l'a abattu d'une rafale. Pendant ce temps, un autre échelon de militaires progressait plus au sud, toujours en direction de Viella, se guidant à la carte, alors que plusieurs habitants, ramassés dans le quartier, sont entre leurs mains et qu'ils utilisent comme portefaix.

 Tous les hommes capturés ou appréhendés dans la matinée sont rassemblés sur la place de l'Eglise à Viella. Les Allemands restent en éveil dans l'agglomération.

L'après-midi, les détenus sont conduits dans la cour du notaire Maître MAUR où un tri se fait. Les gens du pays après avoir été sermonés par l'officier sont relâchés. DANGOUMAU et ABADIE parviennent à se disculper, grâce à des papiers professionnels. Mais ALLAVENA, DERIT, DUFAURE, GLANDAZ, LANINE, MENDOZA et TISON qui n'ont aucun moyen de défense sont emmenés au lieu appelé "Le Pedouen", extraits du camion puis mitraillés, sans doute au hasard car leur corps sont retrouvés disséminés.

MILLERET, par chance, ne se trouvait pas le matin à son P.C. ayant passé la nuit chez M. WINTREBERT. Lorsque les camions allemands montant la côte de "Maoudy" ont été aperçus, il s'est empressé de gagner les couverts et ne reparaîtra que le soir.

L'affaire de Viella a des prolongements du fait de la capture d'ALLAVENA et de ses compagnons. L'un de ceux-ci, Gérard SCHMIDT, a échappé au peloton d'éxécution mais est contraint de conduire les Allemands à son maquis de Lasserade. Le contact est pris avec celui-ci qui accepte l'offre que lui fait l'officier de la Wehrmacht : les hommes seront désarmés mais repartiront saufs. On devine le drame si sa proposition avait été refusée. Conformément à la promesse du commandant allemand, les hommes peuvent repartir chez eux sans être autrement inquiétés. Deux maquisards toutefois, sont gardés pour conduire les camions saisis au cantonnement. Quelques jours après, ils réussissent à s'esquiver.

Précisons que dans la matinée du 26 juillet, de l'aide avait été demandée par MILLERET au bataillon de l'Armagnac. Vers midi, un fort détachement avec PARISOT à sa tête est parti d'Avéron-Bergelle dans l'intention de tendre des embuscades à la colonne allemande lors de son repli. Aux approches de Viella, il apprend que l'ennemi est fortement concentré dans la localité. Aussi estime-t-il plus prudent de ne pas engager le combat. En soirée, toutefois, ils interceptent un camion et la roulante venant de Pau pour ravitailler la troupe allemande qui doit passer la nuit à Viella. Dans l'engegement, un chauffeur du bataillon de l'Armagnac, Louis SENSEBY, est mortellement atteint. L'ennemi perd deux hommes et a des blessés.

La brigade CARNOT subit d'autres attaques, soit par les Allemands cantonnés à Aire-sur-Adour, soit par la garnison de Mont-de-Marsan :

Le 2 août, à Bernède : opération visant à nouveau la capture de MILLERET qui a passé la nuit au château de Galaubon en compagnie de DANGOUMAU. Le petit poste de surveillance placé à l'avant donne l'alerte suffisamment tôt pour permettre aux deux officiers de s'échapper. Mais les deux hommes de garde, ANFRAY et MARIOLE, sont tués. Les Allemands, d'autre part, mettent la main sur le parachutage reçu peu avant et entreposé dans une dépendance du château.

Le 6 août, au Houga : vaste opération de police. Le bourg est cerné le matin de très bonne heure. L'hôtel LAFONTAN est particulièrement visé. Y couche en effet un responsable de la résistance de Mont-de-Marsan, Henri THIBAULT, qui est aussitôt appréhendé de même que les autres clients de l'établissement. Plusieurs habitants du village sont également gardés à vue. Vers le milieu de la matinée, THIBAULT dont le compte est bon, une arme ayant été trouvée sur lui, est conduit au bois de Bascaules où campent les éléments de la compagnie CLAVERIE rattachée à la brigade "CARNOT". En chemin, deux hommes du maquis, FARINE et LABASTIE, trompés par le brouillard, sont eux aussi capturés. Dans le bois, l'alerte est donnée par la sentinelle, un Tchèque déserteur de l'armée allemande, passé à la résistance. Ses camarades, dès lors, peuvent s'enfuir mais l'homme de garde, grièvement blessé, est fait prisonnier. THIBAULT, FARINE et LABASTIE sont fusillés sur place. Au Houga, l'hôtel LAFONTAN est dynamité. Sa propriétaire ainsi que les autres personnes arrêtées sont emmenées à Mont-de-Marsan, puis transférées au fort du Hâ à Bordeaux où elles resteront jusqu'à la libération de la ville.

 Le 11 août, à Mirande, coup de main sur une voiture allemande, précédant un convoi qui est prestement attaquée par un commando improvisé. Il est fait un prisonnier, d'origine algérienne.

Le 15 août, à Pessan : attaque du convoi de la Milice fuyant le département. La résistance savait depuis la veille que les miliciens avec les membres de leur famille allaient quitter Auch car ils avaient demandé aux Ponts et Chaussée la fourniture de véhicules lourds pour assurer le transport. Des embuscades avaient été tendues sur la route de Toulouse mais en vain. C'est finalement une section C.F.P. de la compagnie de FUMEL "PIGNADA", posté à la côte de Lartigolle, sur la R.N. 626, qui intercepte le convoi vers 10 heures. Sous le coup de la première grenade, la colonne stoppe, les miliciens se répandent sur les bas-côtés, ripostant au jugé. Le responsable de l'embuscade estime qu'il ne peut se maintenir devant le nombre de miliciens et ordonne le repli.

La Milice croyant avoir affaire à d'importantes forces du maquis fait appel aux Allemands qui refusent leur aide. Aussi décide-t-elle de retourner à Auch. L'après-midi, elle repart par la R.N. 124, protégée par un détachement de la Wehrmacht qui est venu chercher les femmes de la Kommandantur. Mais le convoi tombe sur un barrage dressé par le maquis aux "Verdales" près d'Aubiet. Les miliciens, furieux, incendient la ferme voisine.

Le convoi allemand qui vers midi était passé à Gimont s'est mis à la poursuite de maquisards du groupe MURGUET (C.F.P.) opérant une réquisition de voiture automobile. Deux sont tués : Roger LECHES et André TAILLEFER ainsi que le jeune Bernard SEGUIN de la localité. Les Allemands prennent deux otages pour poursuivre leur route.

Le 16 août, à Bellegarde-Adoulins, embuscade tendue par un groupe C.F.P. de la compagnie de FUMEL "PIGNADA" à un convoi allemand mais arrivant d'une direction opposée à celle prévue. L'engagement a lieu dans de mauvaises conditions mais se révèle meurtrier pour l'ennemi. Le maquis perd deux hommes, CADIOU et METEL. Une partie de ce convoi rentrant sur Auch est pris à nouveau à partie par un autre groupe C.F.P. de la compagnie GRATTARD aux lacets de Miramont. Deux maquisards : le chef de groupe CASSE et le jeune CARPI sont tués. Ce jour-là, dans son compte rendu, l'ennemi fait état de 5 tués.

LES OPERATIONS DE LA LIBERATION ET LA BATAILLE DE L'ISLE-JOURDAIN

Le 15 août, la 7ème Armée américaine et l'Armée B (future 1ère Armée française) du Général de LATTRE de TASSIGNY ont débarqué en Provence (opération "Dragoon"). Dès lors, les évènements vont aller très vite.

Le nouveau chef départremental des F.F.I., le Commandant LESUR "MARCEAU" a sous ses ordres directs les bataillons C.F.L. reconstitués, SOULES "SIMON" (sud du Gers), DORBES "BERTRAND" (est du Gers) et celui de GIRAL "PROSPER" (nord du Gers) nouvellement mis sur pied grâce à d'importants parachutages reçus dans la région de Fleurance.

Lui sont également subordonnés, en principe tout au moins : le bataillon de l'Armagnac, qui tient l'ouest du département, les F.T.P. de "HENRI" et de "GASTON", les guérilleros espagnols de "CAMILLO", ainsi que les formations du C.F.P. se trouvant dans sa zone d'action.

Cependant, on ne connaît pas les intentions de l'ennemi dont les effectifs comprennent, outre le personnel de la Kommandantur et la Feldgendarmerie, une compagnie de sécurité évaluée à 200 hommes qui se tient à la caserne Espagne à Auch.

Le 17 août, a lieu à Avéron-Bergelle, où stationne le bataillon de l'Armagnac, une conférence d'Etat-Major des F.F.I.. Le chef régional, le Colonel RAVANEL y assiste en personne. Ne sachant pas ce que vont faire les Allemands, il est décidé de les attaquer là où ils se trouvent c'est-à-dire dans la ville d'Auch. Les officiers de la mission JEDBURGH (un Américain, un Canadien, un Français) parachutés depuis quelques heures entre Bouzon-Gellenave et Bétous et dont la fougue est indiscutable, ne sont pas les derniers à approuver ce plan. Le Commandant LESUR, soutenu par VILA, est plutôt réservé quant à la suite de l'opération. Dans une note, il fait respectueusement observer au chef régional que les Allemands sont encore forts alors que les moyens F.F.I. sont, somme toute, limités.

Il craint que les garnisons voisines volent au secours des assiégés sur simple appel radio de leur part. Il redoute également que la ville d'Auch n'ait à subir une rude épreuve.

Le 18 août, à 17 heures 30, il lance néanmoins un ordre d'opérations en vue de resserrer l'investissement de la ville d'Auch, adressé simultanément aux formations C.F.P., C.F.L., F.T.P. et aux Espagnols. L'attaque de la garnison est prévue pour le dimanche 20 août. Il appartient au corps franc du bataillon SOULES, commandé par le Lieutenant TACZANOWSKI, de la Légion Etrangère, de s'infiltrer dans la ville le premier.

Mais les Allemands ont reçu l'ordre de se replier sur Toulouse où ils doivent rejoindre le gros des troupes d'occupation.

Quand le 19 août, un samedi matin, l'officier de renseignements du bataillon de l'Armagnac, le Commandant FOURNIER, vient à Auch pour juger de la situation, il constate que les Allemands sont prêts à quitter la ville. Il a pu apercevoir leurs véhicules alignés à la caserne Espagne. Confirmation lui en est donnée aux Ponts et Chaussée auxquels les Allemands se sont adressées pour connaître les itinéraires exempts de destruction pour gagner certainement Toulouse.

Le dispositif F.F.I. est alors changé en toute hâte. Les notes du chef départemental se succèdent d'heure en heure. Le bataillon de l'Armagnac, aux ordres de son chef PARISOT, se met en mouvement vers 13 heures. Il forme deux colonnes l'une au nord de la R.N. 124, l'autre au sud, pour enfin se rejoindre à l'Isle-Jourdain.

L'après-midi est déjà entamée quand les Allemands quittent Auch. Ils rencontrent de sérieuses difficultés sur leurs parcours : ponts de Leboulin, de la Macoue (après Gimont) endommagés, abattis mais surtout des embuscades à Giscaro, Monferran-Savès et entre les deux passages à niveau de l'Isle-Jourdain. Ces accrochages déclenchent l'alerte dans les rangs du bataillon CASANOVA du C.F.P. Quand la colonne nord du bataillon de l'Armagnac, à la nuit tombée, atteint l'Isle-Jourdain, les Allemands sont bloqués au pont de la Save. La résistance locale en effet, alertée par la Gendarmerie, a édifié un barrage de fortune dont la pièce maîtresse est une machine à vapeur pour les dépiquages, placée en travers de la route. Des volontaires lislois en assurent la défense avec quelques armes individuelles. En fait, l'ennemi s'est laissé bluffé par cet obstacle car il était dans ses moyens de le lever. La nuit tombante a fini de le dissuader.

La colonne nord du bataillon de l'Armagnac, arrivant par la route de Mauvezin est à pied d'oeuvre vers 21 heures. Le Capitaine MESSIN qui la commande place ses effectifs le long de la R.N. 654, face à l'ouest (dos à la Save). On signale déjà un vif engagement de patrouilles, les "Armagnacs" ont un tué et 5 blessés mais font un prisonnier.

La colonne sud venant de Samatan prend position à son tour. Dans la nuit, la compagnie BAFFERT du C.F.P. (Bataillon CASANOVA) s'est également porté sur les lieux. Ces deux éléments tiennent ensemble la rive droite de la Save.

Au matin du 20 aôut, au jour, il est possible de découvrir le convoi allemand étiré le long de la route, de part et d'autre du passage à niveau de la "Coume". Le Capitaine PARISOT tente une négociation. Il s'avance seul, mousqueton à la bretelle. Il s'adresse aux Allemands dans leur langue. Une cinquantaine d'entre eux, sans armes, se regroupent, disposés semble-t-il à se rendre. Tout à coup fusent des ordres brefs, venant de l'intérieur du convoi. Le chef du maquis accorde un délai de trois minutes et se retire. Les Allemands assurément, prennent leur disposition de combat. Le délai ayant expiré, PARISOT fait ouvrir le feu. Alors débute une journée de durs combats. 

L'ennemi cherche à se dégager vers l'est mais toutes ses tentatives sont bloquées par les tirs des "Armagnacs" et de la compagnie BAFFERT du C.F.P.

En fin de matinée, PARISOT se rend compte qu'une attaque frontale pour anéantir l'ennemi serait trop coûteuse en hommes, d'autant que les Allemands font preuve d'une grande pugnacité. Aussi décide-t-il de demander des renforts au Colonel HILAIRE, à ce moment-là à Auch. Celui-ci sollicite le chef POMMIES qui est venu retrouver ses officiers de CLERCK et MILER, au quartier Espagne.

A 14 heures, MILER dépêche les compagnies MARATIER et GRATTARD sur les lieux du combat. Elles vont compléter le dispositif ami au nord et au nord-ouest du château de La Coume, point d'appui de la défense allemande. Egalement le bataillon FRANCOT de la brigade LE MAGNY s'est porté vers l'ouest, de part et d'autre de la route de Razengues. Les chefs du C.F.P. confèrent avec l'adjoint de PARISOT, le Capitaine MONNET. Il est décidé que leurs unités déclencheront l'attaque générale à 19 heures 30, heure à laquelle les forces du bataillon de l'Armagnac cesseront le feu afin d'éviter de tirer sur les éléments amis.

L'assaut, précédé des coups redoublés des mortiers sur le site de "La Coume", est donné à l'heure dite. Il est mené principalement par les compagnies AMSLER et de FUMEL. Sous leur pression, le feu ennemi faiblit et devient incertain. Les premiers prisonniers sont faits. Sur la route flambe le camion-citerne contenant les réserves de carburant de la colonne. A son tour la réserve de munitions explose, mise à feu comme les autres par leurs défenseurs.

Puis, c'est la reddition de tout le convoi : un officier allemand, tenu en joue par le chef de FUMEL fait déposer les armes à ses hommes. Soit en groupe, soit isolément, toute la troupe se rend. Quelques prisonniers, blottis dans les buissons, seront faits le lendemain matin.

Ainsi se termine le combat de l'Isle-Jourdain. Le Gers est libéré de ses occupants. Le lundi pourtant, une autre colonne allemande qui erre sur les routes à la limite du Gers et des Hautes-Pyrénées, passe par Lombez où elle prend la R.N. 626, pensant rejoindre Carcassonne. Elle est poursuivie sans succès par des éléments locaux pour finir vers Pouy de Touges, en Haute-Garonne, où elle met bas les armes.

Dans l'épreuve finale de l'Isle-Jourdain, les F.F.I. ont eu 9 morts dont 7 pour le bataillon de l'Armagnac et 28 blessés. Côté allemand, 7 officiers, 185 gradés et soldats ont été faits prisonniers dont 60 blessés. On a dénombré 62 morts sur le terrain (1).

Beaucoup de matériel est récupéré par les F.F.I.

L'opération finale de L'Isle Jourdain est une des mieux réussies dans le Sud-Ouest, grâce à la rapidité dans l'exploitation des renseignements et à une manoeuvre de grande ampleur, reposant sur une bonne coordination des éléments C.F.L. et O.R.A.

(1) C'est le chiffre qui a été indiqué mais il parait exagéré aux témoins de l'affaire


LE RETABLISSEMENT DE LA LEGALITE REPUBLICAINE

Les Comités Départementaux de Libération ont pour fonction de préparer la prise du pouvoir à la libération ainsi que l'épuration des municipalités, des personnels de l'administration, de la police, des chambres consulaires. C'est toutefois aux nouveaux préfets qu'incombe la responsabilité de l'épuration, le rôle des C.D.L. étant de leur faciliter la tâche.

Le C.D.L. du Gers s'est progressivement constitué durant la clandestinité pour atteindre la représentation voulue (organisations de résistance, organisations ouvrières et partis politiques). Sa première réunion plénière se tient le 8 août 1944, au château de la Trouquette un lieu isolé dans la commune de Pessan. Son propriétaire, M. d'YTHURBIDE, l'a mis volontiers à la disposition du maire résistant Auguste SEMPE. Prennent part à la séance, sous la présidence de M. Ernest VILA :

MM. Auguste SEMPE représentant le mouvement "Combat"

Marcel COUEILLE représentant le mouvement "Franc-Tireur"

Félix ROUX représentant le "Front National"

Paul DESCOMPS représentant le parti socialiste

Camille CATALAN représentant le parti radical-socialiste

Alexandre BAURENS représentant les "Paysans"

Fernand MAUROUX représentant les "Chrétiens"

Fernand FURON représentant la C.G.T.

Le délégué du parti communiste est absent mais s'est fait excuser par M. ROUX.

Les décisions prises concernent la lutte contre les faux maquis, la création de cours martiales, le financement de l'entretien des troupes (avances de la banque GUILHOT), le ravitaillement (poursuite des dépiquages et contrôle des stocks de blé) marché noir, etc...

En matière d'épuration, la liste est établie des chefs d'administration qui seront immédiatement mis en disponibilité.

Le C.D.L. se préoccupe également de la presse à paraître à la libération. L'intitulé est déjà choisi : "Journal 44", le Président VILA étant désigné comme rédacteur en chef (1).

Le 19 août, Ernest VILA, président du Comité Départemental de Libération, se trouve à Mourède, près de Vic-Fezensac, où le Commandant LESUR a conféré avec lui. Il apprend dans l'après-midi que les Allemands sont sur le point de quitter Auch. Sa mission lui est connue depuis longtemps : installer les nouveaux représentants de l'Etat républicain. Aussi a-t-il hâte de gagner le chef-lieu. Les renseignements étant contradictoires et sur les conseils de son entourage, il accepte de différer son départ. Vers minuit, le départ des Allemands étant confirmé, deux voitures transportant VILA et une équipe de protection, prennent la direction d'Auch. Il n'y a pas âme qui vive dans la ville. Pour la première fois, la guérite devant l'hôtel de France est vide, preuve que les occupants ont déguerpi.

(1) En fait, sauf erreur, il ne paraîtra jamais.


VILA alors ordonne de se diriger vers la Préfecture. Quelques gendarmes gardent l'édifice officiel. Leur consigne est de ne laisser entrer personne.... sauf les nouveaux arrivants. Le Préfet CAUMONT, en grande tenue, et ses collaborateurs immédiats attendent visiblement les autorités de la résistance (qui n'ont d'ailleurs rien de bien grave à reprocher aux représentants locaux de Vichy). S'y trouvent également le Capitaine de gendarmerie PAGES de Condom, l'Intendant régional de police DANGLADE, Gersois de Monclar d'Armagnac. Tous deux, le premier surtout, sont liés à la résistance. Le Président du C.D.L. signifie au Préfet sa destitution. Comme ses collaborateurs, il doit rester consigné dans ses appartements, en attendant les instructions du Commissaire Régional de la République.

Dans le même temps, l'hôtel de la préfecture est mis en état de défense. La garde est renforcée le matin par l'arrivée du groupe VILLANOVA. Le lendemain, à 10 heures, le C.D.L. tient sa première réunion au grand jour. Il procède à l'installation du nouveau Préfet, M. DECHRISTE. Les commissions se mettent au travail notamment celle chargée de l'épuration des traîtres. Divers organismes administratifs d'inspiration vichyssoise sont dissous.

On note les nominations suivantes :

M. Jean-Louis SOURIGUERE, nouveau Secrétaire Général de la Préfecture;

Mademoiselle Denise HACHON, Chef de Cabinet de M. le Préfet;

M. André BOUSQUET, Chef des forces de police du Gers.

Dans la semaine qui suit, la liaison est établie avec le Commissaire Régional de la République, Pierre BERTAUX et ses services.

Le C.D.L. se réunit en principe une fois par semaine à la Préfecture. Ses principales préoccupations visent le ravitaillement qui passe par un meilleur approvisionnement des marchés, le relèvement des salaires, le contrôle des prix, les secours aux victimes de l'occupation. Suivant ses statuts, il représente la population du département auprès du pouvoir central. Il joue de la sorte le rôle d'une assemblée consultative provisoire jusqu'au rétablissement des conseils généraux qui a lieu effectivement, le 23 octobre 1945.

 MARTYROLOGE

 Après 21 mois et quelques jours d'occupation allemande, le Gers est libéré. Libéré comme les départements du Sud-Ouest, sans l'appoint des armées alliées. Les maquisards, la plupart sans grande formation militaire se sont bien battus et forcèrent l'ennemi à se rendre sans conditions.

Ils vont continuer à se battre pour que soit libéré la totalité du sol national :

Le Corps Franc POMMIES à Autun, dans les Vosges et en Alsace avant d'entrer en Allemagne;

Le Bataillon de l'Armagnac, devenu demi-brigade, sur le front de l'Atlantique rejoint par le 1er Régiment du Gers, le 25 novembre, le Bataillon TRIPET à dominante F.T.P., le 27 décembre et un détachement du 2ème régiment du Gers, le 12 janvier suivant.

Depuis la fin de l'année 1940 qui avait vu les premiers résistants se chercher dans l'incompréhension quasi générale, le chemin parcouru est considérable. Mais que de drames, de souffrances, de sacrifices, a-t-il fallu avant que n'éclate la joie de la libération au retour des F.F.I. vainqueurs à L'Isle-Jourdain? En effet, des croix nombreuses jalonnent le chemin de la reconquête de la liberté. Il y a ceux qui sont morts les armes à la main, ceux que l'adversaire a arraché à l'aube à leur famille, emprisonnés, envoyés dans les camps de concentration en Allemagne, où l'on meurt d'épuisement. Il y a aussi les victimes civiles, innocentes à priori, les "raciaux" pour lesquels l'occupant s'est montré sans pitié.

C'est donc à juste titre que cette troisième partie est consacrée à la répresssion telle que l'ont exercée les Allemands et leur alliée la Milice, le martyrologe de la résistance en quelque sorte.

S'il a été dit plus haut que les résistants appelaient de tous leurs voeux le débarquement, ils avaient leurs raisons. On va voir en effet, que les mois de mars, avril et mai sont très chargés en opérations contre la résistance. Celles-ci sont normalement données dans l'ordre chronologique qui permet de mieux saisir l'enchaînement des faits. Quelques détails ont été ajoutés pour éviter la sècheresse de leur simple énumération.

Le 28 janvier 1944, à l'Isle-Jourdain, la Gestapo après avoir perquisitionné leur domicile, arrête les époux BORDES, volaillers, qui aident le réseau de contre-espionnage "MORHANGE" en le ravitaillant et en cachant des armes et des documents ainsi qu'une automobile. L'alarme ayant été donnée, un commando monté rapidement par le Capitaine PELISSIER et comprenant plusieurs membres du réseau, tente d'intervenir bien que les lieux ne se prêtent guère à l'opération. Au cours de la fusillade qui s'engage, le garagiste DANEZAN est blessé. Ses camarades réussissent à le sauver. Il est soigné à la clinique BARTHELEMY à Auch, puis trouve un refuge chez les religieuses de Boulaur.

Le sort de Henri BORDES, déjà très malmené lors de la perquisistion, est inconnu. Sa femme, née Léontine PUNTIS, est morte à Ravensbruck, le 28 décembre 1944. Leur maison, rue des Jardins, avait été entièrement pillée et quantités de provisions emportées.

Le surlendemain, une compagnie de militaires allemands se porte à Castillon-Savès où ils démolissent au canon une maison qui est le P.C. de campagne de "MORHANGE". Repassant à L'Isle-Jourdain, les Allemands se livrent à des tirs en rafale afin d'intimider la population et l'obliger à rentrer chez elle. Une dizaine de jeunes gens sont arrêtés et conduits à Toulouse (relâchés 15 jours après).

 Un pauvre domestique agricole, sourd, Gaston SACAREAU a été abattu, rue du 14 juillet.

Le 4 février, à Auch, la Feldgendarmerie arrête le garçon de café René FROMENT soupçonné d'aider les réfractaires au S.T.O. et les résistants en difficulté. A la même date est arrêté à Toulouse, à l'imprimerie des Frères LION, François CARRERE de Seysses-Saves alors qu'il vient retirer de fausses cartes d'identité pour les réfractaires dont il a la charge. Il est déporté (rentré, libéré par les partisans de TITO à la frontière yougoslave).

Le 3 mars, à Crastes, la Feldgendarmerie d'Auch, accompagnée de ses complices français, BERTHOUMIEU et SERGE " Le Balafré", arrête l'entrepreneur agricole Roger BRUNET et un jeune en situation irrégulière qu'il occupe, Marcel ESCOUBES, ainsi qu'un hôte de passage, Marceau LEGRAND. Par chance, un chef de groupe du Corps Franc POMMIES qu'il héberge est absent. Tous les trois sont déportés (rentrés).

Dans la soirée, les policiers allemands arrêtent à Castelnau-Barbarens chez le propriétaire SARNIGUET son prétendu ouvrier Jean ESCOUBES, trahi par une lettre qu'il adressait à son frère appréhendé le matin, comme dit précédemment. Il a été déporté non rentré.

Dans la nuit du 9 au 10 mars, à Auch, la Feldgendarmerie agissant par groupes différents entreprend une série d'arrestations dans les milieux résistants. Sont de la sorte appréhendés et conduits à la prison Saint-Michel à Toulouse : Georges DAUBEZE, Jean BOURREC, Paul MOUCHET, René CANUT, Roger LABADENS, Gaston MARAMBAT, Pierre DESBUREAUX ainsi qu'un cheminot Jean LOUSTAUDINE. C'est un grand coup porté à la résistance qui perd avec les trois premiers ses dirigeants-fondateurs. Toutefois, on peut se demander sur quels renseignements les Allemands ont fondé ces arrestations, si l'on considère que tous ces Auscitains ne sont pas engagés de façon uniforme dans la lutte clandestine. Les intéressés eus mêmes ne le sauront pas, les interrogatoires à Toulouse, la plupart très brefs, ne l'ayant pas permis. Tous sont rentrés de déportation, à l'exception de LOUSTAUDINE.

Le 17 mars, à Lavardens, les feldgendarmes se livrent à des perquisitions. Ils cherchent un cultivateur, Jean-Louis LACOURT mais celui-ci réussit à leur échapper. Ils arrêtent par contre un réfractaire au S.T.O. de Fleurance André ARNAU, chez le propriétaire POMES (1) ainsi qu'un juif, certainement dénoncé lui aussi, nommé KOUTCHOUX, fourreur de profession, logeant au village. Ils sont déportés l'un et l'autre. Le premier a été rapatrié du camp de Dora mais il est mort peu après son retour à l'hôpital d'Auch. Le second est porté disparu en Lithuanie aux dires de la famille.

(1) La date du 17 mars peut être contestée, sa fiche de déporté à la Fédération Nationale des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes indiquant la date du 14 mars.


Le 27 mars, à Saint-Mont, la Gestapo de Tarbes est venue arrêter Léopold BOUEILH qui, sous couvert d'assurance-vie, s'occupe du placement et du ravitaillement des réfractaires. Mais ne le trouvant pas -il a été prévenu de justesse avant son retour à la maison- elle se saisit du père BOUEILH, 73 ans et du jeune fils Didier, 17 ans. Ils sont tous deux transférés à la prison Saint-Michel à Toulouse. Le premier est libéré courant juillet, le second est déporté ("train de la mort"). Rentré. Les Allemands se sont en même temps emparés d'une voiture automobile.

Le 28 mars 1944, la Feldgendarmerie arrête à son travail Maurice LALANNE, commis des P.T.T. originaire d'Estang. Son bureau est perquisitionné, en vain semble-t-il. Dans le même temps, les personnes suivantes sont arrêtées à Estang : Fernand BARBE, Marcel BIBE, René BLOCH alias Georges GUILLOT, Henri LABARBE, Paulette ROUQUETTE.

Le lendemain se présente à la Kommandantur à Auch, Roger BIGE que les Allemands recherchaient aussi mais qui était absent au moment de leur venue. Un autre habitant d'Estang, Eugène VAN DER BORGHT, replié avec l'armée belge en 1940, est contraint de se présenter à son tour pour éviter les représailles à sa nouvelle famille. Lors de leur venue, les allemands ont fouillé son logement et ont emporté des papiers ainsi qu'une carte de Suisse envoyée par un major belge dont il était le chauffeur pendant la guerre. C'est aux yeux de l'officier allemand qui l'interroge à Auch un document suspect... Chez Mademoiselle ROUQUETTE, ils ont saisi les lettres qu'elle recevait de son fiancé, Narcisse BARBE, S.T.O. en Allemagne. Les policiers de la Gestapo qui l'ont interrogée plus tard ont prétendu qu'elle entretenait avec ce dernier une correspondance secrète contenant des messages de la résistance, ce qui était absolument faux. Elle est néanmoins déportée ainsi que BLOCH-GUILLOT. Tous deux sont rentrés.

Après un séjour de deux mois à la prison Saint-Michel à Toulouse, particulièrement éprouvant, BIGE, LALANNE et VAN DER BORGHT sont envoyés en Allemagne à la fonderie d'aluminium de Töging en Bavière, réputée usine disciplinaire. Quant aux autres Estangeois, ils ont été libérés vers le 16 mai.

Le 4 avril, en gare d'Auch, au cours d'un contrôle des voyageurs, des militaires allemands retiennent l'agent immobilier Raoul SARDA qui, pour son malheur, se fait appeler "SARDA de CAUMONT". Or, simple coïncidence, c'est le nom véritable du chef régional R4 de l'Armée Secrète. Le domicile du premier 143, rue Victor Hugo et son bureau, 9, rue du Docteur Samalens ont déjà fait l'objet d'une perquisition par les Allemands le 16 mars auparavant et ils lui ont pris sa voiture.

SARDA est emprisonné à Saint-Michel à Toulouse dans une cellule où il retrouve des Auscitains arrêtés le 10 mars. Il n'est pas déporté mais fusillé à Castelmaurou (Haute-Garonne), le 27 juin. Le même jour, à Auch, à son domicile, est arrêté l'Inspecteur des Eaux et Forêts, Charles KOMMER qui avait naguère sous sa responsabilité les chantiers forestiers du 2ème Dragons mais qui présentement est en litige avec un exploitant forestier travaillant pour le compte des Allemands, nommé ISANOVE.

Le 7 avril, les Allemands reviennent à Lavardens, conduits apparemment par BERTHOUMIEU. Ils perquisistionnent les fermes du "Cardenau" et de "Pagès" mais n'arrêtent personne.

Dans la nuit du 12 au 13 avril, à son domicile, 15, rue d'Alsace à Auch, des policiers allemands en civil, venus certainement de Toulouse, arrêtent le coiffeur pour dames Clément MAFFRE, membre du mouvement "Combat" dont il distribue les tracts et sert de boîte aux lettres. Il est envoyé en déportation ("train de la mort"). Rentré.

Le 13 avril à Roquelaure, château de Rieutord, des policiers allemands en tenue et en civil arrêtent Madame Clotilde de MONTAL dont le mari, officier de carrière, a passé les Pyrénées pour rejoindre l'Afrique du Nord. Le motif de l'arrestation est certainement dans l'engagement total de la famille de MONTAL dans la résistance. La belle-soeur de la jeune personne, Jacqueline de MONTAL, veuve de guerre depuis 1940, s'occupe activement d'un réseau d'évasion par l'Espagne, réseau "Cahors-Asturies".

Le 17 avril dans un café de la rue de Châteaudun à Auch, les feldgendarmes procèdent à une vérification d'identité des consommateurs. Ils retiennent Abel CHOCHOL, ancien du 2ème Dragons qui a participé au camouflage de matériel militaire, Maurice WACQUET et Paul WILLAI, prisonnier de guerre évadé. Des tracts auraient été découverts sur ces derniers. Tous sont déportés, WILLAI est mort peu avant l'arrivée des Alliés. CHOCHOL et WACQUET sont rentrés, le second toutefois est décédé des suites de sa déportation.

Le 21 avril, à Nogaro, des militaires allemands viennent prendre Madame Julienne SIMON, juive réfugiée en 1940 pour, disait-on, être confrontée avec une autre personne. Disparue à Auschwitz.

Le 23 avril, un dimanche, à Ordan-Larroque, métairie "En Trouet", la Feldgendarmerie, assistée de son agent BERTHOUMIEU, appréhende des jeunes gens venus se divertir. A la vue des Allemands, ils ont cherché à s'échapper mais reviennent vite sous les menaces des coups de feu. Les feldgendarmes se livrent à un rapide contrôle d'identité. Certains sont embarqués séance tenante dont Henri LECLERC, originaire de Pulligny (Meurthe et Moselle). Son expatriation dans le Gers s'explique de la façon suivante : l'ancien maquis forestier de "Tracalet", formé au début 1943 par les démobilisés du 2ème Dragons avait pour intendant un Pullignois, Marcel POTIER. Celui-ci, revenu faire un tour au pays, avait décidé plusieurs de ses compatriotes refusant de travailler pour les Allemands à venir le retrouver dans le Gers. Ces jeunes gens étaient d'abord accueillis dans la famille VILLENEUVE à Ordan-Larroque, laquelle hébergeait déjà POTIER, puis ils trouvaient à s'embaucher chez les cultivateurs des environs. La secrétaire de mairie, Madame Adèle SABATHIER, leur fournit généreusement de fausses cartes d'identité. Or, c'est d'une de ces pièces que Henri LECLERC est trouvé porteur, au nom de DECLERCON, circonstance qui entraine une deuxième opération de police dans la localité. Madame SABATHIER avoue avoir contrefait la signature du maire. Elle est aussitôt mise en état d'arrestation, malgré ses 73 ans. D'abord conduite à la Kommandantur à Auch, puis sans doute à Toulouse, elle est envoyée en déportation. Elle succombera à Ravensbück, le 2 novembre 1944.

Les Allemands emmènent aussi le Maire SAINTE-MARIE, Osmin PUJOS, communiste notoire et le jeune René LAPLAGNE, soupçonné d'appartenir au maquis. En fait, leur détention à l'Hôtel de France est de courte durée. Mais dans la nuit qui suit, les autres Pullignois sont cueillis dans les fermes, les uns après les autres : Roger LECLERC, André POTIER, Jean-Marie STELLY. Par contre, Marcel POTIER dont il a été parlé au début, échappe au coup de filet. Il a quitté à temps la maison VILLENEUVE, à "Gaujens". L'officier allemand, qui à Auch interroge les prisonniers, veut connaître les rouages de l'organisation clandestine, ses chefs. Les détenus reçoivent quelques coups mais ce sont des sévices autrement plus graves qui les attendent à Toulouse. Tous sont déportés y compris Henri LECLERC, arrêté le premier. Reviennent seulement Roger LECLERC (1) et STELLY lequel meurt peu après son rapatriement.

Le 24 avril, à Auch, est arrêté l'employé de préfecture, Eugène LACOSTE, connu comme communiste. Le matin, de façon inattendue, des feldgendarmes vérifient l'identité du personnel à l'entrée des bureaux. LACOSTE est passé sans encombre mais avant midi, il est appelé chez le Préfet où le capitaine allemand lui signifie son arrestation, pour "atteinte à la sûreté de l'armée allemande" (sic). Les militaires qui l'ont en charge l'autorisent néanmoins à prendre son déjeuner à son domicile, 1, rue de Belfort. L'après-midi, il le passe à l'interrogatoire, le seul de toute sa détention. Les questions se bornent à savoir s'il connaît un certain nombre de personnes, comme les de MONTAL de Roquelaure. Il n'est l'objet d'aucune brutalité mais il sait qu'outre le motif d'être communiste, on lui reproche de mettre à profit son emploi au service des étrangers pour favoriser les "Rouges" espagnols. Par les prisonniers d'Ordan-Larroque, il sait que c'est BERTHOUMIEU qui a décidé de le faire arrêter (Maintenant, il nous faut LACOSTE!) Avec ceux-là, il est transféré à Toulouse dans la semaine (2). Déporté, rentré.

(1) Son témoignage à Paris le 13 septembre 1977.

(2) Son témoignage du 6 avril 1980.


On peut supposer que durant les jours qui ont suivi, les services de recherches allemands se sont attachés à percer les secrets de l'organisation qui enrôle et protège les réfractaires. L'histoire des fausses cartes d'identité établis par Madame SABATHIER ne peut laisser les Allemands insensibles, encore qu'elle n'appartienne à aucune organisation, sa résistance étant toute personnelle. Le dimanche 30 avril, à Barran, alors qu'il ne fait pas encore jour, des feldgendarmes avec BERTHOUMIEU viennent arrêter le Docteur DEMANDES. En sa double qualité de maire de la commune et de médecin, il a aidé au placement des réfractaires car mieux que personne, il connaît les gens chez qui ils peuvent être envoyés. Les Allemands recherchent la machine à écrire, laquelle aurait servi à établir des cartes d'identité. Elle échappe toutefois à leur vue. Emmenant le docteur, ils s'en vont ensuite à la ferme de "Biensans" qu'exploite avec sa famille le Belge patriote, Maurice GOETHALS. Là, ils arrêtent son ouvrier agricole Marcel GOY "BOUCHER", en fait un chef de groupe de l'organisation du C.F.P. qui commande les clandestins disséminés dans les fermes. Sa mission, le moment venu, doit consister à effectuer des sabotages sur la voie ferrée Auch-Tarbes. Il est copieusement battu et sans doute contraint à montrer la cachette des armes. Enfin, GOY et son "patron" GOETHALS doivent suivre les Allemands pour interrogatoire à la Kommandantur. Après la guerre, les recherches pour les retrouver seront négatives. GOETHALS aurait été aperçu par un survivant au camp de Neuengamme. On pense qu'il a été tué au cours d'un bombardement. Quant à GOY, il n'a jamais reparu et personne n'a pu attester de son décès.

Le même jour, dans la matinée, les Allemands reviennent à Ordan-Larroque, vont à la ferme d' "En Carrère" où se trouvait Henri LECLERC, arrêté chez NOYE, le dimanche avant. Sa chambre est fouillée mais rien d'intéressant n'est découvert car le fils de la maison, Marcel VILLENEUVE, a pris soin dans l'intervalle de faire disparaître tous les papiers, la correspondance notamment.

Dans la nuit qui suit, c'est l'Adjudant GEORGE de l'ancien 2ème Dragons, qui est arrêté à son domicile, impasse Masséna à Auch. Il avait dirigé, un temps, le chantier de "Tracalet" et depuis se trouve à la tête de l'organisation de camouflage des jeunes. Son "second", Marcel POTTIER, l'a mis au courant des évènements d'Ordan-Larroque. Depuis la menace s'est précisée mais il a hésité à s'enfuir, craignant pour sa femme et ses enfants. GEORGE est amené à la Kommandantur où il retrouve allongés sur le plancher : GOY, GOETHALS et le Docteur DEMANDES. Ils conviennent d'un système de défense. L'interrogatoire va être mené par BERTHOUMIEU en personne qui voudrait savoir ce que sont devenus certains officiers et sous-officiers du 2ème Dragons. Transférés à Toulouse, l'Adjudant GEORGE subit les tortures de la rue Maignac, les policiers de la Gestapo pensant détenir un "chef". Il est envoyé en déportation, rentré (1).

Le mercredi 3 mai, la feldgendarmerie d'Auch frappe un grand coup. Ce jour-là le Docteur PETER, responsable du service de renseignement ou du contre-espionnage allemand est présent (2). Il accompagne en personne les militaires qui entreprennent une nouvelle tournée sur Barran. Sont alors appréhendés, sans que l'ordre exact soit parfaitement connu :

Mademoiselle Paulette DEMANDES, toujours soupçonnée de trafic de cartes d'identité car elle va subir une épreuve d'écriture à l'Hôtel de France (sans succès);

Roger DUPOUY, employé agricole au château de Mazères qui sert de point de chute aux réfractaires. Il peut détenir un petit stock d'armes; Paul DUBARRY, fils des propriétaires du "Gardian" chez qui s'est trouvé GOY pendant quelque temps. Dans cette ferme cossue, des réfractaires à différentes reprises ont transité. Les policiers diront en outre à Paul DUBARRY que son nom a été trouvé sur les listes de l'Armée Secrète;

(1) "Mémoires" du Lieutenant GEORGE, non publiés.

(2) Interrogatoire du Feldwebel SCHEIDEN, fait prisonnier à L'Isle-Jourdain.


Louis MAUROUX, le minotier de Saint-Jean-Poutge, qui n'a sans doute rien à voir avec l'organisation implantée à Ordan-Larroque et à Barran. Résistant de 1940 comme son père et son beau-frère, P.H. TEITGEN futur ministre, il s'occupe lui aussi de placer des réfractaires. Mais il est surtout engagé dans l'armée secrète, au sein de laquelle il est appelé à exercer un commandement. Des réunions de responsables ont lieu chez lui. Il dispose dans le voisinage d'un certain nombre de volontaires dont les jeunes camouflés par ses soins. C'est pour cette raison que des armes, provenant d'un parachutage de Caillavet, sont cachées dans un moulin. Les Allemands ne vont pas les trouver; elles seront d'ailleurs déménagées, peu après l'arrestation, par le jeune Louis CARRERE avec une charrette à boeufs. Transportées au bois de "Sarambat", une équipe de PARISOT vient les retirer.

A Auch, l'officier ou le sous-officier allemand qui l'interroge n'est pas très exigeant, se contentant de lui demander s'il est officier et s'il détient des papiers secrets (?). Comme ses compagnons, il part pour la prison Saint-Michel à Toulouse. Ils sont tous déportés. MAUROUX et DUPOUY meurent à Melk, kommando de Mauthausen. Mademoiselle DEMANDES et DUBARRY sont rentrés.

Le 3 mai également au château d'Aylies, à la limite d'Auch et de Barran, chez de HAUT de SIGY qui le cache, un étudiant juif MEYER-ROSNER "PIERRE-EMILY" est arrêté. Peu de renseignements le concernent, sauf qu'il a été pris lui aussi pour fausses pièces d'identité en liaison avec GOY et le Docteur DEMANDES. Envoyé en déportation par le "train fantôme" (comme MAUROUX et DUPOUY), son voyage se termine à la synagogue de Bordeaux d'où il est extrait avec une dizaine de camarades pour être fusillés au camp de Souges.

Cependant, deux authentiques réfractaires au S.T.O. échappent à l'arrestation : Jean-Baptiste QUESNEL et Daniel VILLY venus du Calvados. GOY s'était occupé d'eux alors qu'ils se trouvaient au "Gardian" et les avaient placés sous contrôle chez des propriétaires de Barran. Depuis, le premier a trouvé un emploi à Miélan. Les Allemands y viennent mais un coup de téléphone anonyme lui a permis de s'esquiver. Quant au second, il est heureusement absent de chez RANSOU, à BARRAN, lorsque les Allemands se présentent.

La série n'est pourtant pas close :

Le 4 mai, à leur bureau du Crédit Lyonnais à Auch, sont appréhendés Roger DUREUIL et Jacques DELANNOY. Employés de la banque tous deux, l'un à Dijon, l'autre à Châlons-sur-Saône, ils avaient suivi en juin 1940 la conservation des titres lorsque ceux-ci furent transférés à Auch. Devant la menace du S.T.O. à la mi-année 1943, ils avaint préféré prendre le large et s'étaient retrouvés eux aussi au "Gardian" avec GOY. Ils faisaient dès lors partie du "maquis" de GEORGE dont les éléments travaillaient au bois d'Auch. Puis, grâce à des certificats du Docteur DEMANDES, ils avaient réussi à se faire reconnaître inaptes au travail obligatoire et de la sorte purent reprendre leur emploi au Crédit Lyonnais. Ils conservaient néanmoins le contact avec GEORGE et GOY, vers qui ils acheminaient de nouveaux réfractaires qu'ils hébergeaient à leur domicile en ville dans l'attente d'une planque sûre et munissaient de faux papiers.

DUREUIL et DELANNOY, promis pour la déportation, font eux aussi partie du "train fantôme". Mais lorsque celui-ci remonte la vallée du Rhône entre Loriol et Livron, à la faveur d'un transbordement sur la Drôme, ils réussissent à fausser compagnie à leurs gardiens et à rejoindre un maquis avec lequel ils participent à la libération de Montélimar.

Dans la nuit qui suit, vers 0 heure 30, les gendarmes allemands, accompagnés cette fois de "SERGE le balafré", arrêtent à son domicile à Auch, 2, rue Porte-Neuve, Marcel MENGELLE, chef de bureau à la préfecture du Gers. Sa position privilégiée dans l'administration lui donne la possibilité de soustraire au S.T.O. les jeunes gens qui s'adressent à lui. Les faux papiers qu'il délivre : cartes d'identité, cartes de travail, ont l'avantage de porter le cachet de la préfecture. Au début de 1944, il a été contacté par un réfugié de Thann, Louis BOCQUEL, lequel lui a demandé de diffuser dans le département le journal clandestin "Défense de la France". C'est ce que fait MENGELLE qui utilise les enveloppes de la préfecture pour expédier cette feuille dans les mairies. Entre leurs mains, les Allemands ne lui demandent guère d'explication (1). Il est néanmoins déporté mais il aura la chance de pouvoir rentrer.

(1) Témoignage du 3 avril 1975.


Les arrestations opérées entre le 23 avril et le 5 mai relèvent apparemment d'affaires connexes. Elles ont été regroupées pour mieux suivre le déroulement des faits. Il faut toutefois revenir en arrière pour signaler d'autres arrestations qui se sont produites à Auch ou dans le département, pour des motifs différents.

Le 24 avril, à Auch, alors qu'il passe devant l'Hôtel de France, siège de la Kommandantur, est appréhendé Jean-Paul RUSSEL. La demoiselle M. L.... qui peu de jours avant avait échappé à un enlèvement au gymnase municipal par des membres de la résistance, l'a désigné aux Allemands comme connaissant ses agresseurs. RUSSEL est d'abord emprisonné à Toulouse, puis envoyé en déportation. Mort d'épuisement dans un Kommando de Neuengamme, le 29 janvier 1945.

Le 26 avril, dans la nuit, à Gondrin et les environs, la Feldgendarmerie, accompagnée de BERTHOUMIEU, procède à l'arrestation du cantonnier Jean MARTINAUD, Antoine FRANCESCHIN, Giordano FRANCESCHIN (fils du précédent), les frères ALAIN et Michel MAO ainsi qu'un beau-frère qui se trouvait chez eux, Hervé CARIOU. Ils sont accusés de reconstitution d'une cellule communiste.

Mais en même temps, sont arrêtés un ancien officier de l'armée hollandaise Louis COBLYN, réfugié de 1940 et un propriétaire agriculteur Albert MOREL, de nationalité suisse, aucun d'eux ne pouvant être soupçonné de communisme. Le second est d'ailleurs relâché par la suite.

Tous les autres sont envoyés en déportation. Il ne rentre des camps que les FRANCESCHIN. Les renseignements fournis sur cette affaire par l'adjudant allemand fait prisonnier à l'Isle-Jourdain (voir plus haut) ne paraissent pas avoir été exploités.

Le 3 mai, à Samatan, des policiers allemands venant de Toulouse arrêtent le Général en retraite LASSEGUE, ancien commandant militaire du Gers. Pressentant son arrestation, il ne couchait plus chez lui. Mais rentrant à son domicile le matin, il est tombé sur les Allemands. Il est emmené à Toulouse, interrogé rue Maignac, puis envoyé en détention à Bad Godesberg (bords du Rhin) pour finir avec d'autres officiers généraux à la forteresse de Erstberg en Tchécoslovaquie. Rentré.

Dans la nuit du 6 au 7 mai, à Lavardens, les Allemands font leur troisième incursion. Venus d'abord afin d'arrêter le cultivateur Orens PEFRAY (pour une raison insuffisamment explicitée) celui-ci s'est enfui dans la campagne. Ils l'ont poursuivi et abattu sommairement. Plusieurs arrestations ont lieu dans la matinée :

Marius FOURCADE, cultivateur au "Miton" et le réfractaire qu'il abrite, André BASCAULES;

d'autres habitants de Lavardens : RICAUT père, AUXION père et fils, les demoiselles LACOSTE, le jeune CORNEILLIE, Victor FITTE.

Toutes ces personnes sont conduites à Auch, ainsi qu'un adolescent Jean TOSCANO vivant avec sa mère chez PEFRAY.

Les Allemands, poursuivant leur opération, cherchent à s'emparer de l'instituteur de Mérens, René CAZES, que l'on dit communiste et qui pouvait procurer des cartes d'alimentation aux réfractaires. Ils finissent par le trouver à Tourrenquets dans une famille de ses relations et l'arrêtent.

FOURCADE, BASCAULES et CAZES sont envoyés en déportation, seul BASCAULES est rentré. Les autres Lavardenais ont été relâchés le lendemain, sauf le fils AUXION et CORNEILLIE qui transférés à Toulouse ne seront libérés que le 5 juin.

Le 6 mai, en gare d'Agen où il a rendez-vous avec André AMIO "BERNARD", chef saboteur au C.F.P. est arrêté Hippolyte LAYEC "LE MOIGNE", agent de transmission dans la même formation, résidant à Lectoure. Trouvé porteur d'une valise d'explosifs, il est incarcéré à la maison d'arrêt, puis transféré au fort du Hâ à Bordeaux où il reste plus d' un mois avant d'être déporté. Il est cependant rentré.

Le 9 mai, à Monferran-Plavès, la Milice du Gers, appuyée par les francs-gardes de Toulouse, arrête l'adjudant Germain BOMAIN et son camarade Jean GIRAUD, tous deux prisonniers évadés qui ont repris du service au Corps Franc POMMIES. La maison subit une perquisition en règle. Les miliciens sont parfaitement renseignés : ils savent que des parachutages ont eu lieu dans les parages et que BOMAIN et GIRAUD en sont les bénéficiaires. La veille, en effet, ils avaient observé à la jumelle les mouvements du camion qui transportaient les armes. De plus, des containers s'étaient égarés dans la campagne et la chose s'était sue. Les menottes sont passées aux deux hommes, puis ils sont conduits à la ferme inhabitée du "Béros" où sont entreposés les cylindres parachutés dans la nuit du 7 au 8 mai. Ils ne peuvent nier l'évidence. Les francs-gardes les emmènent à Auch, au siège de la Milice (café d'Etigny) ainsi que Madame BOMAIN, le maire LOUBENS avec son jeune fils et d'autres qui seront libérés assez vite sauf Madame BOMAIN qui devra attendre le samedi suivant.

BOMAIN et GIRAUD sont transférés à Toulouse où ils sont durement interrogés, en vain, puis remis à la Franc-Garde de Foix. Alors, les miliciens adoptent une autre tactique : la persuasion. Ils essaient de les retourner à leur profit, allant même jusqu'à les faire participer aux manoeuvres de la Franc-Garde. Mais le 6 juin est là et à la nouvelle du débarquement, le soir même, les deux compagnons qui jouissent d'une demi-liberté s'éclipsent. Ils passent la nuit chez une personne de leur connaissance et le lendemain matin prennent le train pour Toulouse et Auch. Après s'être renseignés sur la situation, le 9 juin, ils rejoignent leur poste de commandement au maquis.

C'est la Milice de tarbes, on ne sait pourquoi, qui continue l'opération. Le 13 mai, elle arrête à Castelnau-Barbarens, chez le cafetier et entrepreneur de transports BEYRIA qui sert de relais entre BOMAIN et le chef de section LARRAT, un agent de transmission de ce dernier, Daniel LAVIGNOTTE et son camarade Gualbert DUFRECHOU, qui sont pris dans leur lit. Avec leur logeur, ils prennent place dans un car de la Milice qui les porte à Tarbes, via Masseube et Miélan, où ils sont enfermés dans la cave-bûcher de l'école Jeannne d'Arc, casernement des miliciens.

Simultanément, ont été arrêtés à Moncorneil-Grazan, Elie ROBERT, beau-frère de BOMAIN et à Masseube l'employé de la société de distribution électrique "la Pyrénéenne" Robert REINHOLD. Tous deux ont participé aux parachutages reçus par BOMAIN. Il ne peut s'agir que d'une dénonciation qui ne sera jamais élucidée. L'un et l'autre prennent le chemin de Tarbes où ils restent une huitaine de jours. On les envoie ensuite à Toulouse, de même que LAVIGNOTTE et DUFRECHOU, rue Alex Fourtanier où ils sont sévèrement questionnés. Aux deux derniers, qui sont les plus jeunes, des propositions leur sont faites de passer à la Milice mais sans succès. Peu avant le 6 juin, BEYRIA, DUFRECHOU, LAVIGNOTTE et ROBERT sont libérés. REINHOLD serait resté plus longtemps dans les geôles de la Milice.

Le 16 mai, à l'aube, est menée à Lahas une opération de grande envergure qui a mobilisé plusieurs camions transportant une troupe allemande en provenance de Toulouse. Il y a aussi un ou deux civils de la Gestapo. Ce sont les réfractaires placés dans la commune et ceux qui les ont accueillis qui sont visés. Les Allemands se rendent chez le maire qui est absent mais à la ferme de ses parents ils se saisissent de l'ouvrier, réfugié espagnol, Joachim SANCHEZ. Passant par là pour aller travailler à la vigne, un jeune Toulousain Roger GOMBAUT, considéré comme réfractaire, est également appréhendé.

Au village, les militaires ont fait lever à grands coups de crosses donnés à la porte, l'adjoint Gaston GOURDAIN qui est mis dans l'obligation de les conduire à la ferme DESTIEUX, un écart de la commune assez difficile à trouver. Là, ils arrêtent l'ouvrier Antoine LACANAL, ancien travailleur en Allemagne mais qui au terme d'une permission a choisi de ne pas repartir. Par des amis communs, il a trouvé à se placer à la campagne. Le propriétaire Léopold DESTIEUX est également emmené.

 Un autre groupe s'est approché de la ferme de François BARBARIA supposé abriter un autre réfractaire. Le renseignement est toutefois ancien car ce dernier, Robert MARCHAT, d'origine bordelaise, n'est plus là depuis quelques jours. Le fils de la maison, Edouard BARBARIA, a sauté du lit et s'est enfui, à demi-nu dans la campagne. Mais les Allemands l'ont aperçu et à plusieurs reprises ont fait feu sur lui sans heureusement l'atteindre. Ils l'ont poursuivi quelque temps, vainement. Furieux, ils s'emparent de son père.

S'attendaient-ils à une riposte de la résistance? On pourrait le croire car ils ont disposé des armes automatiques en plusieurs points. Toutes les personnes arrêtées sont rassemblées sur la place du village. Une dizaine au moins d'habitants que les Allemands ont rencontré au cours de leur opération du matin s'y trouvent aussi. Ils sont interrogés l'un après l'autre; finalement, ils sont relâchés y compris un jeune juif du nom de LICHTENSTEIN, né à Berlin, qui se cache dans une famille amie. Il a compris toutes les paroles prononcées par les Allemands. Ceux-ci ont hésité à propos du jeune CARRERE qui étant de Gavarret se trouvait chez des parents à Lahas pour les aider à travailler; ils l'ont quand même libéré. Il y a eu aussi discussion à propos de l'adjoint GOURDAIN, simplement requis "es qualités". Mais on saura que c'est précisément en raison de cette fonction qu'il est retenu, les policiers estimant qu'en l'absence du maire, il assume la responsabilité de sa commune.

Dès lors, après avoir été alignés contre un mur : BARBARIA, DESTIEUX, GOMBAUT, GOURDAIN, LACANAL et SANCHEZ sont chargés sur un camion et partent vers l'inconnu. Ils restent un peu moins d'un mois à la prison Saint-Michel à Toulouse, puis sont dirigés sur le camp de Royalieu, d'où ils partent en Allemagne le 2 juillet par le sinistre "train de la mort". A l'arrivée à Dachau, on relève les corps de BARBARIA, DESTIEUX, GOURDAIN et de LACANAL qui ont péri par asphyxie au cours du voyage. GOMBAUT et SANCHEZ ne sont pas non plus rentrés.

Le 17 mai, soit le lendemain de l'affaire de Lahas mais sans rapport avec celle-ci car elles procèdent de motifs différents et s'adressent à une catégorie précise de personnes, ont lieu les arrestations, par la Feldgendarmerie venue d'Auch, de Paul BOAS à Maurens et de Georges FAURE à Saint-André, en fait des communes voisines de Lahas. Ce sont, comme ceux qui vont suivre, des jeunes de la classe 1943 qui, après leur stage obligatoire dans les chantiers de jeunesse, ont été requis pour travailler dans les Landes pour le compte de l'organisation TODT, la grande entreprise allemande qui a construit notamment les fortifications sur l'Atlantique. Ils étaient employés à divers travaux de terrassement aux alentours de Saint-Paul-les-Dax. Mais au moyen de certificats de complaisance d'un médecin local, ils ont bénéficié d'un congé de maladie, mis aussitôt à profit pour rentrer chez eux. Mais à son expiration, ils ont pris le parti de ne pas rejoindre la TODT, d'autant qu'il se dit, à tort certainement, que les agriculteurs et ils le sont tous, sont dispensés du travail obligatoire. Certains ont plutôt pensé à changer d'air en se faisant accueillir par des parents ou des amis. Mais les Allemands vont venir les reprendre, pas tous cependant, par carence de leur part. Toujours le 17 mai, d'autres gendarmes allemands arrêtent à Ponsan-Soubiran le jeune Albert DESANGLES, à Mirande, quartier de "Mazerettes", Marcel SEMEZIES, à L'Isle-deNoë, Robert BAUDONNET qui sont conduits et gardés à vue à la Kommandantur à Auch.

Le lendemain, jour de l'Ascension, c'est au tour d'Ernest SABATHIER de Loubersan d'être repris alors qu'il a trouvé refuge chez des cultivateurs près d'Auch. Les Allemands reviennent aussi à Lahas où ils se saisissent d'Antonin BIRBET, qui était absent de son domicile le jour où ils ont capturé BOAS et FAURE.

Un autre défaillant, Lucien VIVENT de Montaut-les-Creneaux, un pauvre garçon sans défense, clôt la liste.

Les jeunes gens ne sont pas maltraités mais restent sans nourriture jusqu'au moment de leur départ le 19 mai. Ils sont alors conduits au camp de Noë (Haute-Garonne) où l'on a regroupé les évadés du S.T.O., notamment des Italiens. Mais ils ne sont là qu'en transit. C'est l'Allemagne qui les attend. Ils embarquent à la gare Saint-Cyprien à Toulouse pour Paris, puis Munich en Bavière. La destination finale est Töging-am-Inn où existe une sorte de camp disciplinaire. Les requis sont astreints à travailler dans une usine de fonte d'aluminium; la température y est très élevée. Les hommes sont mal équipés, aussi les accidents par brûlure sont fréquents. Ils seront libérés par les Américains juste à la fin de la guerre.

Le 18 mai, le Colonel BARBARO "MARCEL" commandant la subdivision d'Auch est arrêté par la Feldgendarmerie. Il passe par Toulouse, Compiègne pour finalement être interné à Godesberg-Eisenberg.

Le jour de l'Ascension, les Allemands ont arrêté aussi le Marquis de CASTELBAJAC à son château de Miramont-d'Astarac et le Comte Robert DILLON à Pavie, probablement soupçonnés de cacher des armes. Le premier est libéré assez tôt mais non le second qui néanmoins leur échappera au cours d'un transport de prisonniers.

Dans la nuit du 19 mai, à son domicile, rue d'Etigny, ils ont arrêtés enfin Madame Georgette VILA, l'épouse du chef départemental de la résistance, croyant lui faire dire où son mari se cache. Elle maintiendra qu'il a quitté le domicile conjugal depuis la fin de l'année 1942 et qu'elle est sans nouvelle de lui. L'officier qui l'interroge n'insiste pas outre mesure et finalement Madame VILA est relâchée.

Entre-temps, la Milice de son côté est intervenue contre la résistance. Le 16 mai à Lectoure, elle a arrêté le propriétaire Alfred LESCA, voisin du terrain de parachutage de "Lamothe" et chez qui des agents du B.C.R.A. ont transité quelques mois avant, ce que les miliciens certainement ignorent. Ils arrêtent un autre cultivateur Henri MANABERA, au "Coutelier" et en ville le pâtissier Achille BARTHE ainsi que l'épicier Albert DUCASSE.

Les miliciens ont déclaré au maire qu'ils étaient chargés par l'Intendant Régional de Police d'une mission de maintien de l'ordre. Toutefois, MANABERA est libéré dans les jours qui suivent. Les trois autres vont suivre la même odyssée que la plupart des Elusates arrêtés le lendemain. Dans la nuit du 16 au 17 mai, en effet, la Milice se livre dans la ville d'Eauze à une série d'arrestations, accompagnées d'une fouille du domicile qui nulle part ne semble avoir donné de résultats.

C'est ainsi que sont appréhendés : Robert DAURY, maire révoqué par Vichy, Paul DUCAMIN, instituteur, Georges FOIX, beau-frère de DAURY, Etienne JAUME, électricien, Frédéric LATORRE, Joseph LLOAN, le pharmacien MONTIN, Pierre MOREAU, Roger PASCALE, transporteur, les frères Pierre et Louis RAMOUNEDA, hôteliers, Roger SAINT-LOUBERT, artisan. Les motifs d'inculpation ne sont guère sérieux sauf pour quelques uns d'entre eux. Tous cependant prennent place, sévèrement gardés, dans un autobus qui les porte à Auch en fin de matinée. L'après-midi, ils sont conduits à Toulouse dans les locaux de la Milice, rue Alex Fourtanier. Il semble que tous n'aient pas été interrogés sur leur activité soi-disant résistante. Vers le 27 mai, quelques uns sont relâchés et peuvent rentrer à Eauze, ce qui leur permet de donner des nouvelles aux familles des incarcérés. Ceux-ci sont tranférés fin juin à Pamiers, puis reviennent à Toulouse. Vers le 25 juillet, ils sont repris par la Milice d'Auch qui les détient dans les locaux du lycée.

Début août, après transactions, LATORRE est échangé contre le milicien de LATOUR d'Eauze. Dans la soirée du 10, JAUME, PASCALE, Pierre RAMOUNEDA et SAINT-LOUBERT s'évadent au moyen d'une corde de serpillères confectionnée par ce dernier. Ils s'enfuient dans la campagne, vers Vic et ne sont pas repris. Quant aux prisonniers restants, qui ont dû affronter le courroux des gardiens après l'évasion de leurs camarades, ils suivent l'odyssée de la Milice : attaque par le maquis le 15 août à Pessan, au moment de son repli, retour à Auch puis nouveau départ sur Toulouse sous la protection d'un convoi allemand. Les miliciens, toutefois, les libèrent avant de continuer leur mouvement vers Montpellier, les Lectourois compris.

On constate que durant le mois de mai, la Milice va faire preuve d'une activité inaccoutumée, peut-être pour ne pas être en reste vis-à-vis des forces répressives allemandes. A ses victimes, elles tient cependant à préciser qu'il s'agit d'affaires "françaises" (sic). Le 24 mai, dans l'après-midi, les miliciens ont effectué des vérifications d'identité à la gare d'Auch ainsi que dans un garage de la haute ville. Plusieurs personnes ont été retenues. Le lendemain, elle se livre à des arrestations à Saint-Jean-Poutge. On a dit que les miliciens voulaient reprendre à leur compte l'affaire Louis MAUROUX, arrêté le 3 mai par les Allemands, lesquels auraient négligé la question des parachutages. C'est en effet une histoire de parachutages qui occupe la Milice. Elle est d'ailleurs sur une bonne piste, ce qui lui permet de s'emparer de plusieurs containers chargés sur une charrette à la propriété ANDRIEU à "Ramensan" (1). Ces "paquets", comme les appellent les miliciens, ont subi plusieurs déménagements, car personne n'en veut, depuis qu'ils ont été retirés du moulin de Saint-Jean-Poutge (voir supra). Le recéleur du moment, Pierre ANDRIEU est mis en état d'arrestation ainsi que son jeune ouvrier mais ils sont relâchés quelques centaines de mètres plus loin. Le 26 mai au matin, l'opération est continuée vers Vic-Fezensac avec plus de force. Des francs-gardes de Toulouse sont venus en renfort. En premier lieu est arrêté à Roquebrune, le propriétaire André DAT qui est particulièrement malmené, la Milice le considérant semble-t-il comme le chef de l'organisation clandestine, puis à Vic elle se rabat sur Gaston SAINT-AVIT, son beau-fils Roger BETBEDER, de même que son futur gendre Jean HAENER. Ensuite, les miliciens se rendent à la maison que possède un replié de 1940, le Danois PETERSEN, sur la route de Bayonne.

Son occupant est aussitôt mis en état d'arrestation de même que son compagnon Maurice PONCELET (2). Celui-ci la veille au soir était venu prévenir qu'il y avait lieu de se méfier, compte tenu des bruits d'arrestation qui circulaient à Vic. Ils avaient convenu de fuir le lendemain matin. Mais les miliciens les ont devancés. Au cours de leur fouille, ils ont découvert de menus objets provenant de parachutages. Même Madame PETERSEN est emmenée. Tous sont conduits à Auch au siège de la Milice (café d'Etigny) dans un car réquisitionné. Madame PETERSEN ne passe qu'une nuit à Auch, elle va alors servir d'intermédiaire entre la résistance et les détenus. Ceux-ci, sur l'intervention du Préfet CAUMONT ne restent d'ailleurs pas aux mains des miliciens. Ils sont transférés dans les locaux de la police d'Etat, le long du Gers, laquelle est chargée d'assurer leur surveillance. Or, on sait que bon nombre d'inspecteurs et de gardiens sont acquis à la résistance (3). Mais le débarquement est proche, les dames PONCELET et PETERSEN ont fait savoir aux prisonniers que le message préparatoire était passé à la radio de Londres. Au matin du 6 juin, le personnel de la police est en effervescence. Non sans audace, PONCELET demande à parler au commissaire et tout de go l'informe qu'il doit libérer ses prisonniers qui sont attendus au maquis. Le commissaire accepte de les laisser évader la nuit suivante, ce qu'ils font non sans précautions étant donné le voisinage des Allemands. L'Adjudant de gendarmerie LINZ de la brigade de Vic-Fezensac vient les chercher avec un véhicule de l'armée. PONCELET et PETERSEN peuvent de la sorte rejoindre le bataillon de l'Armagnac à Panjas.

A signaler que le 26 mai, la Milice a fait également une expédition à Lupiac où elle a arrêté le postier PIGOT, présumé communiste. Il a bien cherché à s'échapper mais les miliciens ont tiré sur lui, le blessant gravement. A Auch, il a été mis en présence de PONCELET mais aucun lien de résistance n'existe entre eux. PIGOT a été transporté à l'hôpital général d'où de courageux résistants l'enlèveront. Il sera alors recueilli dans des maisons sûres de Mauvezin. La Milice du Gers intervient en dernier lieu à Arrouède en collaboration avec celle de Tarbes, le 3 juin, contre le maquis PERI mais ne réussit qu'à le déloger de son cantonnement (voir supra).

(1) Exactement dans la commune de Biran, partie nord-ouest.

(2) Plus haut (voir "organisation et préparatifs"), il a été indiqué que PONCELET avait mis en rapport le Colonel anglais "HILAIRE" avec PARISOT, chef du bataillon de l'Armagnac.

(3) Du reste, plusieurs gardiens de la paix et requis civils servant dans la police vont abandonner leur poste et passer au maquis.


 

Durant cet intermède de la Milice, les Allemands ne sont pas non plus restés inactifs.

Le 24 mai, à Urdens où il s'est réfugié depuis son arrestation manquée à Lavardens, le 17 mars, la Feldgendarmerie arrête Jean-Louis LACOURT, puis à Maravat Georges BERNANO, jeune en situation irrégulière qui a erré de place en place pour échapper aux recherches. Il est en possession d'une fausse carte d'identité au nom de Pierre DELHOM né à Evreux (Eure) et résidant à Ordan-Larroque. C'est en effet la secrétaire de cette commune, Madame SABATHIER (voir plus haut) qui la lui a procurée. Il est durement interrogé à la Kommandantur, les Allemands voulant à tout prix établir une corrélation avec l'affaire d'Ordan-Larroque. LACOURT est surtout interrogé rue Maignac à Toulouse, sévices à l'appui. Tous deux sont déportés mais sont rentrés (BERNANO est un rescapé du "train de la mort"). Les Allemands ont aussi arrêté le 24 mai à Pauilhac, château du Bosc, un officier belge à la retraite, le Commandant LAMBERT mais l'ont relâché le surlendemain. On a su après la guerre qu'il était un "H.C." ("Honorable Correspondant") de l'Intelligence Service.

Le 30 mai, à La Sauvetat, la Feldgendarmerie toujours, arrête le cultivateur Jean LAMAZERE. Son arrestation fait suite aux évènements de Lavardens. D'après un document allemand, c'est son père que les services de Toulouse voulaient faire arrêter mais celui-ci est décédé le 15 mars. Le fils a été pris à sa place, comme complice.

Les Allemands donnent certainement de l'importance à l'affaire de Lavardens car ils soumettent, à Toulouse, leur prisonnier à de dures épreuves. Il a été aussi confronté à l'autre détenu LACOURT. Il subit pas moins de six interrogatoires, rue Maignac, le dernier en date du 10 août. Le 19 août, il a la chance d'être libéré par les F.F.I. qui se sont rendus maîtres de la prison de Saint-Michel.

C'est peut-être par mesure préventive, de manière qu'ils n'apportent pas leur concours aux forces militaires de la résistance, que sont arrêtés à Auch le 9 juin, donc juste après l'entrée en action des maquis :

Le Commandant de la subdivision GOUZE de SAINT-MARTIN

Le Capitaine LAURENTIE "EMMANUEL"

Le Capitaine MICLOT "PIERRE"

Le Capitaine POTIER "GEORGES"

Le Lieutenant MENVIELLE "ROGER"

Ces officiers appartiennent, à des degrés divers, à l'O.R.A. territoriale. Transférés à Toulouse, prison Saint-Michel, ils sont tous déportés à Neuengamme mais sont tous rentrés.

Les arrestations qui suivent vont se trouver dans la majorité des cas en relation avec les opérations militaires. Déjà, le 8 juin dans l'après-midi, à Lapalu-Moncassin, des suites de l'accrochage qui a eu lieu le matin avec un poste fixe du maquis, un détachement allemand, battant la campagne, appréhende le jeune Maurice ABADIE de Clermont-Pouyguilhès pris pour un maquisard. Il est déporté comme les prisonniers faits le matin. A certainement péri dans le "train de la mort".

Le 22 juin, à Polastron, les Allemands qui occupent Lombez arrêtent 8 personnes dont ils détiennent la liste. Elles sont toutefois relâchées par la suite, sauf Madame MURGUET, l'institutrice, qui est incarcérée à Toulouse où elle reste jusqu'à la libération de la ville.

Le 26 juin, à Condom, comme conséquence du combat de Castelnau-sur-l'Auvignon, une forte troupe allemande qui a envahi la ville arrête 8 personnes dont le directeur de la coopérative agricole de meunerie, le Docteur BAURENS et le Directeur d'école FONTANIER à Valence-sur-Baïse, le père et le fils HORNOGA meuniers à Beaucaire et le négociant HOURIES à Ayguetinte. La plupart sont relâchés assez vite, les autres, incarcérés à Toulouse, ne seront libérés qu'au départ des Allemands.

Le 3 juillet, à Estang où ils ont eu un engagement avec le bataillon de l'Armagnac, les Allemands prennent à titre de représailles 8 habitants qu'ils fusillent à la sortie du bourg, vers Cazaubon. Ils arrêtent les gendarmes VERDIER (adjudant), CAPDEVILLE et MELINGER qui sont déportés. Seul le dernier est rentré.

Le 4 juillet, à Vic-Fezensac, ferme de "Laouarde", un détachement de la Feldgendarmerie qui s'est livré à une fouille des lieux arrête, en l'absence de son mari, Madame Julie SAINT-AVIT. Le 10, elle est transférée à Toulouse puis déportée à Ravensbrück. En avril 1945, elle sera rapatriée par les soins de la Croix-Rouge. Mais elle décède peu après à Sens dans l'Yonne.

Le 10 juillet, à Flamarens, un détachement S.S. de la division "Das Reich" cantonnant à Valence d'Agen, sous prétexte d'une opération de police abat sommairement le cultivateur Albert LACOUTURE, après l'avoir entraîné dans un bois. Puis à la ferme de "Ferrières", les soldats pendent à un arbre la propriétaire Madame Jeanne CASTAREDE et la servante Madame Clémentine LACOURT.

Le 22 juillet, à Condom, sur la route d'Auch, une colonne de répression allemande qui a déjà sévi en Lot-et-Garonne et dans la partie nord-ouest du Gers, rencontre deux jeunes gens qui s'en vont travailler à la campagne au titre du Service Civique. Ils sont pris et abattus séance tenante. Un peu plus loin, au bas de la côte de "Fondelyn", quatre hommes : Marcel FRESSYNET, Georges SANS, Charles SCHMITT, Voltaire TISON, capturés la veille entre Eauze et Gondrin alors qu'ils devaient rejoindre un maquis F.T.P. sont descendus des camions et fusillés sur place. Continuant sa route, cette même colonne incendie la ferme d'Alexandre BAURENS, au lieu-dit "La Tuilerie".

Le 3 août, à Maulichères, une troupe allemande au retour d'un raid de représailles fusille les personnes dont elle s'est saisie en cours d'opération : BREMENT, FOUQUE, HECKER, LANSAC, LONGEPEE. 

LA REPRESSION DES COLLABORATEURS

A LA LIBERATION DANS LE DEPARTEMENT DU GERS

 Données statistiques

REPRESSION EXTRA-JUDICIAIRE : DATES ET MOTIFS DES EXECUTIONS

Avant 1943 et en 1943, aucun acte répressif de ce type n'est à noter.

Avant le 6 juin 1944, 4 exécutions ont lieu pour collaboration militaire (appartenance à la Milice, à la L.V.F., aux Waffen S.S.; action armée contre la résistance etc....); 10 pour collaboration politique (dénonciation, appartenance à des organismes de collaboration, etc....). Au total, 14 exécutions.

Après le 6 juin 1944 mais avant la libération du département, 31 exécutions ont lieu pour collaboration militaire, 44 pour collaboration politique, 1 pour collaboration économique (commerce de toute nature avec l'ennemi), 11 pour des raisons diverses, 14 pour des raisons indéterminées.

Au total, 101 exécutions.

Après le 6 juin 1944 mais après la libération du département, 11 exécutions ont lieu pour collaboration militaire, 11 pour collaboration politique, 2 pour des raisons indéterminées.

Au total, 24 exécutions.

Le total général des exécutions est donc de 139, se décomposant comme suit : 46 pour collaboration militaire, 65 pour collaboration politique, 1 pour collaboration économique, 11 pour des raisons diverses, 16 pour des raisons indéterminées.

REPRESSION JUDICIAIRE : FAITS REPROCHES ET SANCTIONS

Les cours martiales ont prononcé 3 condamnations à mort suivies d'exécution pour collaboration politique;

Les tribunaux militaires en ont prononcé 8 suivies d'exécution pour collaboration militaire, 6 suivies d'exécution et 1 non suivie d'exécution (1) pour collaboration politique.

Au total, 15 condamnations à mort ont donc été prononcé.

Les cours de justice ont prononcé 1 condamnation à mort suivie d'exécution, 17 non suivies d'exécution, 27 à des peines de travaux forcés et réclusion, 46 à des peines de prison et 5 à la confiscation des biens pour collaboration militaire; elles ont également prononcé 4 condamnations à mort non suivies d'exécution, 11 à des peines de travaux forcés et réclusion, 43 à des peines de prison pour collaboration politique; 1 condamnation aux travaux forcés et réclusion et 14 condamnations à des peines de prison ont été prononcé pour collaboration économique.

Au total, 22 condamnations à mort, 39 à des peines de travaux forcés et réclusion, 103 à des peines de prison et 5 à la confiscation des biens doivent donc être décomptées. 

(1) Condamnations par contumace ou non exécution de la sentence (grâce, évasion, etc....)


 

Les chambres civiques ont condamné à la dégradation nationale 53 personnes pour collaboration militaire, 76 pour collaboration politique, 1 pour collaboration économique et 15 pour des raisons indéterminées, soit au total 145 condamnations.

54 internements non suivis de jugement ont été décidé par les autorités pour collaboration militaire, 248 pour collaboration politique, 53 pour collaboration économique, 6 pour des raisons diverses et 2 pour des raisons indéterminées, soit au total 363 internements.

REPRESSION JUDICIAIRE : ETAT CIVIL ET PROFESSIONS DES SANCTIONNES

Patronat (industriels, propriétaires de grands magasins, grands propriétaires terriens et grands fermiers, banquiers, armateurs, etc....)

21 personnes ont été sanctionnées (20 hommes et 1 femme dont 20 Français et 1 étranger).

Artisans, commerçants, petits propriétaires exploitants, fermiers, métayers, etc....

198 personnes concernées (6 mineurs, trois garçons et trois filles, 182 hommes et 10 femmes dont 182 Français et 16 étrangers).

Professions libérales (médecins, avocats, notaires, journalistes, écrivains, etc....)

21 personnes concernées (20 hommes et 1 femme tous Français)

Cadres de l'administration et du secteur privé (ingénieurs, professeurs, cadres du commerce, prélats, etc....)

10 hommes, tous Français ont été sanctionnés

Employés, ouvriers, petits fonctionnaires, bas clergé, etc....

52 Français concernés (1 mineur, un garçon - 38 hommes et 13 femmes)

Militaires, gendarmes, policiers

7 Français, tous des hommes ont été condamnés

Sans profession (étudiants, écoliers, ménagères, etc....)

24 sanctionnés (3 mineurs, trois garçons - 12 hommes et 9 femmes dont 23 Français et 1 étranger)

Profession indéterminée

9 Français, 8 hommes et 1 femme, ont été condamnés

Au total, cette statistique intéresse 342 personnes : 10 mineurs (7 garçons et 3 filles), 332 adultes (297 hommes et 35 femmes) dont 324 sont Français et 18 de nationalité étrangère.

RECAPITULATION DES SANCTIONS

Répression extra-judiciaire :

139 condamnations à mort suivies d'exécution

Cours martiales :

3 condamnations à mort suivies d'exécution

Tribunaux militaires :

14 condamnations à mort suivies d'exécution, 1 non suivie d'exécution, 8 à des peines de travaux forcés et réclusion, 4 à des

peines de prison, soit 27 peines prononcées.

Cours de justice :

1 condamnation à mort suivie d'exécution, 21 non suivies

d'exécution, 39 à des peines de travaux forcés et de réclusion, 103 à des

peines de prison, 5 à la confiscation des biens, 26 à la dégradation

nationale, soit 195 sanctions.

Chambres civiques :

145 condamnations à la dégradation nationale ont été

prononcées.

 

Au total, 509 actes de répression peuvent être retenus, se décomposant comme suit:

 

157 morts suivies d'exécution

22 morts non suivies d'exécution

47 peines de travaux forcés et réclusion

107 peines de prison

5 confiscations des biens

171 dégradations nationales

Il y eut 70 acquittements, 4 prononcés par les tribunaux militaires, 24 par les cours de justice, 42 par les chambres civiques.

Les sources dont nous avons pu disposer proviennent pour la répression judiciaire des minutes d'arrêts de la Cour de Justice, section d'Auch, dans leur totalité ainsi que d'une partie des plumitifs d'audience pour la Chambre Civique, les comptes rendus de presse constituant le restant de notre documentation sur l'activité de cette juridiction. Pour la Cour Martiale et le Tribunal Militaire, nous n'avons eu que le secours de la presse de l'époque.

La répression extra-judicaire a été, de très loin, la plus difficile à cerner. Toutefois les renseignements recueillis à son propos, qui relèvent le plus souvent de la confidence, nous ont permis de retrouver dans la quasi-totalité des cas, l'acte de décès ou le jugement déclaratif de décès dans les registres d'état-civil de la commune concernée.

COMMENTAIRES CONCERNANT LES DONNEES STATISTIQUES PRECEDENTES

Le chiffre indiqué pour la répression extra-judiciaire, 139, est somme toute assez élevé. Mais il convient de préciser qu'il ne s'agit pas pour autant de 139 exécutions sommaires. En effet, nous avons pu dénombrer 85 exécutions après jugement par une cour martiale du maquis. Les exécutions véritablement sommaires resteraient donc à 54.

Il ne nous a pas paru possible de distinguer, de façon sûre, entre les exécutions sur ordre et les initiatives personnelles.

 La Cour Martiale n'a siégé qu'une fois, le 18 septembre 1944, soit environ un mois après la libération. Sa composition exacte nous est inconnue; cependant, le Commissaire du Gouvernement étant un magistrat en fonction, ce tribunal, vu les circonstances, n'avait pas d'autres choix que la condamnation à mort ou l'acquittement.

Le Tribunal Militaire qui lui a fait suite s'est réuni pour la première fois le 28 septembre 1944. Il a examiné, semble-t-il, 33 affaires au cours de 11 séances. Au début, en font partie l'ancien chef départemental de l'A.S., deux chefs F.T.P.

Les condamnations à mort dominent largement : 15 dont 11 suivies d'exécution le lendemain. A signaler toutefois que les condamnés à mort du 3 novembre 1944 n'ont été fusillés que le 22 décembre.

Mais le Tribunal Militaire a aussi prononcé : 8 condamnations aux travaux forcés, 4 peines d'emprisonnement, 4 acquittements et renvoyé 2 affaires pour supplément d'information.

Supprimé par arrêté du Commissaire Régional de la République de Toulouse du 30 octobre 1944 (mais notifié le 16 novembre seulement) la dernière séance a eu lieu le 14 novembre 1944.

La Cour de Justice, jugeant à compter du 23 novembre 1944, s'est réunie 98 fois jusqu'à sa dissolution le 30 novembre 1945 et a connu 314 affaires mais concernant, en réalité, 346 personnes.

Il y a lieu de considérer le milieu sociologique des jurés qui étaient tirés au sort sur une liste de 100 personnes dressée par une commission composée du Président du Tribunal Civil et de deux représentants du C.D.L.

Le nombre de jurés ayant effectivement siégé du commencement à la fin est de 81.

Répartition par professions :

 Agriculteurs et autres professions agricoles : 28

Petits commerçants et artisans : 22

Fonctionnaires en activité ou à la retraite : 15

Employés : 6

Indéterminés : 10

A noter que 28 jurés seulement sur 81 ont eu une activité notoire dans la résistance.

D'autre part nous avons relevé :

- les 85 pourvois en cassation, se décomposant ainsi : pourvois rejetés : 45 - arrêts cassés : 37 - suite inconnue : 3

- un recours en grâce : rejeté

- les commutations de peine : 4 condamnations à mort commuées en travaux forcés.

On signalera aussi que 164 condamnés sur 218 (dont 59 par contumace) ont bénéficié des circonstances atténuantes. En plus des condamnations indiquées, il y a eu 55 peines d'amende dont 28 à titre principal et 27 à titre accessoire.

Les condamnations à la confiscation au nombre de 5, sont des peines accessoires mais non les 26 dégradations nationales qui ont été prononcées à titre principal.

LE CAS DES INTERNES

Le camp d'internement du Seilhan, à la sortie nord de la ville dAuch, a été mis en place assez vite après la libération du département. Les baraquements qui en faisaient partie avaient été construits au début de la guerre pour recevoir les réfugiés.

A la date du 26 octobre 1944, le nombre d'internés était de 536 soit 449 hommes et 87 femmes.

On note une forte proportion d'Italiens : 116, soit un peu plus de 21% de la population du camp, alors qu'assez peu ont comparu devant la Cour de Justice (collaboration économique).

Le chiffre sus-indiqué de 536 ne comprend pas les personnes, impossibles à recenser en vérité, qui avaient arrêtées, puis relâchées avant le 26 octobre 1944.

Selon une statistique fournie au Commissaire Régional de la République, le nombre des internés, sans distinction de motifs, s'était élevé de la libération au 15 novembre 1944 à 640 pour le département du Gers.

Après avoir soustrait les personnes qui sont passées en jugement, il restait 363 hommes ou femmes au camp du Seilhan. Pour un certain nombre l'internement a été une mesure de sauvegarde de leur sécurité personnelle.

Ce sentiment de sécurité se retrouve dans la lettre, découverte au cours d'une fouille de baraque, qu'un ex-milicien s'apprêtait à envoyer à sa famille, le 5 décembre 1944..." En ce moment, je préfère être condamné à faire de la prison qu'à être libéré. Je risquerais la vie chez moi et ici je serai en sûreté..."

C'est aussi l'avis d'un Comité Local de Libération qui, consulté par la commission de criblage afin de savoir s'il ne s'oppose pas au retour de trois compatriotes internés au camp du Seilhan, répond " qu'ils peuvent rentrer mais à leurs risques et périls et qu'il décline toute responsabilité quant à leur sécurité personnelle ".

L'autorité administrative, gardienne de l'ordre public, se montre encore plus prudente. Ainsi, les condamnés par la Cour de Justice à des peines non privatives de liberté (de même que les bénéficiaires d'un verdict d'acquittement) sont " ainsi qu'il se doit " (sic) reconduits au camp du Seilhan. Le Préfet du Gers le rappelle encore dans une lettre du 14 mars 1945 au Président de la commission de vérifications des internements.

Néanmoins, notent les renseignements généraux fin octobre 1944, il faut signaler une nette recrudescence des interventions de personnalités en faveur des détenus du camp du Seilhan.

Dès janvier 1945, il est procédé à de nombreux élargissements, les uns de façon définitive, les autres à titre provisoire, mesure cependant assortie d'une interdiction de séjour dans la commune de résidence habituelle et même dans le département.

Le camp du Seilhan a fermé ses portes en mars-avril 1945, au bénéfice de celui de Noë (Haute-Garonne).

Il est resté une marque d'infamie pour ses anciens pensionnaires, aux yeux de la population.

L'OPINION PUBLIQUE

Il n'est pas toujours facile à travers les journaux de l'époque, de certains tout au moins, de se faire une idée exacte de l'opinion publique au regard de la répression judiciaire, dans la mesure où le ton de ces divers organes de presse peut être d'une grande violence ou largement plus modéré. Tel quotidien exultera à chaque condamnation à mort tandis que d'autres journaux élèveront surtout des protestations contre certaines décisions de justice ou de libérations anticipées.

Mais c'est grâce aux synthèses hebdomadaires de la commission mixte des contrôles techniques d'Auch (services spéciaux) que nous sommes renseignés sur l'opinion publique en général.

Les sentences prononcées par le Tribunal Militaire d'Auch ont été dans l'ensemble approuvées. Il faut dire aussi qu'il a jugé principalement des sujets de nationalité étrangère, des collaborateurs ou des miliciens notoires.

Déjà fin novembre 1944, une majorité de gens se déclarent satisfaits à la constatation que la répression se poursuit avec moins de rigueur. Cependant, sont redoutés les délateurs fantaisistes qui bénéficient d'une impunité totale lorsque la dénonciation est simplement calomnieuse. Certes, leurs victimes sont vite relâchées. Mais quand elles regagnent leur domicile, elle sont insultées car on les croit toujours coupables.

Lorsque les déportés politiques ou de la résistance sont de retour, en mai 1945, tout le monde s'attend à une recrudescence d'enquêtes qui devraient permettre de retrouver les auteurs de tant de dénonciations, demeurés jusqu'alors inconnus. Or, il n'en a rien été ou presque.

Si peu à peu l'opinion publique accepte le fléchissement de la répression, elle ne sera pourtant jamais tendre à l'égard des miliciens, qui le temps aidant, parviendront toutefois à se faire oublier. 

CONCLUSION

La résistance, dont nous nous sommes efforcés de cerner tous les contours dans notre département, a bien évidemment surgi sous des formes diverses sur la totalité du territoire français.

Dès lors, comment apprécier l'apport de la résistance intérieure française de 1940 à 1944?

Sur le plan militaire, aucun historien de la seconde guerre mondiale ne met en doute, de l'évidence même des faits, le réel intérêt de la contribution de la résistance intérieure française à la victoire.

En effet, les sabotages des voies de communication, les nombreux combats ou embuscades, les renseignements sur les dispositifs ennemis permettent, au cours de la période des débarquements en Normandie et en Provence notamment, d'affaiblir et de retarder considérablement les troupes allemandes, qui doivent se rendre sur le front ou se retirer. Le Général EISENHOVER lui-même, commandant en chef des forces alliées de l'ouest, estime que l'apport de la résistance intérieure française peut être évalué à quinze divisions et qu'il a permis d'accélérer le retrait des troupes ennemies donc, par voie de conséquence, la libération du territoire.

Dans le domaine politique, La résistance métropolitaine a joué un rôle essentiel. En effet, la catastrophe militaire de 1940 qui vit en à peine plus de six semaines, l'Armée Française s'effondrer et connaître la plus ample défaite de son histoire, le spectacle dramatique des soldats allemands déferlant sur notre pays ainsi que la débâcle lançant sur les routes des civils affolés, conduisent les Français à se sentir perdus et abandonnés. La France se sent seule et comme a pu le dire M. Pierre MIQUEL (2), n'être plus que "la sentinelle sacrifiée du monde atlantique".

Abasourdis par l'anéantissement d'une armée qui en 1918, avait triomphé de l'Empire allemand et était considérée par tous comme la meilleure du monde, les Français croient, pour la plupart, à une victoire définitive de l'Allemagne; ils ne forment plus qu'un seul voeu: que l'on arrête, le plus vite possible, la chute tragique de leur pays. Rejetant la IIIème République, à qui elle fait porter la responsabilité de la défaite, la majorité des Français voit, dans le Maréchal PETAIN, la seule personnalité susceptible de pouvoir mettre fin au désastre. D'autre part, en raison du choc traumatisant causé par ces évènements dramatiques, nos compatriotes, profondément désorientés, adopteront une attitude résignée, confortée par la collaboration d'Etat prônée par le gouvernement de Vichy, et que l'on a appelée "l'attentisme". Comme le dit Henri MICHEL "...immense était le nombre des indécis...". A l'évidence, pour pouvoir simplement survivre, bien des Français doivent à contrecoeur accepter les compromis qu'engendrent toute occupation.

Dès lors comment se peut-il qu'au moment de la libération du territoire, les principes incarnés par le Général de GAULLE et la résistance soient partagés par 80% des Français (1)? Est-ce une attitude opportuniste qui, du jour au lendemain, aurait permis ce revirement spectaculaire de l'opinion? Non. En fait, de nombreux facteurs ont depuis l'origine, provoqué avec le temps un changement de l'état d'esprit de la population. La faim, la misère dont souffrent les Français, l'obligation de travailler en pays ennemi (S.T.O.), les revers militaires que subit le "Reich" à partir de 1943, qui remettent en cause la croyance en son invincibilité, le pillage organisé du pays par les Allemands, les exactions, les déportations, les exécutions, l'effondrement d'un "Etat Français", qui n'ayant plus d'armée, de marine, de territoires où s'exercerait librement son autorité, s'enfonce inexorablement dans une collaboration honteuse, la renaissance d'un gouvernement français à Alger (C.F.L.N.), qui regroupe autour de lui tout l'empire colonial et dispose d'une force armée importante dont les résultats remarquables lui permettent de reprendre sa place parmi les alliés, sont autantd'éléments qui, tout au long des ces années noires, vont ouvrir les yeux des Français.

 (1) Monsieur Jean LACOUTURE estime à 20%, le nombre de Français qui au moment de la libération sont restés proches des idées de la " Révolution Nationale ".


Or, dans cette évolution progressive de l'opinion publique, qui provoquera, chaque année davantage, et surtout à partir de 1943, ce que Robert ARON a appelé une nouvelle mobilisation contre l'occupant et le régime de Vichy, la résistance, confortée par la radio de Londres, va jouer un rôle de premier plan. Par les diverses actions qu'elle entreprend, par sa presse clandestine, qui touche un public de plus en plus large, la résistance s'opposera à la propagande de Vichy et des Allemands, en informant les Français sur la nature réelle des évènements et en désignant les responsables des actes de trahison. Peu à peu, le temps ne sera plus à la période des mois de juin et juillet 1940, où, après les pleins pouvoirs donnés à Philippe PETAIN par une majorité de parlementaires (1), la quasi totalité des Français faisait confiance au très populaire "vainqueur de Verdun". Le régime autoritaire instauré par le Maréchal, "l'Etat Français", subira, en effet, une désaffection que rien désormais ne pourra arrêter. Toutefois, le mythe "maréchaliste", qui veut faire de Philippe PETAIN, le sauveur et le protecteur des Français, épargnera longtemps sa personne du rejet pourtant définitif de sa politique et de son gouvernement. Quoiqu'il en soit, la résistance, surmontant ses divisions, va s'unir sous l'égide de Jean MOULIN, constituer le Conseil National de la Résistance et confirmer son soutien au général de GAULLE. Cette initiative contribuera grandement à rassembler la majorité des Français autour des idéaux de celles et de ceux qui, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, ont toujours refusé la défaite. Cette cohésion retrouvée du peuple français, sera l'un des atouts dont le Général de GAULLE et son gouvernement sauront user auprès des alliés, afin de permettre à la France de reprendre sa place parmi les grandes nations.

Outre le fait de vivre dans un pays libre et respecté, que devons-nous, aujourd'hui encore, à la résistance? Alban VISTEL a pu dire que " la résistance fut une redécouverte de l'Essentiel et une promesse de ne plus nous le laisser dérober par les habitudes, les mécanismes, l'indifférence ". Cette réflexion rejoint celle d'Albert CAMUS qui affirmait : "J'appartiens à une nation admirable qui, par dessus son lot d'erreurs et de faiblesses, n'a pas laissé perdre l'idée qui fait toute sa grandeur et que son peuple toujours, ses élites quelquefois, cherchent sans cesse à formuler de mieux en mieux....Ce pays vaut que je l'aime du difficile et exigeant amour qui est le mien ". Pour terminer, laissons au poète Louis ARAGON, le soin de nous transmettre, dans " la ballade de celui qui chanta dans les supplices ", l'éternel message des combattants de la liberté:

" Et s'il était à refaire,

je referais ce chemin,

la voix qui monte des fers,

parle aux hommes de demain. "

(1) Sur le plan juridique, la légalité du régime de Vichy est en réalité hautement contestable pour au moins deux raisons principales. La première tient au fait que si la loi du 25 février 1875 relative à l'organisation des pouvoirs publics donne la possibilité à l'Assemblée Nationale de réviser les lois constitutionnelles, elle ne peut déléguer ce pouvoir. C'est pourtant ce qu'elle fit le 10 juillet 1940 en faveur du gouvernement du Maréchal PETAIN. Les Parlementaires violèrent donc la constitution de 1875. La seconde s'appuie sur la loi du 14 août 1884 portant révision partielle des lois constitutionnelles et qui indique que la forme républicaine du gouvernement ne peut faire l'objet d'une proposition de révision. On le sait, "l'Etat Français" n'était pas la République.


 

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